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Posture au travail : levez-vous pour votre cerveau !

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Posture au travail : levez-vous pour votre cerveau !
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L’essor des nouvelles technologies et la tertiarisation progressive des emplois depuis quelques décennies ont un effet secondaire auquel on s’intéresse peu : nous passons de plus en plus de temps assis·es. En effet, l’activité professionnelle physique est réduite au profit de métiers de bureau dans lesquels les salarié·e·s se déplacent peu et restent la plupart du temps assis·es. Une étude récente montre qu’une personne reste entre 1 à 7 heures par jour assise (4 heures en moyenne) pour son activité professionnelle [1]. Durant cette période de confinement, notre sédentarité a de fait été augmentée, réduisant encore plus nos déplacements et nos activités physiques. De nombreuses études ont déjà émis des liens entre la sédentarité au travail et des risques de santé (obésité, troubles musculo-squelettiques et cardiovasculaires, etc.) [2], mais qu’en est-il pour notre cerveau ? La posture de travail ou la réalisation d’une activité physique pendant le travail a-t-elle un impact sur les performances cognitives et l’efficacité ? Des études semblent donner des arguments pour nous forcer à réduire notre sédentarité.

Travailler debout, travailler mieux ?

La réduction de la sédentarité passe tout d’abord par la posture de travail. Même si votre activité professionnelle implique une position statique, rien ne vous oblige à la pratiquer sur une chaise ! Plusieurs études ont justement investigué les effets de la position debout, apportant des preuves multiples de ses bienfaits sur les performances cognitives et le bien-être au travail.

Tout d’abord, en utilisant des tests mesurant des fonctions cognitives précises, des chercheur·se·s ont montré que travailler debout améliorerait les capacités d’inhibition, qui permettent notamment de se focaliser sur une activité et faire abstraction d’informations qui ne seraient pas utiles ou pertinentes. Les performances en flexibilité mentale, qui permettent de changer plus facilement et rapidement de tâches, sont également améliorées [3]. Ces deux fonctions cognitives participent au traitement efficace des informations, et sont donc essentielles pour le travail. Cet effet facilitateur de la position debout proviendrait du fait que le contrôle de la posture met le corps et le cerveau en état d’alerte, améliorant le contrôle cognitif des informations. Cette dernière étude n’a toutefois pas mis en évidence d’effet de la position debout sur les capacités à chercher visuellement des informations.

Une autre équipe de chercheur·se·s à trouver des résultats similaires en évaluant cette fois les différences entre position assise et debout lors d’une véritable activité professionnelle [4]. Il semblerait donc que toutes les activités ne bénéficient pas de la position debout, qui serait à privilégier dans les environnements riches en sollicitations et des activités nécessitant de la réactivité.

Travailler en mouvement, travailler mieux ?

Alors qu’il est couramment admis dans la communauté scientifique, et dans la population, que la pratique d’une activité sportive a un impact général positif sur la santé, il est moins connu qu’elle améliore également les capacités cognitives. Une méta-analyse a justement recensé tous les travaux portant sur les liens entre activité physique (pédalage ou course) et fonctionnement cognitif [5], et, à l’instar de la position debout, la mise en mouvement du corps (surtout avec le pédalage) mettrait le cerveau dans un état actif, ce qui faciliterait le traitement des informations et la prise de décision.

Les auteurs ont également trouvé que les performances mnésiques (acquisition et récupération des informations) sont favorisées pendant la pratique physique, mais les capacités de discrimination visuelle sont réduites. Pratiquer une activité physique en même temps que l’activité professionnelle aurait donc un impact positif sur l’efficacité. Toutefois, les auteurs ont identifié deux limites : les bénéfices n’apparaissent qu’après les vingt premières minutes de l’activité physique, et ils peuvent être très variables en fonction du type d’activités physiques et du type d’activités professionnelles. C’est pourquoi il est difficile de faire des recommandations universelles sur ce type de pratiques, qui nécessitent un matériel spécifique et l’habitude de les réaliser.

Aussi, les bénéfices de l’activité physique ne se limitent pas seulement au moment de la pratique, mais se prolongent également dans le temps [5]. En effet, l’amélioration des performances cognitives apparue pendant l’exercice se prolonge même lorsque l’activité est terminée ! Ce dernier résultat est important dans le contexte professionnel car il sous-entend que pratiquer une activité physique au cours d’une journée de travail peut améliorer la réalisation des activités professionnelles arrivant ensuite. Faire des pauses "actives" au travail semble donc être important pour des questions de santé physique, mais également de bien-être et d’efficacité.

En conclusion, la sédentarité excessive est un enjeu majeur au travail et plusieurs actions sont possibles pour éviter les risques associés. Les organisations peuvent proposer des bureaux surélevés ou modulables pour promouvoir la position debout. Elles peuvent également proposer des pédaleurs sous les bureaux pour permettre une activité physique en travaillant, ou des activités physiques individuelles ou collectives pour favoriser des pauses "actives". Ainsi, les organisations prendront part à la préservation et à la promotion de la santé physique, mais aussi cognitive de leurs salarié·e·s.

[1] M. Saidj et al., "Descriptive study of sedentary behaviours in 35,444 French working adults: cross-sectional findings from the ACTI-Cités study," BMC Public Health, vol. 15, no. 1, p. 379, Apr. 2015.
[2] F. Dutheil, J. Ferrières, and Y. Esquirol, "Sédentarité et activité physique en milieu professionnel," La Presse Médicale, vol. 46, no. 7, Part 1, pp. 703–707, Jul. 2017.
[3] K. C. Smith, C. C. Davoli, W. H. Knapp, and R. A. Abrams, "Standing enhances cognitive control and alters visual search," Atten Percept Psychophys, vol. 81, no. 7, pp. 2320–2329, Oct. 2019.
[4] C. G. Drury, Y. L. Hsiao, C. Joseph, S. Joshi, J. Lapp, and P. R. Pennathur, "Posture and performance : sitting vs. standing for security screening," Ergonomics, vol. 51, no. 3, pp. 290–307, Mar. 2008.
[5] K. Lambourne and P. Tomporowski, "The effect of exercise-induced arousal on cognitive task performance : A meta-regression analysis," Brain Research, vol. 1341, pp. 12–24, Jun. 2010.

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