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L'Usine Cognitive

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L'appartenance à un groupe social ou à une “minorité” peut-elle conditionner nos performances cognitives ?

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L'appartenance à un groupe social ou à une “minorité” peut-elle conditionner nos performances cognitives ?
© Markus Spiske

Chômeurs, entrepreneurs, femmes, séniors, hommes, génération Z, etc. Que cela soit temporaire ou permanent, assumé, revendiqué, ou au contraire subi, nous appartenons à des groupes sociaux, à des "minorités". À l’heure où l’égalité des sexes n’est toujours pas réglée dans les entreprises, et où les efforts pour pousser à plus de diversité sont de plus en plus nombreux, il est nécessaire de comprendre les enjeux qui se cachent derrière le maintien des stéréotypes, ces classifications qui attribuent des différences – non justifiées – entre des individus. En plus des impacts sociaux-économiques (salaires, discrimination à l’embauche, etc) liés à ces stéréotypes, les données scientifiques nous enseignent qu’ils ont également un impact sur nos opinions, nos capacités cognitives et nos performances.

En effet, l’appartenance à ces groupes sociaux a tout d’abord un impact sur nos opinions et nos croyances. Ce phénomène de conformité sociale, révélé par le psychologue Asch dans les années 1950, a d’ailleurs été mis sur le devant de la scène (publique) au début des années 2010, lorsque des chercheurs ont commencé à s’inquiéter des "bulles de filtre" présents sur les réseaux sociaux.

En effet, sous une forme de pression sociale, nous avons une tendance à adopter les opinions et jugements de nos pairs. Les réseaux sociaux, par leur capacité à nous isoler face à des jugements peu diversifiés, seraient alors capables de renforcer cet effet. Peut-être pouvons-nous y voir un des mécanismes sous-jacents de la polarisation des opinions dans nos sociétés, et une montée des extrêmes. Mais l’appartenance à des groupes sociaux engendre un autre type de conséquences, moins connu, mais pas moins important : il arrive qu’elle modifie directement nos capacités cognitives et nos performances.

Le coût caché des stéréotypes

La menace du stéréotype est un concept qui fut introduit par Steele et Aronson dans les années 1990, dans une Amérique en proie au racisme envers les populations africaines-américaines. Il fût initialement mis en évidence que des individus noirs avaient des résultats inférieurs à ceux des populations blanches à un test lorsque celui-ci leur était présenté comme un test d’intelligence. Cette présentation du test faisait alors directement référence au stéréotype selon lequel ils seraient moins intelligents – pensée malheureusement courante dans les années 1990 aux États-Unis. Mais lorsque le test était présenté comme un test de logique, les résultats des deux populations étaient les mêmes (Steele & Aronson 1995). La simple mention du stéréotype avant la réalisation d’une tâche suffisait donc à réduire les résultats de la minorité cible de cette croyance collective : on parle alors d’activation de la menace.
Depuis, ce phénomène de menace du stéréotype a été maintes fois reproduit, et s’est vu élargi à d’autres minorités : les femmes verraient leurs performances réduites face à un test de mathématiques ou face à des situations de leadership (Bonnot & Croizet, 2007; Davies et al., 2005), les hommes réputés moins sensibles seraient moins performants dans des tâches affectives (Leyens et al., 2000), et les étudiants de milieux sociaux défavorisés verraient leurs performances universitaires affaiblies (J.C. Croizet & Claire, 1998), etc.


Cette menace du stéréotype serait fonction de deux principaux critères : l’intensité du stéréotype négatif, et l’intensité de l’enjeu évaluatif présent dans la situation. Pour ces deux raisons, il semble que ce mécanisme puisse être particulièrement présent dans l’éducation, la formation professionnelle, et lors des processus de recrutement, ou l’enjeu évaluatif est maximal. Des données suggèrent ainsi que le simple fait de rappeler la situation d’un chômeur ou d’une personne en situation de handicap avant la réalisation d’un exercice peut générer une chute des performances à des tests passés lors de l'entretien (Morchain et al. 2011).

Les mécanismes d'apparition du stéréotype

Ainsi donc, l'activation d'un stéréotype chez un individu a des conséquences fortement délétères, et ce que l'individu adhère ou non au stéréotype qui lui est attribué. Plusieurs mécanismes peuvent expliquer ce phénomène.

Tout d'abord, nos capacités cognitives étant limitées, l'apparition de pensées parasites et une forme d'anxiété viendrait alors réduire les capacités que nous sommes en mesure d'allouer à la tâche en question, notamment en perturbant le fonctionnement de notre mémoire de travail et en augmentant notre charge cognitive (Schmader et al., 2003).

Certaines études ont également démontré une baisse de la confiance en soi et de la motivation des individus chez qui la menace du stéréotype était activée (Bourguignon et al. 2008).
Enfin, un dernier mécanisme pourrait expliquer ce phénomène : l'amorçage. Lorsqu'une information nous est présentée, elle va activer dans notre cerveau des schémas mentaux dont certains pourront être utilisés dans la réalisation de la tâche, et vont ainsi conditionner, du moins en partie, nos capacités à résoudre cette tâche.

Les précautions à mettre en œuvre

Ce phénomène étant par définition involontaire, de la part de l'individu “menacé” comme de la part de la personne qui va activer cette menace, il peut paraitre difficile d'agir contre.

Pourtant, différentes stratégies peuvent être mises en œuvre. La première est celle de l'évitement. L'individu, afin de préserver son identité intacte, va alors se déporter naturellement des domaines dans lesquels le stéréotype de son groupe impacte ses performances : certaines filles vont alors préférer des filières littéraires, ou certains chômeurs vont s'éloigner des demandes d'emploi. Cette stratégie, inconsciente elle aussi, doit bien entendu être évitée à tout prix !

Une seconde stratégie, bien plus souhaitable, consiste à renforcer les caractéristiques individuelles d'un candidat, ou d'un élève, avant la tâche. Par chance, nous possédons tous des parts de nos identités extrêmement variables, y compris au sein même d'une minorité. Il a ainsi été montré que mettre l'accent sur ces traits pouvait permettre de réduire la menace du stéréotype (Desert et al. 2001). Sans renier en aucune façon les effets de groupe, qui peuvent avoir des effets très positifs dans l'entreprise, il est donc très important dans certains contextes de ne pas chercher à comparer un individu à son groupe social, mais au contraire à valoriser les différences qu'il présente.

 

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