Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Cognitive

Le blog des experts des neurosciences

Émotions au travail : et si nous apprenions enfin à les réguler?

Publié le

Émotions au travail : et si nous apprenions enfin à les réguler?

Dans le monde de l’entreprise, exprimer ses émotions est considéré comme malvenu, les émotions étant réputées “irrationnelles” et donc incompatibles avec un travail efficace. Ces fausses croyances conduisent souvent les individus à nier ou réprimer leurs émotions, avec des conséquences très néfastes pour le quotidien de travail. Car en effet, nos émotions sont des outils vitaux qui guident nos comportements et nous aident à réagir de façon adaptée. Il est donc essentiel d’y prêter attention au quotidien et d’apprendre à les gérer efficacement. Que risque-t-on à faire taire nos émotions ? Peut-on seulement les réguler efficacement ? La régulation émotionnelle peut-elle s’apprendre ?

Les émotions... des réactions parfois embarrassantes

Comme nous l’avions détaillé dans notre précédent article sur les émotions, une émotion est une réaction brève, intense et complexe du cerveau et du corps, en réponse à une information perçue dans notre environnement. Les six émotions principalement étudiées chez l’humain sont la peur, la colère, la joie, la surprise, le dégoût et la tristesse. Elles sont déclenchées par un circuit de notre cerveau appelé « système limbique » qui a pour spécificité de s’activer extrêmement rapidement et de déclencher des réactions émotionnelles de façon quasi automatique, en dehors de notre volonté. Grâce à cela, lorsqu’un danger survient par exemple, nous sommes capables de réagir très rapidement et de façon appropriée, en étant guidés par nos émotions. Mais cette grande sensibilité de notre système émotionnel peut conduire à ce que parfois, nos émotions nous submergent dans certains contextes où il est toutefois important de pouvoir les gérer.

Considérons par exemple une situation dans laquelle un collaborateur s'apprête à rencontrer un collègue avec lequel les relations sont compliquées. Il est probable qu'une réaction de colère se déclenche en lui, accélérant son rythme cardiaque, augmentant l'activité des régions limbiques de son cerveau et provoquant un désir de confrontation. Mais cette situation où la colère domine est-elle immuable ? Pas forcément, si le collaborateur sait déployer une stratégie efficace de régulation des émotions, afin de faire diminuer sa “charge émotionnelle”, et de pouvoir appréhender la réunion plus sereinement.

Peut-on réguler nos émotions ?

En effet, notre cerveau a la capacité de réguler nos émotions grâce aux régions préfrontales de notre cortex, qui sont notamment en charge du contrôle de nos comportements. Grâce à la communication entre ces régions préfrontales et notre système limbique, nous pouvons réduire l'activation de nos circuits émotionnels [1]. Seulement, il existe de très nombreuses stratégies de régulation émotionnelle, dont certaines sont bien plus bénéfiques que d'autres sur le long-terme.

Faire taire ses émotions : une stratégie très utilisée mais délétère...

Une des stratégies les plus communément employées est la stratégie dite “ de suppression“, qui consiste à supprimer l'expression de l'émotion, une fois que l'émotion est déjà là. Dans le cas de la réunion évoquée précédemment, cette stratégie consisterait à ne montrer aucun signe d'énervement et à prétendre qu'il n'y a pas de problème, alors que la colère est pourtant bien présente. Bien qu'elle soit fréquemment utilisée, la stratégie de suppression se révèle en réalité très délétère pour l'individu. D'une part, certaines études montrent qu'elle pourrait même faire augmenter la charge émotionnelle, s'avérant ainsi fortement contre-productive [2]. D'autre part, puisqu'elle consiste à masquer le fait que l'on ressente une émotion, elle n'encouragerait pas l'individu à communiquer à propos de son émotion et donc à potentiellement trouver une issue au problème qu'il rencontre. L'usage régulier de la stratégie de suppression serait d'ailleurs corrélé à une augmentation des états dépressifs, une diminution de la qualité des interactions sociales, et du bien-être général. Il est donc capital d'apprendre à gérer ses émotions autrement.

