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Le blog de Julien Fosse

Vers, mouches et compagnie

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Vers, mouches et compagnie
© Pixabay

Le vivant s’effondre, dans le silence

Travailler sur la préservation de la biodiversité, c’est un peu tenir le rôle principal d’"Un jour sans fin", ce film d’Harold Ramis où le protagoniste interprété par Bill Murray revit indéfiniment les mêmes scènes. Car les semaines se ressemblent étonnamment pour un biologiste : elles sont de plus en plus en plus fréquemment ponctuées par la publication d’une étude scientifique pointant l’érosion massive de la biodiversité. Ces derniers jours, ce sont ainsi les vers de terre et les insectes, auxiliaires indispensables à l’agriculture, qui ont fait la une de grandes revues scientifiques. Mais pas des chaînes info en continu. Dommage, car il y aurait de quoi faire le buzz. Et pour une fois à bon escient…

Les lombrics, victimes du dérèglement climatique

Publiée dans la prestigieuse revue "Science" le 25 octobre dernier, une étude internationale coordonnée par la biologiste allemande Helen Phillips a analysé les données de répartition des vers de terre à l’échelle mondiale. Les données provenant de 7 000 sites répartis dans 57 pays montrent que les vers sont plus nombreux dans les régions tempérées que sous les tropiques. Le problème, c’est que cette méta-analyse souligne également que la température et l’humidité sont les principaux déterminants de l’abondance et de la diversité des vers. Autant dire que les épisodes de sécheresse appelés à se multiplier dans les années à venir du fait du dérèglement climatique pourraient être catastrophiques à terme.

Car les vers de terre jouent un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes terrestres, en représentant de 60 à 80 % de la biomasse animale des sols. En creusant des galeries, ils aèrent la terre et permettent aux racines des végétaux de respirer. Ils labourent, mélangent et homogénéisent le sol. Ils stimulent l’activité bactérienne, indispensable à la minéralisation de la matière organique. Bref, ils constituent des éléments centraux de la vitalité des sols et de la préservation de leur potentiel agronomique.

Les insectes, victimes des pesticides

Au même moment, dans l’édition du 31 octobre de la revue britannique "Nature", une étude d’ampleur soulignait l’importance du déclin des insectes en Allemagne, en analysant l’évolution des captures d’arthropodes sur 300 sites de prairie ou de forêt dans trois régions allemandes, entre 2008 et 2017. Sur cette période, un million d’individus capturés appartenant à plus de 2 700 espèces ont ainsi été étudiés. Le diagnostic est sans appel. Sur les 150 prairies analysées, la biomasse d’arthropodes a diminué de 67 %, le nombre d’individus capturés s’est effondré de 78 % et leur diversité a diminué de 30 %. En forêt, la biomasse a perdu 41 % et la diversité des individus capturés a décliné de 36 %.

L’étude des principales variables entourant les zones de capture montre que la principale cause de ces pertes est le recours aux pesticides. Elle-même dépendante des systèmes de production agricole. Bien évidemment, ce déclin des insectes est synonyme d’effondrement de la chaîne trophique, notamment des prédateurs insectivores. Des prédateurs qui détruisent les ravageurs des cultures. Du coup, pour les éliminer, il faut plus d’insecticides. La boucle est bouclée…

Montrer, expliquer, convaincre

Les données scientifiques sont solides, convergentes, étayées. Et mises à part des revues spécialisées, peu de médias grand public se font l’écho de ces  études. Considérant sans doute que les lecteurs ou les téléspectateurs ne se sentiraient pas concernés par ce déclin massif. Etrangers à cette destruction de la diversité du vivant.

L’humanité est pourtant fondamentalement dépendante de la biodiversité. Sans lombric, sans pollinisateurs, pas d’agriculture. Et donc pas d’alimentation. Face à ce constat, il est indispensable de montrer l’importance de l’érosion, expliquer ses causes et convaincre de la nécessité de faire évoluer nos modes de vies, de consommation, de production. Sans relâche. Collectivement.

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