Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Cognitive

Le blog des experts des neurosciences

"Eux" ou "Nous"? Le point de vue du cerveau sur l'esprit d'équipe

Publié le

Eux ou Nous? Le point de vue du cerveau sur l'esprit d'équipe

Cercle familial, bande d’amis, équipe de travail, association … Tant d’exemples qui illustrent la propension de l’humain à vouloir se rassembler en groupe d’individus. Que les caractéristiques qui réunissent ces individus soient liées au genre, à l’ethnie, à la langue, à la religion, aux loisirs ou encore au lieu de travail, le groupe constitue un ancrage fort pour l’individu, en lui offrant un support social essentiel à son fonctionnement. Dans le monde de l'entreprise, salariés et dirigeants s'accordent d'ailleurs à placer la qualité des relations sociales en tête des déterminants de la qualité de vie au travail [1].

Le groupe, un prisme qui biaise notre regard...

Cependant, ces comportements d’appartenance au groupe ont une incidence sur la façon dont nous percevons le monde et les autres. Or, ces effets sont bien souvent automatiques et inconscients, et biaisent nos jugements sans que nous nous en rendions compte. Les expériences s’intéressant aux comportements de groupe révèlent généralement que l’on évalue différemment les individus selon leur groupe social d’appartenance. La simple existence de catégories d’individus induit en effet des biais de contraste (surévaluation des différences entre catégories) et d’assimilation (sous-évaluation des différences au sein d’une catégorie) [2]. Cela signifie que nous avons tendance à estimer que les individus appartenant à notre propre groupe (“endogroupe”) sont plus semblables à nous-mêmes qu’ils ne le sont réellement, tout en ayant une perception exagérée des différences avec les individus d’autres groupes (“allogroupe”).

Mais ce ne sont pas les seuls biais qui viennent altérer notre perception de l’autre. En effet, nous avons tendance à juger les membres de notre groupe comme étant plus compétents, plus aimables, ou encore plus attirants que les individus appartenant à un autre groupe. Ce biais, qui conduit à favoriser les individus de son propre groupe, est défini comme le biais d’endofavoritisme. A l’inverse, les membres d’autres groupes sont touchés par le biais d’allodefavoritisme, qui consiste à leur porter préjudice. Ils sont ainsi perçus comme des individus plus ordinaires, moins intelligents, ou moins dignes de confiance [3]. Ces effets sont observés de façon robuste dans la littérature scientifique, aussi bien entre groupes d’ethnies différentes qu’entre supporters d’équipes opposées.

Notre cerveau face au groupe

Du point de vue du cerveau, plusieurs études ont révélé l’activation d’une région appelée ‘amygdale’ lorsque l’on perçoit un individu d’un autre groupe. Cette région est notamment connue pour son rôle dans la détection d’éléments saillants, ou de menaces dans l’environnement. Cependant, l'implication de régions du cerveau en charge de la régulation des émotions a également été démontrée, et refléterait la capacité du cerveau à contrôler nos réactions émotionnelles hâtives (colère, peur ...) face à un individu n'appartenant pas à notre groupe [4]. Le déploiement de cette régulation émotionnelle implique néanmoins que nous ayons conscience de la façon dont nous percevons l'autre. Pour cela, il est important d'être informé de l'existence de ces biais, et de cultiver la métacognition (processus cognitif de “pensée sur sa pensée”), outil essentiel pour amener l'individu à réfléchir sur ses propres pensées et actions.

Stimuler l’esprit d’équipe, plus facile qu'il n'y parait ?

Enfin, de récentes recherches ont mis en lumière un phénomène étonnant : le sentiment d'appartenance au groupe est un phénomène flexible, qui peut même être induit chez un individu en moins de 5 minutes. En effet, le “paradigme des groupes minimaux”, qui consiste à affilier un individu à un groupe fictif (groupe bleu ou vert par exemple), peut suffire à induire un sentiment d'appartenance au groupe. Ainsi, à l'issue de l'expérience, les participants indiquaient qu'ils appréciaient davantage leur groupe que l'autre groupe, et qu'ils se sentaient plus identifiés, fiers, attachés à leur propre groupe qu’à l’autre groupe, sans n'avoir jamais interagit, ni connu l'existence de ces groupes au préalable. L'activité de leur cerveau était également modifiée par ce nouveau sentiment d'appartenance au groupe [5].

De tels effets reflètent le besoin impérieux de l'humain de faire partie d'un groupe social, et la facilité avec laquelle l'affiliation à un groupe peut être induite dans certaines situations. De plus, une étude utilisant ce même paradigme a révélé que si le groupe nouvellement créé mélangeait des individus appartenant initialement à l'endogroupe et à l'allogroupe (par exemple des groupes d'ethnies différentes), les biais liés aux groupes initiaux pouvaient tendre à s'estomper, au profit du nouveau groupe [6].

Ces données indiquent donc que le fait d'appartenir à un groupe ou à une équipe peut grandement affecter les interactions avec les membres et non-membres de son groupe. Il est donc important de prendre conscience que ces phénomènes nous influencent de façon automatique, afin de pouvoir mieux les gérer. De plus, ces résultats suggèrent que l'esprit d'équipe peut être stimulé en instaurant un climat qui rappelle aux individus leur appartenance à la même équipe, et leurs objectifs communs. Dans le monde du travail qui fonctionne traditionnellement en silos, et au sein duquel différents types de groupes coexistent (équipes de travail, services, départements, entreprises), qu'advient-il du sentiment d'appartenance au groupe ? L'étude de ces phénomènes au sein de l'entreprise et de l'impact de pratiques répandues, telles que le team-building ou les séminaires d'entreprise par exemple, pourrait permettre d'identifier les freins et leviers à l'instauration d'un esprit d'équipe, élément essentiel d'une collaboration efficace.

 

----------------------------------------------------------------------------------------------------
[1] Etude Malakoff Médéric sur la qualité de vie au travail (2017)
[2] Tajfel, H., & Wilkes, A. L. (1963). Classification and quantitative judgment.British Journal of Psychology. 54, 101-114.
[3] Stanley, D. A., Sokol-Hessner, P., Banaji, M. R., & Phelps, E. A. (2011). Implicit race attitudes predict trustworthiness judgments and economic trust decisions. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 108(19), 7710–7715.
[4] Cunningham, W. A., Johnson, M. K., Raye, C. L., Chris Gatenby, J., Gore, J. C., &Banaji, M. R. (2004). Separable neural components in the processing of black and white faces.Psychological science, 15(12), 806–813.
[5] Gamond, L., Vilarem, E., Safra, L., Conty, L., & Grèzes, J. (2017). Minimal group membership biases early neural processing of emotional expressions. European Journal of Neuroscience, 46(10), 2584-2595.
[6] Van Bavel, J. J., & Cunningham, W. A. (2009). Self-categorization with a novel mixed-race group moderates automatic social and racial biases. Personality and Social Psychology Bulletin, 35(3), 321-335.

 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle