Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Renforcer notre autonomie alimentaire

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Renforcer notre autonomie alimentaire
Comment renforcer notre autonomie alimentaire, alors que le secteur agro-alimentaire est bousculé par la crise sanitaire.
© flickr leo mccourt

Les pouvoirs publics le répètent : il n’y a pas de risque de pénurie alimentaire aujourd’hui en France. Pourtant, la crise du Covid-19 a mis en lumière la complexité des chaînes d’approvisionnement agroalimentaire à l’échelle de notre planète. Y compris dans notre pays où l’intérêt stratégique de circuits courts apparaît renforcé. Un intérêt qui pourrait s’accentuer dans les prochains mois, alors qu’un déficit hydrique se profile dans certaines régions, ce qui frapperait de plein fouet notre agriculture. Autant d’éléments qui interrogent notre autonomie alimentaire, alors que la demande sociétale en faveur d’une alimentation plus durable et locale augmente. Et qui pose également la question de la résilience du secteur agroalimentaire, tant d’un point de vue économique qu’environnemental.

Un système alimentaire fragile

Dans une récente analyse, l’association "Les greniers d’abondance" a identifié les failles de notre système alimentaire dans le contexte de crise du Covid-19 (1) . L’élément le plus médiatisé a sans doute été le comportement d’achat "compulsif" des consommateurs au tout début de la crise : ils ont constitué des réserves, notamment en produits non périssables comme les pâtes, ce qui a occasionné des pénuries dans certaines grandes surfaces. Le chômage partiel a par ailleurs accentué la vulnérabilité de nombreuses personnes, devant faire appel à l’aide alimentaire pour subvenir à leurs besoins. Mais au-delà de cette partie émergée de l’iceberg, c’est l’ensemble des acteurs des filières agricoles qui est impacté par cette crise.

La fermeture des frontières a ainsi provoqué un manque de main d’œuvre à hauteur de 200 000 personnes, auquel les pouvoirs publics ont tenté de faire face en facilitant les conditions d’embauche de saisonniers français. Moins d’ouvriers agricoles pour récolter les fruits et légumes, c’est un risque accru de pertes, et donc de hausse des prix. Des tensions ont également été observées chez les fournisseurs d’équipement et d’intrants agricoles, suite à la perturbation des chaînes logistiques. A l’autre bout des filières, l’absence de débouchés provoqué par la fermeture des restaurants et des cantines a également induit de fortes tensions sur les marchés du lait et de la viande. Une difficulté de plus pour le secteur de l’élevage, déjà bien fragile…

Des industries et un transport sous tension

En outre, l’industrie agroalimentaire est touchée par le manque de main d’œuvre, avec en moyenne 20 % des salariés absents. Certaines usines doivent tourner nuit et jour pour faire face aux pics de demande (farine ou pâtes) quand d’autres connaissent une forte baisse d’activité. Ces difficultés économiques sont accrues par la diminution du transport de marchandises. La crise révèle en effet la dépendance de notre système alimentaire à l’égard des acteurs de la logistique. Des stocks sont certes disponibles, mais leur éparpillement tout au long des chaînes logistiques (silos, usines, entrepôts) n’empêche pas des ruptures de stock lorsque le transport ne suit pas la demande. Les transporteurs routiers ont en effet réduit leur activité, seulement 40% des camions circulant. Cette baisse générale affecte le transport alimentaire, car les retours à vide pénalisent l’équilibre économique du secteur.

Tous ces éléments appellent à repenser notre système alimentaire, à le re-territorialiser, ce qui peut, sous certaines conditions, être synonyme d’une durabilité et d’une résilience plus fortes. C’est ainsi un nouvel équilibre dans l’offre alimentaire qui doit être pensé, moins dépendant du mondial, mais centré sur le local et les coopérations régionales. Une nouvelle donne à laquelle les consommateurs devront contribuer, en faisant évoluer leurs régimes alimentaires et leurs actes d’achat. Reste à savoir s’ils y sont prêts.

(1) https://medium.com/@a.grimonpont/qui-veille-au-grain-pour-demain-c90db17e515a

Julien Fosse 

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