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La cognition, du neurone à la société

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La cognition, du neurone à la société
© Unspasch/Alina Grubnyak

Thérèse Collins est chercheuse au laboratoire INCC (Integrative Neuroesience and Cognition Center), enseignante au Cogmaster de l’Université de Paris – Ecole Normale Supérieure – Ecoles des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et auteur de "Cognition, du neurone à la Société", paru chez Gallimard. Thérèse a accepté de nous partager sa vision des sciences cognitives.

Pouvez-vous nous décrire un peu votre champ de recherche ?

Je travaille en psychophysique. Il s’agit de la partie de la psychologie cognitive qui s’intéresse à la perception. En ce moment, je travaille sur la façon dont les éléments que nous percevons dans un passé proche vont venir modifier notre perception d’informations dans le présent.
Par exemple, il arrive que notre cerveau continue à croire quelque chose face malgré le fait qu’on lui présente des informations parfaitement contradictoires. Ce phénomène, que l’on peut retrouver dans des croyances de haut niveau, peut également être étudiant à un niveau physiologique, tel que par l’étude de la vision. Dans mes recherches, j’étudie justement la manière dont notre cerveau ajuste sa perception lorsque des informations visuelles viennent à changer dans notre environnement.

Vous êtes auteur, et initiatrice, de l’ouvrage collectif "Cognition, du neurone à la Société". Pourquoi avoir souhaité faire une œuvre collective sur ce sujet ?

Pour commencer il faut noter que cet ouvrage se devait nécessairement d’être une œuvre collaborative. Tout simplement car aucun chercheur n’aurait été capable d’écrire ce livre tout seul. C’est justement là la force des sciences cognitives. Ces sciences regroupent tellement de disciplines et d’expertises différentes, qu’elles sont par essence collaborative. Avec les chercheurs.euses Daniel Andler, Emmanuel Dupoux, et Catherine Talon-Baudry, nous avions conscience que les sciences cognitives commençaient à avoir un public plus large que les seuls étudiant.e.s, et qu’elles pouvaient apporter des éléments de réflexion pour l’ensemble des citoyens. Nous avons alors demandé à différents chercheurs de travailler avec nous, afin de traiter de manière inter-disciplinaire des objets tels que la mémoire, la prise de décision, la collaboration. Au cours du temps, cet ouvrage est devenu un manifeste des sciences cognitives comme un lieu d’échange intellectuel au service de la société.

Les sciences cognitives, au-devant desquelles les neurosciences sont à la mode. Quel regard portez-vous sur cette neuromania ?

Pour commencer, je dirais que je vois cela comme une chance inouïe de fonder une science plus naturelle sur de nombreuses questions liés à l’esprit humain.
Mais avec cette médiatisation vient également tout un ensemble de neurofoutaises, et cette dérive est particulièrement dangereuse. En tant que chercheurs.euses, mais aussi en tant que citoyens, nous souhaitons faire avancer les connaissances pour le bien. Notre objectif est de faire avancer les connaissances sur l’homme, sur la manière dont il interagit. Mais cela peut être évidemment mal fait, conduisant à tirer des mauvaises conclusions.  Et malheureusement l’argent nécessaire à la recherche, publique comme privée, est finie. Or à force de messages simplistes, les financements risquent de favoriser des projets de recherche et développement qui prennent une mauvaise direction, plutôt que de favoriser une avancée des connaissances bénéfique pour la société. Par exemple, on observe qu’il est de plus en plus difficile d’obtenir des financements sans imagerie cérébrale. Pourtant, bien que les images de cerveau soient impressionnantes et attractives, elles n’apportent pas toujours de connaissances supplémentaires sur les mécanismes sous-jacents de notre comportement. Bien que la tentation soit de plus en plus forte d’ouvrir cette boite noire qu’est le cerveau, il n’est pas toujours utile de devoir le faire pour comprendre les mécanismes qui régissent nos comportements.

En tant qu’enseignante en sciences cognitives à l’École Normale Supérieure et l’Université de Paris, observez-vous un engouement plus fort de la part de la nouvelle génération d’étudiants ?

Tout à fait. On observe de plus en plus d’étudiant.e.s curieux de ces disciplines. On voit par exemple de plus en plus d’étudiant.e.s s’intéresser aux sciences de l’éducation. Grace à la médiatisation des neurosciences (et au Conseil Scientifique de l’Éducation), et malgré les limites que je viens d’indiquer, on peut considérer qu’elles participent à un renouveau d’intérêt pour une discipline éminemment importante pour la société. Je crois que la société est en train de se rendre compte que toutes ces connaissances sur le cerveau et sur nos comportements peuvent être intéressantes dans la vie de tous les jours, et qu’elles peuvent nous faire grandir.

Un grand merci à Thérèse Collins pour son travail et le temps qu’elle nous a accordé.

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