L’Entreprise Sentimentale

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Le blog de Ludovic Herman

L’élan vital en entreprise ou comment Aya Nakamura aida à le déconfiner dans un TGV

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L’élan vital en entreprise ou comment Aya Nakamura aida à le déconfiner dans un TGV
© JOEL SAGET / AFP

« L’élan vital d’une entreprise est une énergie renouvelable puissante » me dit Ariana, une grande dirigeante d’entreprise, amazone à l’allure élancée qui lisait un article sur les femmes plus égales que d’autres dans le Monde Diplomatique de décembre.

Ariana et moi nous sommes rencontrés grâce à Socrate, l’algorithme de réservation de la SNCF qui nous avait placés côte à côte dans le TGV. Aya Nakamura que nous écoutions en simultané sur nos téléphones respectifs, sans nous être concertés, nous avait rapprochés. Aya enchantait notre trajet, au sens propre, comme au figuré et nous y vîmes une synchronicité propice à échanger. Oui, elle et moi aimons Aya, cette icône de Deezer, leader en France et à l’international qu’on désire suivre sans même qu’elle ne vous y invite.

Aya, « goddess du dance floor », incarne le « visibly felt leadership » de toutes celles et ceux qui avancent d’un pas décidé et qui aimeraient aussi voler. Aya est une ange gardienne qui vous met en garde contre les poukies, ces balances qui vous cassent les collectifs en entreprise. « Cette jolie nana (qui a trouvé son joli djo ?) est bourrée d’élan vital », dit Ariana qui acheva de briser la glace qui risquait de se refermer comme la banquise sur notre conversation en me demandant ce que j’avais prévu de faire pendant ce trajet sans arrêt jusqu’à la gare de Lyon.

Inspiré par Aya et la sincérité d’Ariana, je répondis la vérité :

- « Remercier Léa Salamé sur Instagram pour avoir inspiré le blog de l’Entreprise Sentimentale lors de son échange avec Carlos Ghosn quand il s’est évadé. By the way, je suis Ludovic l’auteur de ce blog au nom catchy paraît-il, et vous ?

- Moi Je suis Ariana, je dirige une entreprise dont j’essaye de tirer les fils et j’aimerais pendant ce trajet résoudre un casse-tête qui me prends la tête.

- Partagez-le, si vous le souhaitez. On trouve parfois une troisième voie à deux, quand seul, on n’en trouve pas m’aventurai-je, porté par un élan optimiste insoupçonné en ces temps contrastés.

- Ludovic, je cherche à réveiller l’élan vital de mon entreprise pour l’aider à réussir sa vie… répond Ariana. C’est un peu perché, mais c’est vrai. Je suis partagée car, d’un côté, on a réellement progressé : nous avons formulé notre ‘Why’, cerné notre utilité, objectivé notre contributivité avec tous les impacts positifs sur nos externalités. On ne doute plus de nos raisons d’exister et on remplit bien la mission qu’on s’est donnée avec une gouvernance féminisée. De l’autre, je n’arrive pas à être totalement confiante et ne sais pas pourquoi. J’ai l’impression qu’il nous manque un presque rien ou un je ne sais quoi, qui me fait dire qu’être utile et profitable ne nous suffira pas.

- Cela ne suffira pas… à quoi ?

- A réussir notre vie d’entreprise. Au-delà d’être utile, je veux que cette dernière soit plus pérenne et plus attachante demain qu’hier ! Et ce, grâce à moi plutôt que sans moi. Vous savez que depuis 10 ans, l’espérance de vie des entreprises décroît. Or, la pérennité est le but dont l’attachement est la clé. Les entreprises pérennes et attachantes, on en trouve encore, chez les centenaires, par exemple. Elles ont fière allure et me font autant rêver que les dernières nées. Ces entreprises ont su pivoter stratégiquement (quitte à changer de ‘why’) à travers le temps et ont marqué positivement la destinée de tous les humains qui leurs sont liés. Elles sont attachantes, car elles inscrivent à l’encre indélébile dans les mémoires des hommes et femmes qui y travaillent des souvenirs porteurs de vitalité pour toujours et à jamais.

- J’adore ! Et vous Ariana, quels souvenirs indélébiles vous rendent si vivante ?

