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L'Usine Cognitive

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Transformation numérique : Pourquoi est-il souvent si difficile de changer ?

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Transformation numérique : Pourquoi est-il souvent si difficile de changer ?
© Fabien Bazanegue - Unsplash

Qu’il s’agisse de l’hyper-connexion, de la collaboration, ou encore de nos rythmes de travail, la transformation digitale de la société nous a poussés à mettre en place des modes de vie et de travail qui ne sont plus en adéquation avec nos capacités cognitives intrinsèques. En effet, comme le rappelle Nicolas Baumard, chercheur en psychologie évolutionniste à l’institut Jean-Nicod, « l'environnement a radicalement changé en cent cinquante ans, alors que la vitesse d'adaptation [de notre cerveau notamment] se compte en dizaines de générations, voire en centaines de générations.”

La déception des plans de transformation

Et comme vous avez pu le lire depuis quelques mois sur ce blog, ce décalage entre nos modes de travail et nos capacités peut s’avérer couteux, tant pour notre bien-être que pour notre efficacité. Malheureusement, il ne suffit pas de sensibiliser largement sur ces sujets, à grand coup de données scientifiques, pour changer les comportements. Plus malheureusement encore, nos experts observent régulièrement que même lorsque les organisations mettent en place des formations adéquates, des outils digitaux plus respectueux de notre attention, ou encore des espaces de travail équilibrés, cela ne suffit pas nécessairement à créer des comportements équilibrés.

Par exemple, nous sommes nombreux à avoir conscience que nous devrions réguler nos pratiques de connexion. Et pourtant, combien d'entre nous se retrouvent le nez rivé sur leur téléphone à la pause-café ? Combien de fois par jour ouvrons nous notre boite mail plutôt que de prendre quelques secondes pour respirer entre deux réunions ? Alors que certaines entreprises mettent en place des logiciels collaboratifs plus efficaces, pourquoi certains salariés peinent à les utiliser ? Si tous ces comportements ont la dent dure, c’est tout simplement parce que le changement à un coût qu’il ne faut pas négliger.

Pourquoi est-ce si difficile de changer ?

Le premier coût réside dans le fait que changer de comportement nécessite à la fois d’apprendre à mettre en place de nouvelles pratiques, mais aussi d'en désapprendre d’autres. Concrètement, cela signifie que notre cerveau va devoir déconstruire et reconstruire certains schémas mentaux, certains automatismes. Et malheureusement ce réarrangement n’est pas assez pris en compte dans la temporalité des projets de transformation.

Quelle que soit la transformation qui doit être opérée, dès lors qu’elle implique un changement de comportement, il est en effet important de prendre en compte un certain nombre de freins naturels au changement. Certains de ces freins sont en réalité ce que l’on appelle des biais cognitifs, des « distorsions » de la réalité opérées directement par notre cerveau. Largement étudiés dans le cadre de l’économie comportementale, ces biais peuvent aussi nous renseigner sur la façon dont nous refusons certains changements, alors même que nous les savons bénéfiques pour notre activité, voire pour nous même.

C’est par exemple le cas du biais de statu quo, qui nous pousse naturellement à voir la nouveauté comme un facteur de risque. Ainsi, malgré le fait que je sache pertinemment que les locaux actuels de mon entreprise ne sont pas adaptés à mes besoins, la simple idée de devoir en changer peut provoquer chez moi une première sensation aversive. Un second biais fondamental est celui de la conformité sociale, qui nous pousse souvent à nous conformer et à reproduire les comportements des individus qui nous entourent. Ainsi, au-delà même des injonctions managériales, il est parfaitement naturel d'avoir des difficultés à mettre en place un comportement qui n'est par ailleurs pas pratiqué dans mon équipe, comme prendre des pauses de qualité par exemple.

Comment peut-on faciliter le changement ?

Si ces deux biais cognitifs, tout comme la multitude d'autres qui ont été mis en évidence par la recherche en sciences cognitives, constituent des freins forts au changement, leur prise en compte peut à l'inverse devenir un levier efficace pour les organisations. En effet, par une approche d'ingénierie cognitive et comportementale des projets de transformation, il est possible d'utiliser certains biais cognitifs pour faciliter le changement de comportement.

Ce même effet de la conformité sociale, peut par exemple être utilisé pour rendre plus saillants les comportements vertueux au sein d'une communauté proche des individus. Dans le cadre du droit à la déconnexion, chaque salarié pourrait dans un premier temps être informé régulièrement de ses usages des emails, dans et en dehors des heures de travail. En supplément de cette information, le salarié pourrait également recevoir une information quant aux usages de ses pairs, son équipe si elle est suffisamment importante pour garantir l'anonymat, voire son service. Enfin, une incitation à renforcer, ou à maintenir, ses bonnes pratiques constituerait un pas supplémentaire vers des comportements plus équilibrés.

Cette pratique, finalement assez peu couteuse, a d'ores et déjà fait ses preuves dans un tout autre domaine : celui de la consommation énergétique. L'envoi par courrier aux citoyens d'une comparaison entre leur consommation et celles de leurs voisins, a conduit à une réduction de la consommation des foyers, équivalente à celle qui aurait été provoquée par une augmentation des prix de l'électricité de 11 à 20% [Allcott, J. of Public Economocis, 2011]. Cependant, cette approche doit être utilisée avec précaution et faire l'objet d'évaluation systématiques, comme nous l'avait expliqué précédemment des experts dans l'application des sciences comportementales aux politiques publiques.

Si cette méthode d'ingénierie cognitive et comportementale est encore peu utilisée pour inciter à des comportements vertueux dans les entreprises, elle a en revanche commencé à faire ses preuves dans le champ des politiques publiques, et notamment dans le but de favoriser des comportements écologiques. En France, la Direction Interministérielle de la Transformation Publique vient de publier un rapport dédié au sujet, rédigé par Thibaud Griessinger, docteur en neurosciences cognitives et chercheur consultant en sciences comportementales appliquées à la problématique de la transition écologique* . Ces actions, lorsqu'elles sont ainsi menées à la fois avec rigueur scientifique et une forte dimension éthique, constituent un pas supplémentaire vers des transformations efficaces pour les individus et pour la société.

 


* Thibaud Griessinger est fondateur du ACTE Lab, groupe de recherche indépendant dont la mission est de développer une Approche Comportementale de la Transition Écologique pour explorer les facteurs cognitifs et environnementaux modulant les comportements écologiques et mettre ces connaissances au service de l'action environnementale, par la rédaction de rapports, le développement de programmes de recherche et l'organisation de colloques

 

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