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Le cerveau des femmes et des hommes, si différent ? [Partie 2/2]

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Le cerveau des femmes et des hommes, si différent ? [Partie 2/2]
© Unsplash @engin akyurt

Si vous n'avez pas lu la première partie de cet article cliquez ICI

 

Qu’en est-il des capacités intellectuelles et cognitives ?

Contrairement aux intuitions des premiers neuroscientifiques, une différence structurelle importante entre les sexes comme le volume cérébral ne permet pas d’expliquer les capacités cognitives : les scores de QI ou d’intelligence générale ne dépendent pas du sexe (à quelques détails près, pas forcément en faveur des hommes) [7].

À y regarder de plus près, on peut noter certaines différences. Par exemple, les femmes ont en moyenne de meilleures performances sur des tests évaluant les capacités de mémoire épisodique (souvenirs autobiographiques) ou d’empathie, les hommes  sur des tests de rotation d’un objet dans l’espace.

Mais attention encore, il faut résister à tout prix à l’envie d’en déduire des prédispositions naturelles pour telle ou telle discipline ou métier ! D’abord parce que ces résultats ne sont pas généralisables à tout un domaine : par exemple, les hommes et les femmes sont en moyenne aussi bons à reconnaître un même objet plié de différentes façons. En revanche, un test de rotation est plus aisé même pour les jeunes garçons [5]. Aussi car ces résultats moyens cachent en réalité un recoupement très important des performances des femmes et des hommes. C’est-à-dire que non, il n’y a pas d’attribut cognitif "typiquement masculin" ni "typiquement féminin".

Enfin, rappelons-nous de la plasticité du cerveau : nos expériences de vie et notre environnement ont un impact majeur sur le développement de notre cerveau et de nos aptitudes. Ainsi, il s’avère difficile de savoir si les différences de performances parfois observées entre femmes et hommes dans certains tests ou situations existent "par nature" ou sont dues à la construction genrée de l’individu.

Une enquête relativement récente montre que seuls 34% des hommes et seules 57% des femmes accepteraient volontiers que leur garçon réclame une poupée pour y jouer, révélant ainsi que la répartition des rôles et les opportunités d’expérience sont rapidement distinctes, et teintées artificiellement de bleu ou de rose [8]. 

À cela s’ajoutent certains mécanismes psychologiques qui peuvent bloquer l’expression des compétences réelles lorsqu’elles sont testées et faire paraître des différences là où il n’y en a pas intrinsèquement...

Quand la société et les stéréotypes créent de toutes pièces des différences cognitives

Un large ensemble d’expériences scientifiques ont montré que lors d’un test de mathématiques, si l’on mentionne qu'hommes et femmes réussissent généralement aussi bien, les performances seront en moyenne égales entre les sexes. En revanche, si l’on sous-entend que certains groupes sont moins bons sans préciser lesquels ou, pire, si l’on mentionne rapidement que les garçons ont des prédispositions naturelles pour les maths et les filles pour les lettres, les résultats dégringolent pour les filles, sans que personne n’ait conscience d’avoir été influencé [9].

À l’inverse, les hommes réussissent aussi bien que les femmes dans un test de perception de signaux non verbaux si on le présente comme une tâche d’analyse d’information complexe, mais moins bien s’il est présenté comme un test d’empathie [9]. 

Ces prophéties cruellement auto-réalisatrices sont un mécanisme psychologique appelé  "menace du stéréotype". 
Malheureusement, si certaines inégalités entre les femmes et les hommes se sont réduites, les préjugés naturalistes sont encore massivement partagés.

Dans une autre enquête, 55% des personnes interrogées pensent que les différences de comportement entre les sexes sont dues essentiellement à des raisons biologiques, et seulement 37% essentiellement à l’éducation [10]. En écho aux exemples précédents, 30% des Français pensent aussi que les garçons sont naturellement meilleurs en maths et sciences et les filles en lettres... il nous reste donc du chemin à parcourir !

Comment peut-on alors espérer réduire les inégalités si nous continuons de considérer que les comportements et les capacités cognitives sont répartis si distinctement entre les deux sexes ? 

Pour faire face aux enjeux immenses de ce siècle, qu’ils soient climatiques, économiques ou sociaux, il est temps de compter sur l’humanité entière et sur la diversité des potentiels qu’elle présente, indépendamment du sexe que l’on a imaginé à tort pouvoir tant programmer notre cerveau et nos comportements. La première étape est déjà de déconstruire ces préjugés – hommes comme femmes ont à y gagner – et les sciences cognitives peuvent participer à rétablir des représentations plus justes.
 

La première partie de cet article peut être lue en cliquant ICI

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Références :
[6] McCarthy MM, Arnold AP (2011) Reframing sexual differentiation of the brain. Nat Neurosci 14:677–683.
[7] van der Linden D, Dunkel CS, Madison G (2017) Sex differences in brain size and general intelligence ( g ). Intelligence 63:78–88 Available at:  http://dx.doi.org/10.1016/j.intell.2017.04.007
[8] http://www.laboratoiredelegalite.org/wp-content/uploads/2016/05/Enqu%C3%AAte-Mediaprism-Laboratoire-de-l%C3%A9galit%C3%A9-St%C3%A9r%C3%A9otypes-Novembre-2012.pdf
[9] https://www.usinenouvelle.com/blogs/le-blog-des-experts-des-neurosciences/l-appartenance-a-un-groupe-social-ou-a-une-minorite-peut-il-conditionner-nos-performances-cognitives.N824355
[10] http://www.laboratoiredelegalite.org/wp-content/uploads/2016/05/Enquete_Mediaprism-Laboratoire_de_l_egalite_Stereotypes_Novembre_2011.pdf

 

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