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Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Pesticides : la guerre des mots

Publié le

Pesticides : la guerre des mots

Pesticide. Le mot-clef à employer si vous voulez réveiller les trolls sur les réseaux sociaux. De courageux anonymes qui assènent en 280 caractères des vérités absolues sur des sujets complexes, scientifiquement et juridiquement, sans avoir à justifier de compétences particulières ou à étayer leurs propos sur la base d’expertises scientifiques interdisciplinaires. Des polémistes repris par des médias privilégiant le buzz au journalisme. La définition de distances minimales d’épandages des pesticides aux abords des habitations est l’occasion d’une nouvelle guerre médiatique qui occupe désormais le terrain de la sémantique. Car dans une bataille d’influence, les mots ont leur importance…

"Ne dites pas pesticides, c’est trop connoté"

Le simple fait d’utiliser le terme pesticide plutôt que produit phytosanitaire ou phytopharmaceutique est aujourd’hui remis en cause. Pour certains, il ne faudrait pas parler de pesticides, ce mot étant par trop connoté négativement. Les mots ont un sens : c’est celui qui est partagé au sein d’une société, mais c’est également celui qu’on lui prête, à tort ou raison. Ils ont également une origine, une histoire, une étymologie sur lesquelles il faut parfois revenir. Ressortir son Petit Robert ou son Larousse est alors très utile… Pesticides vient de "pest", qui signifie en anglais parasite, ravageur, nuisible, auquel s’adjoint le suffixe -cide, provenant du latin "caedere" (frapper, abattre, tuer). Le pesticide est donc le produit qui tue les ravageurs des plantes, qu’il s’agisse d’un champignon (fongicide), d’une bactérie (bactéricide), d’un insecte (insecticide) ou d’un végétal (herbicide). Un terme générique qui n’a absolument rien de péjoratif en soi. La notion de produit phytopharmaceutique se veut plus respectable, en rappelant que les pesticides sont des médicaments des plantes. Un parallèle largement repris par certains acteurs pour tuer dans l’œuf toute forme de débat : interdire les pesticides serait aussi stupide qu’interdire les médicaments. Pourtant, comparaison ne vaut pas totalement raison dans ce cas d’espèce…

Le "pharmakon", remède ou poison

Car les modalités de prescription et de délivrance des pesticides sont différentes de celles des médicaments. Les agriculteurs utilisent aujourd’hui le plus souvent préventivement les pesticides, afin de réduire le risque d’apparition de maladies, provoquant des baisses de rendements préjudiciables à l’équilibre budgétaire - souvent précaire - de leur entreprise. Cette utilisation s’appuie sur des données épidémiologiques communiquées par les services du ministère de l’Agriculture. Des conseillers, vendeurs de pesticides, sont également présents sur le terrain pour l’aide au diagnostic. Un modèle qui ne sépare donc pas strictement le conseil de la vente, le "soignant" ayant un intérêt à commercialiser le plus de produit possible. Un état de fait aujourd’hui questionné, la loi "EGAlim", traduisant les conclusions des états généraux de l’alimentation, ayant prévu une séparation stricte de la vente et du conseil à compter de 2021.

L’usage des médicaments est sensiblement différent : a posteriori d’un diagnostic établi par un clinicien, le traitement médicamenteux prescrit est délivré par un pharmacien pouvant adapter la posologie en accord avec le médecin. Un usage essentiellement curatif, deux professionnels de santé formés aux risques et bénéfices de l’usage des médicaments, une séparation effective entre prescription et délivrance, bref un système distinct de celui de l’usage des pesticides. Dresser un parallèle entre médicaments et pesticides pour taire tout débat quant aux conditions d’usage de ces derniers apparaît de fait réducteur…

Quoi qu’il en soit, les pesticides s’apparentent bien à des "pharmakon" - au sens philosophique du terme - auquel le terme pharmaceutique est apparenté. Utilisé par Platon, analysé par Jacques Derrida, le terme couvre tout à la fois le remède et le poison, ce qui aide ou ce qui peut nuire. Une polysémie qui conserve toute sa pertinence et une nuance indispensable au traitement médiatique de ce sujet compliqué, auquel la philosophie pourrait utilement contribuer. D’ailleurs, étymologiquement, la philosophie n’est-elle pas l’amour de la sagesse ?

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