Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Réguler le commerce international, pour la santé et l’environnement

Publié le

Réguler le commerce international, pour la santé et l’environnement

En 1776, l’économiste écossais Adam Smith posait les principes du libre-échange, soutenant que chaque état devait acheter à l'étranger ce qui pouvait être produit à meilleur compte qu’au niveau national. Le principe d’avantage absolu était établi. Il incitait chaque pays à se spécialiser dans la production de biens pour lesquels il possédait cet avantage. Un cadre théorique historique, largement critiqué depuis. Et mis à mal par la crise du Covid-19, qui a souligné la nécessité de maintenir une production locale pour garantir l’autonomie des états dans bien des secteurs. Notamment la production alimentaire, qui fait l’objet de traités internationaux avec le Canada ou l’Amérique du Sud. Des traités dont les impacts environnementaux et sanitaires interrogent…

Des bœufs canadiens hormonés ?

Le Ceta (Comprehensive Economic and Trade Agreement), accord de libre-échange établi entre le Canada et l'Union européenne en 2016, vient de refaire parler de lui. Le 19 septembre 2020, le journal Le Monde publiait l’analyse d’un audit de la Commission datant de mai 2020, rédigé par des experts en sécurité sanitaire des aliments. L’inspection des élevages canadiens destinés au marché européen portait notamment sur le contrôle des hormones de croissance, très répandues au Canada mais proscrites en Europe depuis 1988. Une inspection aux conclusions inquiétantes : les bases de données canadiennes ne permettent pas de suivre efficacement les bêtes estampillées "sans hormones" pour s’assurer qu’elles ne soient pas confondues avec les autres.

Une faille de traçabilité difficile à contrôler, puisque la présence d’hormones n’est pas testée systématiquement lors de l’entrée sur le territoire français. Les quantités de viande canadienne importées en France restent pour l’instant très faibles : environ 100 tonnes "équivalent carcasse" en 2019, soit 0,01 % de la production française. De quoi néanmoins s’interroger sur la confiance à accorder aux autorités canadiennes dans le respect de nos normes sanitaires européennes. Et donc des principes d’équivalences négociés dans le cadre de cet accord…

Un accord avec le Mercosur accroissant la déforestation

L’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur est une occasion manquée en matière environnementale et sanitaire. C’est la conclusion sévère du rapport remis le 18 septembre au Premier ministre par la commission chargée d’évaluer l’impact environnemental de l’accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud. Signé à l’été 2019, il doit encore être ratifié par chaque Etat membre et le Parlement européen avant sa mise en œuvre. Or les experts estiment que l’application de l’accord conduirait à une déforestation supplémentaire de 5 % par an pendant les six années suivant sa mise en application, soit un total de 700 000 hectares. Le coût environnemental mesuré à partir des émissions supplémentaires de CO2 induites par cette destruction serait ainsi supérieur aux bénéfices économiques. La commission fonde ses calculs sur la déforestation provoquée principalement par la création de pâturages pour la production de bœuf au Brésil, en Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Le bilan carbone de la production d’un kilo de bœuf est en effet trois fois supérieur en Amérique latine par rapport à l’Europe, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Pour certains experts, ce coût environnemental est largement sous-estimé, car le rapport ne prend pas en compte d’autres vecteurs de la déforestation comme la culture de soja, celle du maïs, ou encore l’élevage de volailles. Autant d’éléments qui montrent qu’un accord avec le Mercosur serait incompatible avec le Green Deal européen.

La crise du Covid-19 a relancé le débat sur la nécessité d’une relocalisation de notre système alimentaire, aujourd’hui largement mondialisé. Une mondialisation reposant sur de grands accords de libre-échange, qui présentent des avantages économiques discutables et, dans certains cas, des effets délétères sur l’environnement et potentiellement la santé. De quoi confronter le cadre théorique des promoteurs du libre-échange à des réalités biologiques parfois trop rapidement oubliées…

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte