Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Souveraineté agricole: vers un retour en grâce?

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Souveraineté agricole: vers un retour en grâce?

Le Covid-19 a fait ressurgir dans le débat public des concepts jugés dépassés dans une économie mondialisée : souveraineté, autonomie, résilience. Autant de termes associés au protectionnisme, considérés archaïques hier, qui font sens lorsqu’il s’agit d’assurer notre indépendance en temps de crise. Des notions notamment portées par les acteurs agricoles, appelant à accroître notre souveraineté alimentaire. Une idée forte, qui implique de repenser profondément nos chaînes d’approvisionnement. Et de bouleverser notre système alimentaire.

Un système alimentaire résilient

La crise du covid-19 a mis à mal notre système alimentaire. La myriade d’acteurs économiques, de services et d’institutions en interaction permanente qui le constituent ont pourtant continué à  produire, distribuer, stocker la nourriture. Un écosystème qui n’a pas failli brutalement, même si des ruptures d’approvisionnement temporaires, liées à des problèmes logistiques ou de main d’œuvre, ont été observées ici ou là. Une situation différente de celle des Etats-Unis, où des clusters de covid-19 ont occasionné des fermetures longues d’abattoirs, conduisant à des pénuries temporaires de viande dans certains états américains.

Mais il faut se garder d’un excès de confiance, car une situation analogue aurait pu s’observer en France si des foyers de Covid-19 avaient été identifiés chez les employés de nos industries agroalimentaires du Grand Ouest, obligeant à les mettre à l’arrêt. Quoiqu’il en soit, notre système alimentaire a tenu et fait preuve d’une résilience certaine. Qu’il ne faudrait pas croire pérenne, tant notre autonomie alimentaire est relative.

Une autonomie relative

Car l’examen de notre balance commerciale souligne en creux les fragilités de notre système alimentaire, et la dépendance de pans entiers de notre agriculture à des ressources extérieures. En 2018, les exportations de produits agricoles se sont élevées à 14,9 milliards d’euros, celles de produits transformés à 47,4 milliards d'euros. Les importations françaises pour la même année se sont montées respectivement à 14 et 41,4 milliards d’euros. Une balance commerciale tout juste à l’équilibre, donc… Certes, de grands secteurs continuent de booster nos exportations : les vins et spiritueux, premiers contributeurs de l’excédent commercial agroalimentaire en 2018 à hauteur de 12,3 milliards d’euros ; les céréales, avec une production annuelle qui oscille, bon an mal an, autour des 70 millions de tonnes ; les produits laitiers ; les bovins vivants ; les semences. Mais notre balance commerciale agroalimentaire se distingue également par des déficits historiques : c’est notamment le cas du secteur fruits et des légumes qui enregistre depuis les années 1970 des déficits chroniques, du fait d’importations massives. Ou encore celui des produits oléagineux, comme le soja, illustrant la dépendance historique de la France en protéines végétales pour l’alimentation du bétail.

Repenser notre souveraineté alimentaire

Développer notre souveraineté alimentaire implique de mettre en place les politiques garantissant la sécurité alimentaire des Français, dans les conditions sociales et environnementales de production les plus exigeantes possibles, sans porter atteinte au développement des agricultures des autres pays. Une souveraineté qui implique de mettre un terme à notre dépendance aux protéines végétales étrangères, en soutenant les filières françaises de légumineuses durables et les modes d’élevages les plus autonomes, ainsi que de développer nos filière maraîchères. Une souveraineté, enfin, qui implique en corollaire de repenser certaines filières aujourd’hui centrées sur l’exportation. Car on ne peut appeler nos concitoyens à manger local sans s’attendre à ce que nos voisins européens en fassent de même. Autant de transitions qui ne pourront tenir économiquement que grâce à la réorientation des aides publiques de la PAC, des gains de compétitivité ou des montées en gamme. Et bien évidemment si les consommateurs jouent le jeu du local et du durable. Tout un programme.

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