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L'Usine Cognitive

Le blog des experts des neurosciences

L’ennui au travail et son coût cognitif : la face cachée de la sous-sollicitation ?

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L’ennui au travail et son coût cognitif : la face cachée de la sous-sollicitation ?
© Christian Erfurt

Si l’on parle souvent de sur-sollicitations au travail, le sujet de l’ennui est quant à lui beaucoup moins abordé. Contrairement à ce que l'on peut entendre, ce sujet ne concerne pas seulement les personnes "mises au placard". Il est en effet possible de s’affairer toute la journée et de ressentir de l’ennui. Pourtant les conséquences de l'ennui sont réelles, à la fois sur le bien-être et sur la performance. Mais que se passe-t-il dans notre cerveau lorsqu’on s’ennuie ? Quelles sont les conséquences pour notre travail ? Et quelles sont les implications éventuelles sur le long terme ?

Quand l’état de sous-charge cognitive s’installe

Les informations traitées consciemment par notre cerveau sont stockées temporairement dans notre mémoire de travail, et leur traitement a un certain coût pour notre cerveau : c’est ce qu’on appelle la charge cognitive ou charge mentale. Si le phénomène de surcharge mentale advient lorsque les informations sont en trop grand nombre ou leur complexité trop élevée par rapport à ma capacité à les "analyser", il existe également un état de sous-charge cognitive. Cette fois, le coût de traitement des informations perçues consciemment est très faible. C’est le cas par exemple quand l’activité que nous faisons est trop simple, monotone ou répétitive, ou encore lorsque nous acquis une telle expertise dans une tâche qu’une partie du traitement est alors automatisé, effectué "sans même y penser". Quand cette situation de sous-charge se prolonge, un phénomène s’installe : l’ennui.

Qu’est ce que l’ennui dans notre cerveau ?

L’ennui est un phénomène complexe, d'abord étudié par les psychologues comme "un sentiment désagréable, conséquence d’un besoin non comblé de stimulation mentale" (1904). Cependant on peut ressentir l'ennui au milieu d'univers très stimulant, dans une fête ou dans la ville : ce n’est donc pas seulement l’absence de stimulation qui provoque l’ennui mais le fait que les stimulations présentes n'ont pas de sens, pas d'intérêt pour nous. Aussi, l’ennui s’accompagne d’un degré de frustration face à la situation, c’est "un état désagréable dans lequel nous voulons mais ne pouvons pas nous engager dans une activité satisfaisante". Dans notre cerveau, cet état active des régions spécifiques comme l’insula impliquées notamment dans certaines émotions (dont le dégoût) et dans la conscience de soi. Ensuite, l’activité augmente dans le noyau caudé, notamment impliqué dans les comportements dirigés vers un but. En effet, l’ennui modifie nos prises de décision et nous pousse à l’action. Pour notre cerveau, l’ennui est donc un signal affectif qui nous indique quand changer d'objectif, qu'il est temps de trouver autre chose.

La somnolence, une conséquence directe de l’ennui ?

Contrairement à l’idée que nous en avons, l’envie de dormir ne découle pas directement du sentiment d’ennui. La somnolence n’a qu’une seule source : le manque de sommeil. Lorsque nous avons passé une mauvaise nuit, ou que des nuits trop courtes se sont succédées, notre cerveau cherche à rattraper ce temps de sommeil insuffisant dès qu’il le peut. En situation de sous-charge cognitive, notre cerveau y voit une opportunité de sommeil et l’envie de dormir peut donc survenir. Mais, comme nous l’avons vu, l’ennui est plutôt lié à des affects négatifs comme la frustration, la lassitude, l’énervement, et à une mobilisation des ressources cognitives pour agir et faire en sorte de sortir de cette situation. En somme, l’ennui entraîne naturellement un état d’éveil physiologique (notamment avec augmentation du rythme cardiaque) ainsi qu'un niveau de vigilance élevé.

L’ennui affecte-t-il nos performances ?

Dans le cas de la somnolence induite par la combinaison de sous-charge cognitive et de manque de sommeil, les baisses de performances sont réelles et importantes. Ces conséquences sont associées à un risque d’erreur et d’accident élevé, rappelons notamment que la somnolence reste malheureusement la principale cause d’accidents mortels sur la route.

Cependant, en l’absence de manque de sommeil, les performances peuvent également se dégrader. Par exemple, la sous-charge cognitive entraîne une certaine volatilité de l’attention, on aura tendance à se laisser happer par nos propres pensées et distraire par la moindre chose (Hunet & Eastwood, 2016). Ce manque d’attention peut également diminuer les performances et accroître le risque d’erreur.

Mais le sentiment négatif d'ennui, n'est pas toujours associé à une baisse de performances, en particulier lorsque le niveau d’expertise sur la tâche est très élevé : les chercheurs parlent surtout d’une vulnérabilité, prémices à la détérioration des performances et qui doit donc nous alerter au travail.

Ainsi les impacts de l’ennui ne doivent pas être sous-estimés, et il est important de s’interroger sur la situation qui en est à l'origine pour mettre en place l’action adaptée. Si l'ennui provient de la monotonie ou de la répétition, alterner des tâches différentes dans la mesure du possible peut apporter une amélioration sur le bien-être. Si la tâche est simple, trouver une activité adaptée (comme écouter de la musique) peut rehausser le niveau de stimulation sans risquer les baisses de performances du multitasking. Enfin si l'ennui provient surtout du sens accordé à son travail, et que ce sentiment se prolonge sur plusieurs semaines ou mois, votre cerveau vous somme de trouver une solution à cette situation.

 

Ressources bibliographiques :

  • V.N. Kiroi & E.V. Aslanyan, Neurosciences & Behavioral Physiology, Vol. 36, 2006
  • Pattyn et al. Physiology & Behavior, Vol. 93, 2008
  • Hunter & J.D. Eastwood, Exp Brain Research, 2016

 

 

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