L'Usine Cognitive

Le blog des experts des neurosciences

Comment construire un futur du travail capable de préserver les ressources cognitives et sociales des salarié·e·s?

Publié le

Comment construire un futur du travail capable de préserver les ressources cognitives et sociales des salarié·e·s?
© Unsplash

Depuis le 11 mai, les organisations et les individus doivent à nouveau s’adapter : le travail reprend progressivement, avec des arbitrages à trouver entre le retour au bureau pour certain·e·s, et le télétravail partiel ou total pour d’autres. À cela s’ajoutent les injonctions à "travailler plus" pour compenser la crise économique de ces derniers mois, comme celles lancées dernièrement par le Medef ou encore l’Institut Montaigne, dont le bien-fondé doit être sérieusement interrogé. D’autres organisations ont quant à elle décidé de passer au 100 % télétravail, à l’instar de Facebook. Appliquer de telles règles à tou·te·s, c’est omettre les différences qui existent entre les salarié·e·s, alors que les organisations auraient tout à gagner à les prendre en compte.

En effet, dans le monde d’après qui se dessine, où l’hypersollicitation, la gestion de la complexité et la transformation continue sont la norme, les organisations doivent créer les conditions permettant de préserver durablement les ressources cognitives et sociales de l’ensemble de leur salarié·e·s, des plus engagé·e·s et résilient·e·s, aux plus fragiles face à ce contexte. Les ressources cognitives et sociales dont nous disposons reposent sur un grand nombre de facteurs essentiels au travail et au bien-être, tels que notre charge mentale et émotionnelle, notre capital social, ou encore notre engagement. Limitées, elles varient pour chaque individu au cours du temps, et sont extrêmement dépendantes des tâches que nous réalisons et de l’environnement (physique, digital et social) dans lequel nous les menons.

Or, ces trois mois de télétravail continu furent un révélateur de fortes disparités entre les salarié·e·s, en termes d’habitudes de travail, d’environnement, et de ressources. En évaluant avec rigueur les ressources cognitives et sociales (charge mentale et émotionnelle, engagement, lassitude et capital social), auprès de 550 salarié·e·s en télétravail durant le confinement, nous avons pu constater des différences importantes au sein de la population [1]. Si 29 % des personnes interrogées présentent un niveau de ressources favorable au télétravail prolongé, près d’un·e salarié·e sur quatre dispose d’un niveau de ressources défavorable, tant pour leur activité que pour leur bien-être au travail : une charge mentale et émotionnelle accrue, un sentiment de lassitude plus élevé, un engagement et un capital social plus faible. De plus, nous avons pu observer que ces écarts étaient fortement liés à la régulation, ou l’adaptation, des modes de travail durant le confinement : les salarié·e·s les plus sensibles témoignent ainsi de plages horaires plus importantes qu’avant le confinement, d’une plus faible régulation de leurs pratiques de connexion, ou encore de moins bonnes pratiques de collaboration. Au regard de ces données, il nous apparaît crucial de prendre en compte ces différences de ressources cognitives et sociales, afin d’accompagner au mieux les individus qui en ont le plus besoin. Pour cela, il est également important de donner les marges de manœuvre nécessaires à une régulation efficace et durable des modes de travail. Organiser son temps, réussir à ériger une frontière entre le privé et le professionnel, à préserver un lien social, ou encore à gérer les outils numériques et éviter l’hyper-connexion, sont désormais des compétences fondamentales pour accomplir un travail de qualité malgré la distance tout en préservant son bien-être.

Grâce aux outils issus de la recherche scientifique, il est désormais possible d’évaluer avec précision et rigueur les ressources dont disposent les salarié·e·s, et d’accompagner la mise en place de modes de travail plus équilibrés, qui préservent durablement leurs ressources. Nous pensons en effet qu’il est du rôle des organisations d’opérer les changements profonds qui permettront de créer des modes de travail plus respectueux du fonctionnement naturel du cerveau humain. Cette transformation devra tout d’abord chercher à réduire toutes les sources de dépenses cognitives inutiles, telles que celles causées par des outils digitaux omniprésents mais souvent peu ergonomiques et mal utilisés, des environnements de travail impersonnels, inappropriables et bruyants, ou encore des relations inter-personnelles désinvesties, pouvant provoquer un étiolement de l’esprit d’équipe et du capital social des individus. Pour toutes ces raisons, ce rôle de l’organisation deviendra de plus en plus crucial au fur et à mesure que le télétravail s’installera.

Faire cela, c’est permettre à tou.te.s de mobiliser efficacement et durablement des capacités telles que la collaboration, l’attention, la résolution de problèmes, ou encore l’apprentissage.

Faire cela, c’est permettre à l'organisation et aux individus de (s)'accomplir autrement.

[1] : enquête accessible sur notre site : www.cogx.fr

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte