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Le blog de Julien Fosse

Préservation de la biodiversité : la lente mobilisation des entreprises

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Préservation de la biodiversité : la lente mobilisation des entreprises
La protection de la biodiversité
© Wikimedia Commons

L’humanité est confrontée à deux grands défis globaux, étroitement liés : le changement climatique et l’érosion de la biodiversité. Deux défis avérés, faisant l’objet de niveaux de preuves scientifiques élevés, qui ont subi – et subissent encore – les attaques répétées de marchands de doute tentant d’en nier la gravité, voire l’existence même. Des deux défis, l’effondrement du vivant reste sans doute l’un des moins bien appréhendés par les acteurs économiques, comme le souligne une analyse récente du consortium de valorisation thématique de l’Alliance nationale de recherche pour l’environnement (CVT AllEnvi). Une analyse qui pointe la faible prise en compte de ce sujet par les entreprises, même s’il fait de plus en plus souvent l’objet de procédures de labellisation. Une dynamique à accélérer pour atteindre un niveau d’ambition permettant d’échapper à un effondrement définitif de la biodiversité, dont nos sociétés ne sauraient se relever…

Un changement de paradigme qui percole doucement

L’étude du CVT Allenvi met en évidence une évolution dans l’approche du sujet depuis 2016, date à laquelle une première analyse avait été conduite, tant dans les politiques publiques mises en œuvre que dans les actions conduites par les entreprises. A la vision traditionnelle de protection de la nature s’est progressivement substituée une approche plus structurée de préservation de la biodiversité. Il ne s’agit plus simplement de protéger des espaces naturels ou des paysages mais bien de s’intéresser aux interactions entre les espèces animales ou végétales, y compris les « invisibles » comme les microorganismes du sol. Un changement de paradigme, qui conduit à aborder les enjeux de biodiversité de manière systémique et à les diffuser bien au-delà du strict cadre des actions ou politiques environnementales. Comme le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité devrait être intégré à toute prise de décision des entreprises ou de l’Etat. La connaissance produite par la recherche va en ce sens. Elle continue de croître de manière exponentielle, avec une nette progression de la part des sciences humaines et sociales qui s’intéressent désormais à la nécessaire amélioration des logiques de gouvernance.

Des interventions privées encore limitées

En ce qui concerne le financement des actions de préservation de la biodiversité, 77% provient du secteur public et en majorité des agences de l’eau, dont l’effort de financement a été multiplié par 14 depuis 2000. Elles fournissent 35% des financements locaux. L’action des entreprises porte le plus souvent sur l’atténuation ou la compensation de leurs activités sur la biodiversité. Dès 2016, plus de la moitié des entreprises du secteur de l’énergie et de l’environnement avait engagé ce type d’actions, contre seulement 10% pour les industries agroalimentaires, le commerce de gros ou les industries extractives et manufacturières. Ce qui va dans le sens d’un rapport récent de la plate-forme RSE  qui dresse le constat d’une absence de prise en compte de la biodiversité dans la stratégie des grands secteurs ciblés par le « plan biodiversité » lancé en 2018 par le gouvernement : agroalimentaire, énergie, bâtiment et matériaux, chimie. L’analyse des labels existants, qui pourraient être des leviers importants de transition, montrent que la biodiversité y est pour l’instant traitée de manière plutôt superficielle et incomplète. Les auteurs observent cependant le développement de nouvelles approches prometteuses : des labels territoriaux ou sectoriels, plus ambitieux et plus proches des réalités du terrain.

Les initiatives fédératrices et collectives émergent donc, témoignant d’une considération croissante du sujet par les acteurs économiques et publics. Ce qui nécessite de disposer de plus de données scientifiques pour l’expertise et le développement d’outils innovants. Des connaissances indispensables, dont la production devra s’accélérer. Tout cela a un prix : le prix du vivant.

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