Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Quand la taxation de la viande refait surface…

Publié le

Quand la taxation de la viande refait surface…
© D.R.

C’est l’un des serpents de mer de l’économie publique. Taxer les "externalités négatives" de l’agriculture pour en limiter les effets sur l’environnement ; appliquer le principe pollueur-payeur pour lutter contre les pollutions diffuses. Une idée récemment remise au goût du jour par un collectif d’associations néerlandaises, la True animal protein price coalition (TAPPC), qui a remis au Parlement européen un rapport listant les avantages économiques et environnementaux d’une taxation des produits carnés. Un vieux débat, qui pose la question des arbitrages entre maintien d’un secteur agroalimentaire important et protection de l’environnement. Face à l’urgence climatique, limiter les émissions de gaz à effet de serre d’origine animale est crucial. Reste néanmoins à tenir compte des bénéfices pour l’environnement de certains types d’élevage…

Un bifteck 25 % plus cher

Produire de la viande, c’est produire de fortes quantités de gaz à effets de serre, directement ou indirectement. Les ruminants émettent du méthane, dont le pouvoir réchauffant est 25 fois plus fort que celui du dioxyde de carbone (CO2). Ainsi que des déjections dont les différents dérivés, comme le protoxyde d’azote, peuvent présenter un pouvoir réchauffant jusqu’à 300 fois supérieur au CO2. Ainsi, un kilo de bœuf - émetteur de méthane - représente trente-six kilos d’équivalent CO2 contre six kilos pour un kilo de poulet et moins d'un kilo d’équivalent CO2 pour un kilo de protéines végétales. La comparaison est sans appel…

Ce qui explique pourquoi le secteur agricole représente environ 20 % des émissions de gaz à effet de serre françaises, dont environ la moitié due à l’élevage. Des émissions auxquelles s’ajoutent des effluents riches en nitrates altérant la qualité des eaux. Du coup, les membres du collectif TAPPC proposent une taxe de l’ordre de 25 %, qui permettrait de faire baisser de 67 % la consommation de bœuf d’ici à 2030, de 57 % pour le porc et de 30 % pour la volaille. Et qui permettrait de rapporter 32 milliards d'euros par an à l’échelle européenne, à niveau de consommation constant. Un sacré pactole qui permettrait de financer des politiques environnementales…

Des aménités à ne pas négliger

Mais il ne faut pas réduire l’élevage aux pollutions, car certains présentent des bénéfices majeurs pour l’environnement, encore appelés aménités. C’est d’ailleurs ce qu’a montré en 2016 l’INRA dans une vaste expertise scientifique collective consacrée aux services rendus par l’élevage en Europe. Une analyse des données scientifiques existantes qui pointe les externalités négatives de l’élevage intensif, tout en soulignant l’apport de certains types d’élevage à la préservation des paysages et au maintien de la biodiversité, notamment des écosystèmes prairiaux ou de montagne. En résumé, tous les systèmes d’élevage ne se valent pas lorsque l’on cherche à appréhender de manière systémique leurs effets sur l’environnement. Et certains présentent de réelles aménités.

Dans ce contexte, taxer la viande de manière indistincte constituerait-il la bonne approche ? Tout dépend de ce que l’on fait du produit de la taxe. Certes, il nous faut indiscutablement réduire notre consommation de viande pour préserver le climat. Mais il nous faut dans le même temps maintenir des systèmes d’élevage favorables à la biodiversité et à l’activité économique de territoires ruraux. Ce à quoi peut être utilisé le produit de la taxe, en finançant la transition de notre système alimentaire vers l’agroécologie. Une proposition qui pourrait être intégrée à une politique agricole commune rénovée, comme l’a récemment proposé France Stratégie.

Le développement durable est devenu un terme galvaudé, dont on oublie l’acception première : concilier étroitement amélioration de l’état de l’environnement et développement socio-économique. Une définition exigeante par son ambition, qui n’interdit cependant aucune perspective. Y compris celle d’une viande durable…

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte