Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Risques climatiques, risques financiers, même combat

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Risques climatiques, risques financiers, même combat
La France a subit une vague de froid sans précédent
© Photo by @izak99 on Unsplash

La France métropolitaine vient d’être traversée par une vague de froid exceptionnelle. Des épisodes de gel ont dévasté vignes, vergers et cultures maraîchères, à l’origine de dégâts d’autant plus importants que le mois de mars fut particulièrement chaud, provoquant le bourgeonnement précoce des végétaux. Un coup de chaleur suivi d’un gel tardif : la traduction très concrète d’un dérèglement climatique appelé à s’accentuer et à s’accélérer.

Face à ce risque, l’une des toutes premières victimes est l’agriculture, mais bien d’autres secteurs de notre économie seront fragilisés à terme. Un constat posé le 18 mars dernier par le Vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), Luis de Guindos, dans un article dédié. Un signal de plus, qui émane de l’institution chargée de la mise en œuvre de la politique monétaire européenne et non d’obscurs lanceurs d’alerte écologistes. Un signal suffisant pour faire bouger les lignes et lever les freins au changement ? Il faut l’espérer…

Des risques physiques et de transition, étroitement imbriqués

La BCE a confié à une filiale de l’agence Moody’s et au cabinet de recherche Urgentem l’objectif de modéliser les risques climatiques en Europe et les zones qui y sont les plus exposées. Consciente que les instruments classiques de gestion des risques ne suffiront pas à gérer les aléas naturels, la BCE souhaitait en effet réaliser le premier stress test évaluant les effets des risques climatiques sur les entreprises et les banques au cours des trente prochaines années. Deux grands types de risque ont été identifiés : le risque physique, lié directement à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles ; le risque de transition, dû à la mise en œuvre trop tardive ou soudaine de politiques climatiques visant à réduire les émissions de CO2. La distinction entre ces deux types de risques est cependant très artificielle, puisque renforcer les politiques climatiques accroît le risque de transition à court terme mais réduit l’importance du risque physique à plus long terme.

Sans surprise, ces deux familles de risques altèrent la stabilité financière globale de la zone Euro lorsque les banques sont exposées à des entreprises en défaut, à travers leurs prêts ou leurs portefeuilles d’actifs. Ces risques impactent de manière très différente les territoires européens. Au nord et à l’est, ce sont les risques de submersion des terres, d’inondations à répétition provoquées par la montée de la mer qui sont les plus menaçants. Au sud, ce sont les vagues de chaleur extrêmes, les incendies immenses. Le tout étant amplifié par les concentrations industrielles et urbaines.

Un plaidoyer pour une transition écologique rapide

L’étude conduite par la BCE montre que le changement climatique est une source majeure de risque systémique, en particulier pour les banques détenant des portefeuilles concentrés sur les secteurs économiques et les zones géographiques les plus exposées. Le scénario de la « Terre étuve » évalue les effets du changement climatique dans le cas où aucune nouvelle politique ne serait mise en œuvre. Ce scénario tendanciel prévoit une aggravation considérable du risque physique à moyen et long terme. En l’absence de nouvelles politiques climatiques, les coûts associés aux aléas climatiques extrêmes augmenteraient alors de manière catastrophique pour les entreprises.

L’étude souligne également que les coûts à court terme de l’ajustement aux politiques écologiques sont beaucoup moins élevés que les coûts engendrés par des catastrophes naturelles à moyen et long terme. Ce qui plaide donc pour une transition écologique rapide. Dans le scénario d’une transition écologique ordonnée, le déploiement rapide et efficace de politiques climatiques permettrait en effet de limiter le réchauffement de la planète et de réduire les risques financiers systémiques.

Ces résultats soulignent l’urgente nécessité d’entamer la transition vers une économie plus verte, non seulement pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris mais aussi pour limiter les perturbations à long terme sur l’économie. Le fait qu’ils soient désormais portés par la BCE témoigne en outre de la prise de conscience du risque climatique par les institutions financières et les acteurs économiques. Mieux vaut tard que jamais.

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