Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Repenser le système alimentaire mondial d’ici à 2050

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Repenser le système alimentaire mondial d’ici à 2050
© Ales Krivec / Unsplash

Le salon de l’agriculture vient de s’achever. Avec un jour d’avance, pour cause de coronavirus. Le bilan reste néanmoins positif pour ce rendez-vous traditionnel avec le monde agricole. L’occasion de réfléchir à l’avenir d’un secteur confronté à de vastes défis environnementaux, notamment le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité. Et qui devra répondre à de nouvelles demandes alimentaires dans un contexte de croissance démographique mondiale. Un exercice de prospective auquel s’est livré l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), qui souligne la possibilité d’une agriculture durable capable de nourrir la planète d’ici à 2050. Sous réserve de profonds changements…

Nourrir 10 milliards d’êtres humains

L’exercice conduit par l’Inrae s’appuie sur l’examen des systèmes alimentaires de 21 régions du monde et l’établissement de projections à l’horizon 2050 intégrant la demande alimentaire, les rendements des productions agricoles et les disponibilités en terres cultivables. Des perspectives qui tiennent compte des projections démographiques, l’ONU estimant que la population atteindrait alors 9,5 milliards d’habitants. Nourrir la planète impliquera donc de répondre à des besoins alimentaires croissants et de tenir compte des évolutions possibles des régimes alimentaires. Des évolutions qui pourraient avoir des effets sur la santé des consommateurs et l’environnement. Manger moins de viande et de produits alimentaires provenant d’animaux émetteurs de gaz à effet de serre ; privilégier les protéines végétales issues de cultures agroécologiques et de systèmes de production à faible empreinte carbone : autant de pistes pour envisager un régime alimentaire durable pour tous à horizon 2050… mais qui changerait fondamentalement la répartition des terres à l’échelle de la planète.

Une nouvelle répartition des terres

Car dans le cas d’une stabilisation des apports caloriques individuels dans les pays développés et la poursuite des transitions alimentaires dans les pays en développement, le besoin total en surfaces cultivées pourrait augmenter à horizon 2050, jusqu’à 223 millions d’hectares par rapport à 2010 en fonction des augmentations de rendements. Une transition mondiale vers des régimes alimentaires moins carnés entrainerait une réduction des apports caloriques totaux dans les pays développés. En Europe, elle pourrait ainsi faire diminuer les besoins en terres cultivées de 50 millions d’hectares par rapport à 2010. Ce qui laisserait des marges de manœuvre pour le développement de stratégies d’usages des "surplus de terres". Cela permettrait ainsi à l’Europe de contribuer plus activement au défi climatique en limitant sa dépendance aux importations de tourteaux de soja et en développant la culture d’oléoprotéagineux. La production additionnelle de soja européen pourrait ainsi atteindre de 4 à 44 millions de tonnes selon les scénarios, ce qui permettrait de préserver de 1 à 10 millions d’hectares de surfaces cultivées en Amérique du sud. Des surfaces cultivées souvent gagnées sur la déforestation. Une autre option pour ce « surplus de terres » serait d’accélérer la transition agroécologique en développant des systèmes de cultures moins consommateurs d’engrais de synthèse, sources de gaz à effet de serre.

Des perspectives qui soulignent la nécessité d’accompagner l’évolution des modes de production agricole d’ici à 2050 à l’échelle européenne si l’on souhaite anticiper d’inéluctables transitions. Les discussions à venir sur la future politique agricole commune et le Green Deal européen constitueront à ce titre des opportunités majeures d’accompagnement de ces évolutions. Ce qui implique de penser les politiques agricoles sur le temps long, dans une perspective mondiale et de manière systémique. Un exercice auquel les acteurs publics ne sont malheureusement plus habitués…

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