Changer de regard pour gérer ses émotions : une stratégie peu pratiquée mais bénéfique...

Il existe d'autres stratégies qui consistent à agir en amont de la réaction émotionnelle, avant qu'elle ne se déclenche. Notamment, la stratégie dite “de réinterprétation” consiste à réinterpréter la situation qui provoque l'émotion afin de la voir sous un autre angle. Dans l'exemple de la réunion évoquée précédemment, si la colère est provoquée par l'attitude du collaborateur que l'on juge désagréable, la stratégie de réinterprétation consisterait à considérer des raisons pouvant expliquer ce comportement (peut-être a t-il un problème personnel, familial, des tensions dans son équipe ...). Réinterpréter la situation ferait alors diminuer l'activité des circuits émotionnels dans le cerveau, provoquant ainsi une baisse de la charge émotionnelle. Et même si l'hypothèse avancée pour expliquer le comportement du collaborateur s'avère erronée, avoir appréhendé la situation sous un autre angle et fait baisser sa charge émotionnelle permet de communiquer de façon apaisée, ce qui est très bénéfique pour l'interaction sociale qui s'en suit. L'usage régulier de la stratégie de réinterprétation serait corrélé à une augmentation de la qualité des interactions sociales et des performances au travail, mais également du bien-être général [3].

Est-ce que la régulation émotionnelle s'entraine ?

L'avantage de la régulation émotionnelle, c'est qu'elle peut s'apprendre, même à l'âge adulte. En effet, grâce à la plasticité du cerveau qui se modèle en fonction de nos expériences, la pratique régulière de la régulation émotionnelle induirait des changements dans notre cerveau. Ainsi, plus on pratiquerait la régulation émotionnelle, plus la communication entre nos régions préfrontales et limbiques deviendrait efficace, renforçant alors l'impact de la régulation avec le temps. D'autres pratiques visant à gagner une meilleure compréhension de soi favoriseraient également la régulation émotionnelle : s'entrainer régulièrement à mettre des mots ou des images sur son ressenti, ou encore être activement à l'écoute de ses propres états émotionnels (comme dans la méditation pleine conscience par exemple). Apprendre à identifier plus précisément les émotions qui nous traversent (“je suis en colère”, “j'ai peur”, au lieu du vague “je ne me sens pas bien”) pourrait également faciliter l'adoption d'une stratégie adaptée en permettant de se référer à une situation passée (“la dernière fois, ce comportement m'a aidé ...”).

Intégrer la pratique de la régulation émotionnelle à son quotidien (de travail) parait donc essentiel au vu des bénéfices qu'elle peut apporter. Ainsi, lorsqu'un événement provoque la colère ou la peur par exemple, il est essentiel d’identifier son émotion (“quelle émotion me traverse ?“), d’essayer d’en comprendre les causes (“qu'est ce qui me perturbe ?”) et d'adopter une stratégie de régulation adaptée, plutôt que de l’inhiber sous prétexte qu’elle n’est pas la bienvenue. Nos émotions sont des indicateurs précieux auxquels il faut absolument prêter attention au quotidien, y compris au sein même de l’entreprise.

---------------------------------------------------------------------------------------
[1] Dixon, M. L., Thiruchselvam, R., Todd, R., & Christoff, K. (2017). Emotion and the prefrontal cortex: An integrative review. Psychological bulletin, 143(10), 1033.
[2] Goldin, P. R., McRae, K., Ramel, W., & Gross, J. J. (2008). The neural bases of emotion regulation: reappraisal and suppression of negative emotion. Biological psychiatry, 63(6), 577-586.
[3] Gross, J. J., & John, O. P. (2003). Individual differences in two emotion regulation processes: implications for affect, relationships, and well-being. Journal of personality and social psychology, 85(2), 348.

 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle