Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Utilisation des pesticides : l’urgence d’une nouvelle donne

Publié le

Utilisation des pesticides : l’urgence d’une nouvelle donne

Initié en 2008 dans le prolongement du Grenelle de l’environnement, le plan Ecophyto visait l’objectif ambitieux d’une réduction d’usage des pesticides en France de l’ordre de 50 % d’ici à 2018. En précisant néanmoins que cette cible devait être atteinte "si possible". Année après année, les résultats de cette politique publique financée à hauteur de 70 millions d’euros par an depuis 2015 ont été globalement décevants. Mis à part 2015, chaque année a vu les indicateurs de suivi du plan augmenter. Et pour 2018, cette augmentation a été de 21 %. L’objectif de "moins 50 %" a été repoussé à 2025, un but qui paraît bien inaccessible sans changement radical d’approche. Et donc sans refonte des politiques de soutien à l’agriculture ?

Le plan Ecophyto mis en échec

Dès son lancement, le plan de réduction d’usages des produits phytopharmaceutiques a été conçu en s’appuyant sur différents indicateurs de suivi : la quantité de substance active (QSA) correspondant à la quantité de "principe actif" utilisée par les agriculteurs, et le nombre de doses-unités (NODU) qui pondère la QSA par la fréquence d’utilisation des pesticides. Deux indicateurs ayant fait l’objet de nombreux échanges au sein des instances de pilotage du plan avant leur utilisation. Sans parler de consensus, assez rare sur un sujet technique aussi polémique, ces indicateurs sont donc issus d’une concertation avec les parties prenantes et apparaissent robustes scientifiquement. Leur évolution est donc intéressante à suivre...

Or selon les chiffres publiés par le ministère de l’Agriculture, la moyenne triennale de la QSA totale, tous produits et usages confondus, a augmenté de 22 % entre les périodes 2009-2011 et 2016-2018 tandis que le NODU croissait de 25 %. Autant dire que le bilan est négatif. Quand on y regarde de plus près, les principales substances vendues sont le soufre (16 % des ventes en 2018) et le glyphosate (11 % des ventes en 2018). Des achats en 2018 qui s’expliqueraient essentiellement par une anticipation des hausses de redevance sur les pesticides selon les organisations syndicales agricoles. Un point positif néanmoins, les produits les plus "toxiques", présentant un caractère cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction (ou CMR), voient leur utilisation diminuer de 15 % pour les produits de catégorie "CMR 1", constituant un risque supposé ou avéré pour l’homme, et de 9 % pour les produits "CMR 2", présentant un risque simplement suspecté. En résumé, les substances très dangereuses voient – heureusement – leur consommation diminuer mais leur usage est largement compensé par d’autres pesticides…

Repenser les aides publiques à l’agriculture

Face à ce bilan, il apparaît indispensable de réfléchir à d’autres leviers de réduction d’usage des pesticides. Or l’économie publique appliquée aux enjeux environnementaux offre une solution toute trouvée : la mise en œuvre du principe pollueur-payeur, visant à renchérir le prix des pesticides pour en réduire l’usage. Un principe qui peut être couplé à l’utilisation du produit de cette taxe pour financer la transition agroécologique des exploitations par un transfert de financement au sein du secteur agricole. Une mesure neutre d’un strict point de vue macroéconomique, mais bien évidemment pas à l’échelle des exploitations agricoles.

C’est la proposition faite par France Stratégie, organisme de prospective rattaché au Premier ministre, dans le cadre d’un récent rapport sur la politique agricole commune. Une mesure parmi un ensemble d’instruments visant à rénover cette politique européenne, dont les grands principes n’ont pas été modifiés depuis le Traité de Rome de 1959, pour soutenir une agriculture plus durable. Et ainsi rémunérer les agriculteurs proportionnellement aux services qu’ils rendent à la société.

Une proposition qui fait bien évidemment débat mais a le mérite de remettre à plat les dispositifs d’aide à la réduction d’usage des pesticides en France. Des perspectives qui permettent également de répondre à la défiance croissante des citoyens à l’égard d’une agriculture dépendante des produits chimiques, ce qui constitue le terreau de l’agribashing. Finalement, un bonus-malus qui serait l’instrument de la réconciliation entre agriculteurs et consommateurs ?

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte