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Le blog de Julien Fosse

Quand la France sera une étuve…

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Quand la France sera une étuve…
Quand la France sera une étuve
© Photo by @anniespratt Unsplash

La prévision est un exercice difficile. Elle nécessite de poser des hypothèses, de développer des modèles intégrant de multiples paramètres puis d’en valider les sorties par l’observation du réel. Un exercice essentiel à l’anticipation des effets du dérèglement climatique. Météo France a réalisé une synthèse d’une trentaine de simulations du climat futur, pour esquisser l’état possible de la France à la fin du siècle.

En fonction des scénarios de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, notre pays pourrait connaître des pics de température frôlant les 50 °C en été, et des inondations à répétition en hiver… Une France transformée en étuve, rendant impossible le maintien de pans entiers de notre société et de notre économie. Une démonstration de plus de la nécessité de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre. Et vite.

Des hausses de températures en montagne et dans le Sud du pays

Météo France a dessiné les évolutions possibles du climat en France métropolitaine en fonction de trois scénarios d’émissions de gaz à effet de serre : le premier prévoit l’atteinte de la neutralité carbone vers 2070, le deuxième modélise des émissions qui continuent de croître avant de diminuer à partir du milieu du siècle, le troisième table sur une croissance continue des émissions jusqu’à 2100.

Dans les trois cas, les trente prochaines années verraient le réchauffement se poursuivre du fait de l’inertie du climat. En revanche, à partir de 2040, tout serait possible. Le meilleur comme le pire. Ainsi, en cas d’émissions non contrôlées, la température augmenterait de 3,9 °C par rapport à la période de référence 1976-2005.

Mais cette hausse se limiterait à + 2,1 °C en moyenne dans un scénario d’émissions modérées et à + 1 °C seulement dans le scénario " optimiste ". Dans les trois projections, le réchauffement serait beaucoup plus marqué dans les zones de montagne ainsi qu’en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Occitanie, avec un réchauffement relatif supérieur de 1°C à celui observé en Bretagne ou dans les Hauts-de-France. Un réchauffement qui ne serait pas uniquement synonyme de sécheresse, mais plus généralement d’une multiplication d’aléas climatiques extrêmes.

Vagues de chaleur, nuits tropicales et pluies de mousson

Dans les différents scénarios, les jours de vagues de chaleur seraient en hausse, multipliés par deux dans le scénario le plus optimiste, par trois à quatre dans le scénario intermédiaire et par cinq à dix dans le scénario pessimiste. Dans ce dernier cas, cela reviendrait à 35 jours de canicule par an à la fin du siècle, contre 3 à 4 jours sur la période de référence 1976-2005. Les canicules pourraient même durer plus de deux mois l’été autour de la Méditerranée, dans la vallée du Rhône et la vallée de la Garonne. Des étés caractérisés alors par des pics à 50 °C, ce qui nous rapprocherait des conditions de l’Afrique du Nord. Sur la côte méditerranéenne, la combinaison températures élevées - humidité rendrait la situation très difficile à vivre pour les populations les plus vulnérables et les plus précaires.

De même, les nuits "tropicales" pour lesquelles la température excèderait 20 °C deviendraient banales, avec plus de 20 nuits de ce type par an pour le scénario à faibles émissions, de 30 à 50 dans le scénario fortement émetteur et jusqu’à 90 sur les zones du pourtour méditerranéen. Dans ce scénario, les zones de montagne et le littoral de la Manche seraient épargnés.

En ce qui concerne les précipitations, les projections simulent des cumuls de pluie en hausse de + 2 % à + 6 % en moyenne en fonction des scénarios, avec une hausse de la pluviométrie l’hiver de + 9 % à + 20 % et une forte baisse l’été pouvant atteindre jusqu’à ? 22 % dans le scénario le plus pessimiste. Davantage de pluies, mais aussi des pluies plus fortes, dignes d’une mousson, dans le Nord, le Nord-Est et le littoral de la Manche. Dans le même temps, dans le scénario pessimiste, les périodes sans pluie l’été augmenteraient de 50 % ce qui aggraverait les risques d’incendies dans le Sud-Est du pays.

Des nouvelles données qui montrent l’urgence pour la France de tenir ses engagements climatiques et qui interrogent clairement la possibilité du maintien d’activités agricoles ou industrielles gourmandes en eau, telles que nous les connaissons aujourd’hui. L’espoir de technologies salvatrices réglant tous les problèmes apparaît bien mince tant le défi climatique semble insurmontable. Un appel de plus pour considérer l’urgence climatique à sa juste place : la première.

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