Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Mettre l’économie au service du vivant

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Mettre l’économie au service du vivant
© Wikimedia Commons

Une fois de plus, le rapport bisannuel du WWF sur l’état de la biodiversité, rendu public le 10 septembre dernier, pointe l’effondrement catastrophique des populations d’animaux sauvages à travers le monde. Des chercheurs londoniens ont ainsi examiné l’évolution des populations de 21 000 espèces de vertébrés - mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles et poissons - entre 1970 et 2016 et leur analyse est sans appel : en moins de 50 ans, ces effectifs d’animaux sauvages ont globalement chuté de 68 %. Une destruction rapide et massive de la variété et de l’abondance des espèces, ainsi que de l’étendue de leurs écosystèmes. Un effondrement causé par l’activité de l’homme, notamment causé par le changement d’utilisation des terres, la surexploitation des océans et le dérèglement du climat. Autant de défis appelant une remise à plat de notre système économique…

Des réglementations insuffisantes

Dans une note publiée le 10 septembre, le Conseil d’analyse économique (CAE), organe de conseil rattaché à Matignon, pointe les lacunes des politiques de conservation de la nature, dont les résultats sont qualifiés de "décevants" par les trois auteurs de l’étude. Pour expliquer cette incapacité à juguler le déclin de la biodiversité, les économistes pointent une gouvernance des dispositifs publics fragmentée, une fiscalité peu incitative à la protection de l’environnement et des budgets insuffisants. Ils insistent également sur l’absence de vision systémique : les politiques sont encore trop centrés sur la protection d’une espèce en particulier, plutôt que sur celle des écosystèmes dans leur globalité.

Autant d’arguments en défaveur d’approches réglementaires et d’interdictions non compatibles avec les intérêts des acteurs économiques, et donc contournées via des dérogations, partielles ou totales. L’exemple de la chasse à la tourterelle des bois, interdite par la réglementation européenne mais dont l’autorisation au niveau national a été récemment invalidée par le Conseil d’Etat, en constitue une bonne illustration. Ce qui plaide, en creux, pour l’utilisation de leviers économiques, comme le souligne le CAE : "en misant essentiellement sur les démarches volontaires et la sensibilisation, on a ignoré que les agents économiques sont d’abord guidés par leur intérêt privé, et qu’il importe donc d’aligner celui-ci avec l’intérêt collectif".

Du "signal-prix" au plan de relance, des leviers à mobiliser

Pour préserver la biodiversité, l’enjeu principal serait donc de mobiliser des dépenses privées. Pour inciter ces acteurs à mieux prendre en compte la valeur de la biodiversité, le "signal-prix" doit refléter la rareté des ressources biologiques fournies par la nature. Concrètement, le CAE recommande d’intégrer dans la comptabilité des entreprises les actifs liés à la biodiversité et de supprimer les subventions dommageables aux écosystèmes. Il propose de réduire les incitations à l’artificialisation des sols en révisant les dispositifs fiscaux existants et de généraliser à tous les projets d’aménagement l’obligation de compensation des atteintes prévisibles à la biodiversité.

Par ailleurs, il recommande de juguler les impacts de l’agriculture intensive, alors que ce secteur bénéficie d’environ 15 milliards d’euros d’aides publiques chaque année. Le CAE plaide ainsi pour une réorientation des aides de la politique agricole commune afin qu’elles rémunèrent la fourniture de services environnementaux, et pas uniquement la production alimentaire. Concernant les échanges internationaux, le CAE appelle à renforcer les inspections sanitaires aux frontières afin de limiter l’importation d’espèces invasives et à rendre plus opérationnelles les clauses environnementales liées à la biodiversité dans les accords commerciaux.

Autant de pistes permettant d’imaginer une mobilisation plus large des acteurs économiques en faveur de la préservation de la biodiversité. Un défi essentiel pour la survie de l’humanité, qui se perçoit souvent comme étrangère au reste du vivant. A tort…

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