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Les temps de récupération face aux enjeux de connexion : risques et défis

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Les temps de récupération face aux enjeux de connexion : risques et défis
© D.R. - RIM

Depuis bientôt deux décennies, les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont à notre service. Or, leur omniprésence est associée à une perméabilité accrue entre nos sphères professionnelles et personnelles qu'il est important de questionner. Pour beaucoup, la connexion au monde du travail n'est jamais vraiment rompue et il est fréquent d'entendre les salariés dire : "J’ai décidé de n’avoir qu’un téléphone pro/perso", "Mes mails pro, je les reçois soirs et week-end, mais si je ne veux pas y répondre, je n’y réponds pas", "en vacances, j’ai toujours mon téléphone pro, ça me permet de suivre de loin". Bien que nous nous estimions souvent en contrôle (comme dans ces exemples), cette irruption de l’univers professionnel dans nos temps de récupération est très loin d’être sans impact.

Le travail, un challenge physiologique

Dans le langage courant, le stress est associé à un état ou à des émotions négatives. Or en biologie, le stress se définit comme une réponse de l’organisme à une contrainte de son environnement. Par exemple lorsqu’un sportif effectue une performance, il mobilise ses ressources physiques et mentales pour répondre à un challenge. Cet état d’activation est un stress pour son organisme. De la même façon, lorsque nous sommes au travail, nous sommes naturellement dans un état de "stress physiologique". C'est cette activation qui nous permet de répondre aux challenges de nos tâches et missions quotidiennes, participant également au plaisir et à la satisfaction que nous procure un travail stimulant. Qu'on le vive positivement ou négativement selon les situations, cet état de stress se traduit par une augmentation de certaines hormones (adrénaline et cortisol) ainsi qu’un rythme cardiaque accéléré [1].

Les risques de temps de récupération insuffisants

Ces modifications physiologiques à court terme n'ont pas d'impact sur notre santé si nous nous accordons suffisamment de temps de récupération. En revanche, si le temps passé dans cet état d’activation n’est pas compensé par un temps de repos suffisant, des répercutions chroniques peuvent survenir [2]. Et c'est alors un cercle vicieux qui s'installe : plus nous accumulons un besoin de récupération [3], plus nous devons fournir des efforts pour compenser cet état de fatigue sous-optimal et maintenir notre productivité, amplifiant d’autant ce déséquilibre. Ainsi, à moyen et long-terme, cette accumulation est associée à un risque accru de tensions musculaires, de fatigue chronique, de maladies cardio-vasculaire et de troubles du sommeil [2].

On comprend alors pourquoi la présence de la sphère professionnelle sur les temps de repos, permise aujourd’hui par les TIC, peut devenir si redoutable ! En effet, plus les individus se plient à répondre à leurs mails sur leurs temps de repos, plus leur taux d’absentéisme, leur risque de troubles du sommeil et de signes associés au burn-out sont élevés [4]. Le droit à la déconnexion, au-delà d'une simple contrainte juridique, représente bel et bien un enjeu de performances et de qualité de vie au travail, mais aussi de santé publique.

L’équilibre entre effort et temps de récupération

Comme un sportif qui se laisse un temps de récupération, nous avons besoin que notre organisme revienne à un état de base, d’équilibre. Il nous faut donc nous désengager des préoccupations liées au travail. C’est à ce prix qu’il nous sera à nouveau possible de mobiliser pleinement nos ressources mentales et physiques, et donc de maintenir au quotidien nos performances et notre bien-être au travail. Ainsi, la qualité de nos performances dépend de la qualité de ces temps de repos.

Sans retirer à chacun sa liberté de gérer son temps comme il l’entend, les négociations autour du droit à la déconnexion doivent prendre en considération cet équilibre entre effort et récupération. Cela passe notamment par une sensibilisation des collaborateurs à ces questions, avant l'adoption de nouvelles pratiques. La prochaine fois que vous vous apprêtez à lire vos mails professionnels chez vous, ou encore à envoyer un mail ou appeler un collaborateur sur ses temps de récupération, demandez-vous si ça en vaut vraiment la peine !

Références
[1] Sluiter JK, Frings-Dresen MHW, van der Beek AJ, Meijman TF (2001) The relation between work-induced neuroendocrine reactivity and recovery, subjective need for recovery, and health status. J Psychosom Res 50:29–37
[2] Geurts SAE, Sonnentag S (2006) Recovery as an explanatory mechanism in the relation between acute stress reactions and chronic health impairment. Scand J Work Environ Health 32:482–492
[3] van Veldhoven M, Broersen S (2003) Measurement quality and validity of the “need for recovery scale”. Occup Environ Med 60 Suppl 1:i3-9
[4] Barber LK, Santuzzi AM (2015) Please respond ASAP: Workplace telepressure and employee recovery. J Occup Health Psychol 20:172–189.

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