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J’abandonne... Quand notre cerveau apprend la résignation, en absence de réel droit à l’erreur

Publié le

J’abandonne... Quand notre cerveau apprend la résignation, en absence de réel droit à l’erreur
© Unsplash/Roi Dimor

Une réflexion autour du "droit à l’erreur" apparaît dans un nombre croissant d’entreprises, mais son incarnation pratique n’est pas toujours claire. La compréhension des mécanismes de notre cerveau impliqués dans nos réactions face à l’échec peuvent venir guider cette mise en place effective.

Peut-être vous est-il déjà arrivé de vous rendre compte que, dans certaines situations, vous n’essayiez plus vraiment ? Par exemple vous n’essayez plus d’apprendre l’anglais parce que "vous vous savez nul-le" ; vous évitez même toutes les situations qui pourraient vous permettre de progresser afin de ne pas vous sentir en situation d’échec. Ou peut-être ne parlez-vous plus tellement en réunion, car, les fois précédentes, vous aviez perdu vos moyens ou votre parole n’avait pas été prise en compte ? Ou encore, vous avez essayez d’avertir votre manager d’un problème récurrent mais, face à son inaction, avez finalement fait avec ? Tous ces comportements de résignation pourraient reposer sur un mécanisme de notre cerveau : l’apprentissage de l’impuissance (ou impuissance acquise).

La construction de notre système de croyance

Au cours de nos vies, nos multiples expériences, mais aussi celles que les autres nous transmettent, nous permettent de construire une représentation du monde. Nous construisons une connaissance probabiliste sur les conséquences qu'entraînent nos actions, nous permettant petit à petit de faire des prédictions. Ces représentations mentales et ces prédictions forment donc un système de croyance propre à chacun.

Par exemple, je "sais" ce que je suis capable de faire ou non : pour reprendre les précédents exemples, je "sais" - ou plutôt je crois - qu’apprendre l’anglais n’est pas à ma portée, que la prise de parole n’est pas pour moi, et que je ne changerai pas le problème adressé à mon manager. Or ce système de croyance régit en permanence nos comportements, sans que nous en ayons forcément conscience.

L’impuissance acquise : quand j’apprends à penser que j’en suis incapable

Être confronté-e de manière répétée à des situations négatives sans pouvoir agir dessus, entraîne une résignation et un comportement passif : c’est le phénomène de l'impuissance acquise. Cet état mental fut d’abord décrit par le psychologue Seligman dans les années 60 [1]. Dans ses premières expériences (qui nous paraîtraient moins éthiques aujourd'hui), un chien est placé dans une pièce dont le sol envoie par moment des chocs électriques : le chien effectue différentes actions pour s’extraire de cette situation douloureuse, et, par hasard, finit par appuyer sur le levier faisant cesser le courant. Confronté de nouveau à cette situation, il est rapidement capable de refaire cette action. En revanche, un chien dont aucune des actions n'induit l'arrêt des chocs, finit par ne plus agir et les reçoit passivement. Et cela influence de manière généralisée le comportement, puisque cette résignation se transfert à d'autres situations. En effet, dans un tout nouvel environnement, où le chien peut se protéger des chocs en enjambant une barrière de quelques centimètre de haut, Seligman observe que deux tiers des chiens qui ne pouvaient pas contrôler l'arrêt des chocs se couchent sur le sol électrifié, résignés. En revanche, la quasi-totalité des chiens ayant précédemment conservé un contrôle, franchissent rapidement la barrière.

Ces expériences ont été reproduites chez l’humain, en remplaçant les chocs électriques par un bruit strident. Sans possibilité de faire cesser ce bruit, les personnes se résignent à le supporter passivement, et n’essaient même plus d'effectuer des actions, mêmes basiques, pour le faire cesser. Et ce comportement de résignation se transfert à d'autres situations, puisqu'ils montrent ensuite un désengagement dans plusieurs tâches cognitives [2]. En absence de sentiment de contrôle, notre cerveau réajuste son système de croyance pour apprendre une impuissance généralisée.

Du point de vue du cerveau, les recherches récentes ont montré que ce n’est pas réellement l’apprentissage de l’échec qui induit cet état, mais plutôt le non-apprentissage de la réussite [2]. La résignation se traduit donc par un comportement passif : on n’essaye même plus, de sorte que l’on ne peut jamais se retrouver en situation de réussite, et cela entretient notre croyance sur nos incapacités.


Comment sortir des croyances limitantes et réapprendre le contrôle

Une des façons de remédier à cet état d’impuissance acquise, est de pouvoir se confronter de nouveau à une situation similaire, dans laquelle nos actions ont des conséquences positives.

Il est essentiel aussi de déconstruire les croyances sans fondement. L’impuissance acquise dépend en effet de trois vecteurs de croyances différents : l’attribution de la cause, la persistance et la globalité. Le risque de développer un état d’impuissance acquise est accru si j'attribue mon échec (ou absence de contrôle) à des causes internes "je ne suis pas assez intelligent-e", que je perçois cet échec comme permanent "j'échoue quoi qu'il arrive", ou généralisé "j'échoue dans toutes mes activités". Pouvoir ré-attribuer mes échecs passés à des causes plus externes, temporaires et précises participe au maintien d'un sentiment de contrôle vertueux : "j'échoue parce que les ressources à ma disposition ne sont pas suffisantes", "j'ai échoué cette fois-là seulement", "je n'échoue que dans cette tâche très précise" [3]. Pour cela, il est important de prendre le temps d'analyser les raisons objectives ayant conduit à des échecs, et les feedbacks détaillés de ses collaborateurs et managers ont un rôle central.

La compréhension de l’impuissance acquise peut venir éclairer de nombreux domaines de nos vies, au travail comme en dehors. Il nous rappelle que l’adversité a de profonds impacts sur notre cerveau et nos comportements, et que l’absence de contrôle peut s’avérer terrible de conséquences pour la psyché humaine. Face à des situations difficiles voire des situations d’échecs répétés, la compréhension des facteurs précis qui en sont à l’origine permet d’éviter la résignation généralisée. C’est donc plutôt en ce sens que l’entreprise doit mettre en place le "droit à l’erreur" : donner à chacun la possibilité d’identifier les facteurs externes en jeu pour mieux rebondir et maintenir la volonté d’aller de l’avant.

 

Références :
[1] Seligman ME (1972) Learned helplessness. Annu Rev Med 23:407–412 (lien ici)
[2] Maier SF, Seligman MEP (2016) Learned helplessness at fifty: Insights from neuroscience. Psychol Rev 123:349–367 (lien ici)
[3] Garber J, Hollon SD (1980) Universal versus personal helplessness in depression: belief in uncontrollability or incompetence? J Abnorm Psychol 89:56–66 (lien ici)

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