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[Paroles de chercheurs] Les sciences cognitives pour déchiffrer les enjeux de notre société

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[Paroles de chercheurs] Les sciences cognitives pour déchiffrer les enjeux de notre société
© Susan Q Yin - Unsplash

Albert Moukheiber est un docteur en neurosciences et psychologue clinicien, co-fondateur de Chiasma et du ACTE Lab. En 2019, il publie le livre "Votre cerveau vous joue des tours" dans lequel il aborde le fonctionnement du cerveau et les biais induits par certains de ses mécanismes. Il travaille au sein de plusieurs collectifs à l'usage des sciences cognitives pour répondre à certains des enjeux de notre société.

 

1 - Pouvez-vous expliquer aux lecteurs sur quel sujet portent vos recherches ?

J’ai commencé mes recherches en psychiatrie sur les troubles anxieux et plus particulièrement les phobies sociales. J’ai alors travaillé sur les biais attentionnels liés à l’exploration des visages chez les personnes qui ont peur du jugement des autres ainsi qu’au traitement cognitif de ces informations. Toujours en psychiatrie, j’ai également travaillé sur les troubles bipolaires ainsi que la prise en charge précoce d’un premier épisode psychotique chez les jeunes adultes.

Suite à cette période, je me suis installé en tant que psychologue libéral et je me suis intéressé à la population générale, notamment sur la manière dont on forme nos opinions, prend nos décisions et comment on change d’avis : la flexibilité mentale. Désireux d'aborder cette thématique au-delà des murs de mon cabinet, j’ai co-fondé Chiasma il y a quelques années. Chiasma est une structure qui s’intéresse au raisonnement critique vis-à-vis de soi-même: est-ce que l'on peut se faire confiance ? Quels sont les facteurs qui peuvent impacter notre manière de percevoir le monde ?

Dans la même direction, j’ai publié un livre qui synthétise tous ces sujets chez Allary Editions qui s’intitule Votre cerveau vous joue des tours, afin de rendre ces connaissances accessibles au plus grand nombre. Enfin, toujours dans un souhait d'application des sciences cognitives dans la société, plus récemment, j’ai participé à la fondation du Acte Lab, qui s’intéresse au freins cognitifs et comportementaux face à l’urgence climatique.

 

2 - Quels échos vos travaux trouvent-ils dans la société actuelle ?

De très nombreuses applications existent pour les thèmes sur lesquels je travaille de par leur nature. Vu que je m’intéresse à comment nous formons nos opinions ; que ce soit sur nous-mêmes, les autres ou au sens plus large, comme s’informer; cela touche plusieurs facettes de notre société: les fakes news, l’urgence climatique, la polarisation de la société; mais aussi, les dynamiques entre individus au travail, les rythmes sociaux ou la semaine de travail de quatre jours. Sur ce dernier sujet, j’ai mené en collaboration avec Cog’X une étude d'impact sur ce changement de rythme du travail et ses conséquences sur la psychologie des employés, au sein de la Start-up RH Welcome to the Jungle, qui compte désormais 200 salariés.

Les sciences cognitives, de par les connaissances qui en proviennent ou la méthodologie qu'elles permettent d'appliquer, peuvent nous renseigner sur chacun de ces grands enjeux.

Par contre ce que je ne fais pas, c’est de développer des produits ou des applications. Pour la majorité de ces sujets, je suis intéressé par la transmission du savoir plus que son application, c’est sur le côté pédagogique que je me centre.

 

3 - Quelles sont selon vous les limites que votre champ de recherche doit surmonter dans les années à venir ?

Il y a énormément de travail à faire ! Les sciences cognitives sont un domaine assez récent et nos modèles théoriques ont besoin de beaucoup de développement encore. On va se tromper sans doute plusieurs fois avant de commencer à comprendre comment notre appareil psychique fonctionne et plusieurs limites ont besoin d’être surmontées : des limites techniques qui peuvent nous permettre une meilleure observation du cerveau ainsi que son fonctionnement, mais surtout des limites humaines.

Nous avons besoin de beaucoup plus de transdisciplinarité entre les différents domaines qui s’intéressent à l’humain : la psychologie, la sociologie, les neurosciences, la neurologie, la philosophie, l’anthropologie, et bien d’autres, chacune de ces disciplines a sa pierre à apporter à l’édifice, et, malheureusement, pour le moment, chacun construit dans son coin sans se soucier de savoir si ces théories sont compatibles les unes avec les autres. Je pense qu’un des plus grands défis qu’il faudra surmonter dans les années mais aussi les décennies à venir va être le développement de ces modèles théoriques “unifiés et cohérents” entre les différentes conceptions de l’humain et de ce qui l’anime.

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