Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Cognitive

Le blog des experts des neurosciences

Qu'est-ce qu'une pause efficace pour notre cerveau ?

Publié le

Qu'est-ce qu'une pause efficace pour notre cerveau ?
© rawpixel on Unsplash

Au cours d’une journée, que ce soit à l’école, sur la route, au travail, ou pour tout autre activité prolongée, il est généralement accepté de tous que la pause ait un rôle bénéfique sur le maintien des capacités et donc de la productivité. Et pourtant dans les faits, beaucoup de personnes enchainent des journées de travail sans pause, ou du moins sans pause efficace. Qu’il s’agisse de personnels de santé, de collaborateurs d’entreprise, d’entrepreneurs ou de salariés, travailler non-stop leur permettrait supposément d'atteindre des objectifs de productivité. Mais qu’en est-il vraiment pour notre cerveau : quel est réellement l’impact d’une pause – ou au contraire de l’absence de pause - pour la productivité ? Qu’est-ce qu’une vraie pause et comment faire pour en tirer tous les bénéfices ?

La pause et le maintien de la productivité

Historiquement, la pause a été mise en place par souci de productivité. Les industriels comme Taylor se sont vite aperçus qu’en permettant à leurs employés de faire plusieurs pauses au cours de leur journée de travail, ceux-ci travaillaient mieux et plus vite [1]. Ainsi, diminuer le temps de travail total ne baissait pas la productivité, mais l’augmentait, paradoxalement !

Interprété d’abord comme une façon de remédier à l’usure du corps lorsque l’activité est pénible, on sait aujourd’hui que le bénéfice de la pause est également de remédier à la « fatigue mentale ». En effet, les performances diminuent naturellement lorsque l’on passe du temps sur une tâche qui demande un minimum d’attention. C’est le cas par exemple de la conduite automobile pour laquelle les performances (temps de réaction, écarts sur la route, …) sont trop dégradées au bout de 2 heures de conduite pour maintenir le risque accidentel à un niveau acceptable [2]. C’est la raison pour laquelle la sécurité routière multiplie les campagnes pour inciter les conducteurs à s'arrêter toutes les 2 heures.

De même, les études montrent que pour un travail de type industriel, le nombre d'accident de travail augmente progressivement au cours du temps passé sur la tâche, et une pause de 15 minutes suffit à réduire ce risque accidentel au niveau d’un début de service [3]. Sur une journée de travail de durée fixe, faire des pauses et donc travailler moins permet de produire plus et de garantir la sécurité des travailleurs et des individus sous leur responsabilité. À cela s’ajoute le bénéfice d’avoir des employés plus satisfaits au travail et en meilleure santé !

La pause encore mal considérée

Pour résumer, non seulement la pause améliore le bien-être et participe à la qualité de vie au travail des employés (ce qui correspond généralement au ressenti de chacun), mais la pause augmente bel et bien la productivité ! Mais alors pourquoi certains refusent encore de faire des pauses ou d’encourager leurs équipes à en faire ?

D’abord parce que les symptômes liés à la fatigue mentale sont fins et difficiles à identifier. Notamment, les baisses de performances ne sont pas toujours perceptibles par l’individu concerné, ce qui peut le pousser à continuer sa tâche alors même qu’il serait plus efficace de s’arrêter quelques minutes pour la reprendre ensuite.

Aussi parce que le mot « pause » lui-même correspond à l’idée de ne pas travailler sur son temps et son lieu de travail, ce qui en dérange plus d’un dans un contexte où la charge de travail semble toujours plus importante. Or pour notre cerveau, la pause est un vrai boost ! Il faut donc apprendre à réintroduire dans son organisation de travail ce potentialisateur de l’efficacité individuelle. Notamment, il est prouvé qu’avoir l’intention de faire des pauses permet de faire effectivement plus de pauses, et de diminuer l’accumulation de fatigue en fin de journée [4]. Organiser des temps de pause réguliers dans une journée de travail semble être malheureusement le seul privilège des fumeurs. A chacun donc de penser à faire des pauses : par exemple, il suffirait de mettre 3 post-it sur son bureau en début de journée, et d’en enlever un dès qu’une (vraie) pause est effectuée. Mais alors qu’est-ce qu’une vraie pause ?

Les activités à réaliser durant les pauses

Pour notre cerveau, une pause efficace consiste à changer la nature de la tâche. À l’inverse, s’arrêter pour faire une tâche de même nature ne permet pas de restaurer une bonne vigilance et de bonnes performances [5].

Une expérience récente a montré que pour un travail manuel, faire des pauses impliquant un certain niveau de réflexion permettait de mieux restaurer les capacités des travailleurs que lorsque ceux-ci ne faisaient rien du tout [6]. Et plus cette activité mentale était difficile, meilleures étaient les performances de retour à l’activité manuelle ! Pour le cerveau, une bonne pause correspond donc à « être actif autrement ». De la même façon, lorsque le travail d’un individu demande beaucoup de réflexion ou de concentration, comme certains postes de bureau, une bonne pause consiste par exemple à faire une activité manuelle, faire une activité physique comme aller marcher, ou interagir avec d’autres personnes. Ce type de pause demandant un effort mental moindre ou différent, permet d’être beaucoup plus vigilant par la suite. Il est par exemple délétère de regarder ses mails ou les réseaux sociaux pendant ses temps de pauses si l'on travaille sur ordinateur, ou de continuer à travailler durant sa pause déjeuner ; c’est le fait de changer de contexte et d’activité qui permet de restaurer toutes ses facultés.

Ainsi, la pause est un vrai boost qui fait partie intégrante d’une journée de travail productive, et elle participe également au maintien d’une bonne qualité de vie au travail. Il convient donc à chacun de respecter ce rythme naturel en s’autorisant à prendre des pauses, et en encourageant son équipe à le faire. Ces temps peuvent être bénéfiques d’un point de vue de l’efficacité et du bien-être personnels, mais aussi d’un point de vue collectif lorsque les pauses sont l’occasion d’échanger de manière plus informelle. Et pour vous, quelle serait la pause idéale ?

 

Références
1. Taylor FW. The principles of scientific management. Management. 1911;6: 144. doi:10.2307/257617
2. Dossier de Presse de la Sécurité Routière. Fatigue et somnolence au volant. 2004;
3. Tucker P, Folkard S, Macdonald I. Rest breaks and accident risk. Lancet (London, England). 2003;361: 680. doi:10.1016/S0140-6736(03)12566-4
4. Blasche G, Pasalic S, Bauböck V-MM, Haluza D, Schoberberger R. Effects of Rest-Break Intention on Rest-Break Frequency and Work-Related Fatigue. Hum Factors. 2017;59: 289–298. doi:10.1177/0018720816671605
5. Helton WS, Russell PN. Rest is best: The role of rest and task interruptions on vigilance. Cognition. Elsevier B.V.; 2015;134: 165–173. doi:10.1016/j.cognition.2014.10.001
6. Mathiassen SE, Hallman DM, Lyskov E, Hygge S. Can cognitive activities during breaks in repetitive manual work accelerate recovery from fatigue? A controlled experiment. PLoS One. 2014;9. doi:10.1371/journal.pone.0112090

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle