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Le blog de Julien Fosse

Prévenir, plutôt que guérir

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Prévenir, plutôt que guérir
© Yong Chuan - Unsplash

Mieux vaut prévenir que guérir. Un adage populaire, qui semble bien difficile à appliquer à certains risques sanitaires. Notamment aux maladies émergentes liées, directement ou indirectement, à la destruction des écosystèmes et à l’effondrement de la biodiversité. Un sujet mis en lumière par l’Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES), dans un rapport rendu public le 29 octobre dernier. Placée auprès de l’ONU, cette plateforme est à la biodiversité ce que le Giec est au climat. Et elle a dressé un bilan des connaissances scientifiques existantes particulièrement clair : les maladies infectieuses d’origine animale sont appelées à se multiplier et à se diffuser largement sur notre planète. Des pandémies qui coûteront très cher et qu’il vaudrait donc mieux prévenir, plutôt que de tenter de les juguler, a posteriori. Ce qui ne sera pas toujours possible...

Des risques croissants, liés à l’exploitation des forêts par l’homme

Réunissant vingt-deux experts scientifiques internationaux, le groupe de travail de l’IPBES a analysé environ 700 études scientifiques portant sur les liens entre perte de biodiversité et émergence de pandémies. En conclusion : 70 % des maladies émergentes sont des zoonoses, c’est-à-dire des maladies transmises de l’animal à l’homme. Et c’est l’activité de l’homme qui explique la transmission accrue de ces agents pathogènes à travers la planète.

Il existe en effet un consensus scientifique concernant le lien entre déforestation et multiplication des zoonoses en zone tropicale. Plusieurs facteurs l’expliquent : les effets de la déforestation sur les équilibres entre espèces, qui fragilisent les prédateurs d’animaux porteurs de ces agents pathogènes ; l’augmentation de la présence des humains dans les forêts ; l’augmentation des interactions humains - animaux sauvages - animaux domestiques aux interfaces entre villes et forêts. La destruction des forêts pour la production agricole accroît ainsi la probabilité de contacts entre les humains et des réservoirs animaux. Plus généralement, l’intensification des systèmes d’élevage serait à l’origine de risques accrus d’émergences de zoonoses : l’analyse rétrospective des données épidémiologiques disponibles montre que, depuis 1940, des facteurs de risques liés à l’agriculture sont associés à plus de 25 % de l’ensemble des maladies infectieuses apparues chez les humains, et à plus de 50 % des zoonoses.

Mieux surveiller pour anticiper et limiter les impacts sur l’économie

Ces zoonoses émergent à un rythme de plus en plus soutenu, conduisant les experts à anticiper un risque de pandémie tous les dix ans. Ce qui aurait des effets désastreux sur l’économie.

Dans ce contexte, contenir la maladie une fois qu’elle est apparue, grâce aux vaccins ou à la médecine, apparaît illusoire. La prévention est indispensable, ce qui implique de surveiller en continu les signaux faibles d’émergence de maladies animales, et de renforcer les liens entre médecine humaine, médecine vétérinaire et étude des écosystèmes. Le propre des approches "One Health".

Concrètement, les experts de l’IPBES proposent de créer un conseil intergouvernemental chargé de la prévention des pandémies, qui élaborerait des accords internationaux contraignants visant la protection des écosystèmes, contrôlerait le développement d’élevages intensifs, lutterait contre le trafic des animaux sauvages, évaluerait l’impact économique des pandémies potentielles. Car la prévention rapporte bien plus qu’elle ne coûte. Selon l’IPBES, les pandémies coûtent plus de mille milliards de dollars par an alors que les stratégies de prévention coûteraient moins de 58 milliards de dollars. En comparaison, les dépenses liées au Covid-19 pourraient s’élever à 16 000 milliards de dollars rien qu’aux Etats-Unis d’ici à 2021…

La science montre que limiter les risques de pandémie implique de lutter contre l’effondrement de la biodiversité, en réduisant la consommation de produits issus de l’élevage intensif ou provenant des régions où circulent des maladies émergentes. Et donc de surveiller, à l’échelle planétaire, les signaux faibles de ces émergences. Reste à savoir si la crise du Covid-19 suffira à faire bouger les mentalités et à rapprocher santé de l’homme et santé des écosystèmes…

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