- Les contrats gagnés… ensemble, en faisant une confiance aveugle à mes collègues co-pilotes, enchaîne Ariana, avec un élan d’enthousiasme non dissimulé. Je me suis aussi sentie particulièrement vivante quand on m’a accueillie, moi la dernière arrivée, si chaleureusement ! Vivante, pendant ces fous rires irrépressibles à la machine à café que l’on enchaînait sans pouvoir s’arrêter. Vivante et fière, quand on m’a félicitée pour avoir eu le courage de stopper des pratiques que personne n’osait contester.  Vivante, encore lors des pots de départs d’anthologie où mes larmes d’émotion surgissaient quand j’applaudissais le parcours d’un.e collègue devenu.e ami.e. Ce sont ces presque-riens humains du quotidien qui font tant de bien et de lien. Je ressens alors pleinement l’élan vital, une manifestation impalpable de vie qui justifie tant d’efforts et de galères vécues. C’est cet élan vital, fait de sensations au travail, que je voudrais développer davantage ! 

- Ariana, vous avez raison, mais avez-vous commencé à le faire ?

- Je suis tiraillée sur la manière de m’y prendre, poursuit Ariana. J’ai l’impression d’être confinée dans mes propres modes de pensée. J’ai encore l’habitude d’individualiser les objectifs avec des bonus associés, de classer comme au lycée tous les potentiels du premier au dernier, de démettre ou soumettre les résistants aux changements, de pondre des plans d’action comme on prend des bonnes résolutions !

- Et alors, pourquoi ne pas continuer, l’élan vital n’est-il pas au bout de ce chemin ?

- Et bien, j’ai un doute. Ces méthodes précédemment citées ne valent plus grand-chose, s’inquiète Ariana. Nos progressions sont asymptotiques et leurs dérivées secondes négatives ! En clair, on s’épuise, Ludovic, sans pouvoir activer le second souffle que je libère quand je cours le week-end ! J’ai l’impression que je suis entravée, comme avec un moteur bridé par ma propre culture de dirigeante. Cette culture individualiste dont j’ai hérité génère plus de tensions que d’émulations. La consanguinité historique de nos recrutements et nos promotions nous prive de la diversité, si utile à l’innovation. Notre goût du « toujours plus ! » brise mon espoir de frugalité pour nous alléger. En plus, ne le dites à personne ou alors changez mon nom pour l’occasion, mais comme Sharpey dans High school musical, « I want it all », je veux garder le meilleur de ma culture mais en même temps la transformer sans rien abandonner. Voilà ce qui me prend le chou !

- Je comprends mieux, que gagneriez-vous à trouver la source de cet élan vital qui émerge de vos propos, Ariana ?

- Ludovic, on se connaît à peine, mais, dites-moi là, ici et maintenant, que ressentez-vous de ma volonté et de mes difficultés à vouloir changer nos mentalités pour produire plus vitalité ? demande Ariana.

- Ariana, merci de vous livrer à cœur ouvert. Ce que je ressens ? Ce ne sont pas des papillons dans le ventre mais des chenilles en mutation dans un cocon  et c’est moins sentimental. Je ressens fortement votre élan conquérant coincé dans notre carcan culturel. Difficile de nous émanciper d’une culture dont, vous comme moi, avons hérité. On s’y trouve de facto confiné car elle a façonné jusqu'à nos façons de penser. De plus, nos techniques pour transformer les cultures sont, elles aussi, typées culturellement. Transformer une culture se résume, le plus couramment à appliquer : la transfusion sanguine (renouveler le ‘sang’ d’un COMEX en en changeant le casting par exemple), la cascade managériale (demander à chaque chef de changer de culture pour qu’il la fasse ruisseler), la propagande, (bombarder des messages qui ne s’adressent qu’aux autres, sous-entendu pour leur bien).

- Vous avez raison, mais peut-on faire autrement ? ajoute Ariana.

- Je vois une quatrième option, celle de l’hybridation à l’instar de votre SUV de fonction. Ne remplaçons pas notre culture par son opposé, mais hybridons-les pour gagner. Les différences géographiques, académiques, psychologiques, générationnelles… de vos équipes sont un gisement immense à exploiter. Déployons ensemble la démarche Synklios qui hybride des visions opposées dans le respect des altérités pour les enrichir mutuellement. Tous vos Ying & vos Yang en entreprise, forces binaires sont, à tort, jugées contraires. Ensemble, nous ferons faire un pas de côté et …un pas en avant à vos équipes comme le cavalier, ma pièce préférée sur l’échiquier. Votre rêve de créer de l’élan vital n’est pas illusoire, il est porteur d’espoir, voire prémonitoire. Tout comme les rêves nocturnes sans tabou préparent les grandes histoires d’amour débridées, ce rêve diurne produira l’élan vital que vous désirez. Dites, Ariana, parlerez-vous au prochain Worldwide Forum de 2021 de notre étonnante rencontre à cœur ouvert dans le TGV ?

- Who knows, Ludo ?"

Sentimentalement vôtre.
Ludovic Herman

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