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Chatbots et robots affectifs

Le blog de Laurence Devillers

Les représentations des femmes en robotique et en IA

Publié le

Les représentations des femmes en robotique et en IA
© Gatebox

Le manque de femmes dans les métiers de l'informatique et de la robotique est un sujet sensible : 80% des professionnels au sein des géants high-tech sont des hommes ! Même problème en recherche en robotique et IA …

Le rapport entre la robotique et les femmes, et plus largement l'intelligence artificielle (IA) et les femmes, soulève des questions fondamentales sur la façon dont la société se construit elle-même.

Le professeur Ileana Stigliani, de l'Imperial College Business School, explique qu'un manque manifeste de diversité dans l'industrie de l'IA et de l'informatique renforce les stéréotypes de genre.
Avec l'IA et le Big Data, on peut par exemple chercher à modéliser les comportements sociaux afin de pouvoir les prédire. Utilisés dans des chatbots sur Internet ou embarqués dans des robots pour percevoir, décider et agir, ces modèles présentent souvent des biais, liés au choix des données par l'ingénieur. Ce sont des hommes qui créent ces systèmes.
Il faut être conscient que le choix des données est primordial mais aussi les paramètres qui sont choisis et optimisés par les concepteurs.
Si, bientôt, les robots apprennent tout seuls à partir des données qu'ils collectent sans surveillance, ces biais refléteront aussi ceux de notre société.

Le marché des chatbots (i.e agents conversationnels) et des robots sexuels se développe. Elles s'appellent Alexa, Sofia, Azuma et sont serviles et disponibles. Les chatbots et robots féminins ont le plus souvent des rôles subordonnés : de la secrétaire accueillante à la petite amie distrayante en passant par la poupée sexuelle soumise !

Pour 1 200 euros, Gatebox commercialise au Japon Azuma Hikari, un personnage virtuel en hologramme qui fait office d'assistant domotique !
La fée clochette Azuma (image ci-dessus), sorte de petite amie, est tout à fait charmante, elle pourrait sortir d’un dessin animé de Disney. Elle est là pour vous, dévouée et attentionnée. Même lorsque vous quittez l’appartement, elle continue à vous parler par texto en simulant une réelle présence affective : "Je t’attends mon chéri". Les phrases mielleuses sont affligeantes de stéréotypes. Le réel rattrape la science-fiction mais le film HER était plus amusant (cf. mon précédent post) !

Sofia, robot humanoïde d’Hanson Robotics ne comprend rien de ce qu’elle dit, comme tous les chatbots et robots ! Malgré cela un parterre de dirigeants l’a écouté à l’ONU ! De plus, cet objet a été élevé au rang de citoyenne d’Arabie Saoudite ! Que devient alors la place des femmes ?


Il est urgent d’éduquer sur les capacités et les manipulations possibles sur les humains de ces objets doués de parole.
Le marché des robots sexuels, bientôt doués de réactions et de parole, existe déjà au Japon et se développera partout. Si les personnes qui enseignent aux ordinateurs à agir comme des êtres humains ne sont que des hommes, il est fort probable que les robots et les "machines sexuelles" refléteront leur vision du monde. Un collectif de scientifiques anglais a lancé une campagne en 2015 contre le développement de ces robots, accusés de renforcer une représentation faussée des femmes et d'encourager la prostitution. Le magazine « H+ », dans son numéro d'avril-mai 2016, racontait la vision futuriste de deux chercheurs de Nouvelle-Zélande : "En 2050, le quartier chaud d'Amsterdam sera l'affaire de prostituées robotisées, qui n'auront pas d'infection sexuellement transmissible." Ces robots sexuels vont devenir de plus en plus performants. "Coucher avec un robot sera-t-il tromper ?" me demandait un journaliste ! Enfin, tomber amoureux de ces machines, qui n'ont aucun désir propre, ni sentiment, risque d'être d'une pauvreté émotionnelle forte!

L’IA peut être aussi utilisée pour analyser la visibilité des femmes dans la vie sociale. Il est facile de montrer qu’elles apparaissent moins dans les médias, le cinéma et les conférences, et sont moins nombreuses parmi les cadres dirigeants qui s'expriment !

Il est urgent d'aborder ces problèmes de société, et de montrer les risques de dérive si l'on ne met pas des garde-fous et si l'on ne respecte pas des règles éthiques.
Si ces machines s'améliorent, aura-t-on d’ailleurs toujours des relations avec des humains ? Le côté gadget nous fait rire en Europe mais nous devons prendre conscience de l’importance de raisonner sur la présence de ces machines à côté de nous dans la société.

 

Laurence Devillers est l'auteure de "Des robots et des hommes : mythes, fantasmes et réalité ", Plon 2017.
 

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