Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Les limites de la "quatrième révolution industrielle"

Publié le

Les limites de la quatrième révolution industrielle
© Pixabay

La "vague verte" des dernières élections municipales semble avoir bouleversé le paysage politique français, mais également les esprits de certains commentateurs. Beaucoup d’entre eux s’interrogent en effet sur la vision qu’ont les écologistes de la production de richesse. Le chiffon rouge - ou plutôt vert - de la décroissance est rapidement agité... Hasard du calendrier, une équipe d’économistes de l’environnement vient de publier dans Nature une communication soulignant que croissance et préservation de l’environnement ne font pas bon ménage. Et à quel point la "quatrième révolution industrielle" à l’œuvre, fondée sur le numérique, ne réduira que partiellement les effets négatifs des activités humaines sur l’environnement, tout en posant des questions d’ordre éthique. Un nouvel horizon serait donc à inventer, combinant sobriété et meilleure association des citoyens à l’élaboration des décisions collectives. Un double défi, écologique et démocratique.

Une production de richesses qui accroît les pollutions

Les auteurs de l’étude démontrent ainsi que depuis plus d'un demi-siècle, la croissance mondiale a accru les émissions polluantes beaucoup plus rapidement que le progrès technique n’a permis de les réduire. Des pollutions essentiellement émises par les ménages les plus riches, leur consommation constituant de loin le principal facteur de dégradation de l’environnement. Par ailleurs, les échanges commerciaux permettent aux pays riches d'"exporter" leurs émissions de gaz à effet de serre sur les pays moins développés. En conséquence, toute transition vers la durabilité ne peut être efficace que si des changements profonds des modes de vie dans les pays riches accompagnent les avancées techniques. Or nos sociétés, nos économies et nos cultures incitent à la consommation. L'impératif structurel de croissance dans des économies de marché compétitives freine les changements sociétaux nécessaires à la transition écologique. Il apparaît donc indispensable d'identifier les déterminants de la surconsommation pour inverser la tendance et développer une sobriété acceptable par tous. Car la seule innovation technologique ne permettra pas de découpler la croissance de ses impacts environnementaux et sociaux.

Le tout numérique, un mirage technologique ?

En effet, la quatrième révolution industrielle, combinant innovations numériques, intelligence artificielle, objets connectés, impression 3D, biotechnologie et nanotechnologie est aujourd’hui présentée comme le meilleur catalyseur d’un découplage absolu entre croissance et consommation de ressources, grâce à des gains d'efficacité exponentiels. Pourtant, alors que le numérique transforme déjà notre société, cette révolution n’a conduit jusqu'à présent qu’à une plus forte consommation de matières premières et d’énergies. Les inégalités sociales et environnementales sont restées couplées à l'utilisation indirecte de l'énergie et des matériaux, contribuant au maintien de modèles de croissance à forte intensité de ressources et de gaz à effet de serre. Par ailleurs, alors que le numérique augmente la productivité du travail, il ne semble pas permettre encore d’optimiser l’utilisation des ressources, qui dépend en partie de questions de gouvernance et de réglementation. Enfin, pour les auteurs de l’étude, même si la quatrième révolution industrielle permettait d’atteindre un découplage absolu, elle poserait de nombreuses questions éthiques, quant aux risques potentiels pour notre vie privée, notre sécurité et la démocratie.

Pour élaborer une vision partagée de notre avenir, les auteurs appellent à une mobilisation des communautés scientifiques autour d’objets de recherche multidisciplinaires, pour mieux appréhender les leviers sociaux d’une transition écologique rapide. Mais également pour définir de nouvelles gouvernances permettant aux citoyens de s'engager dans des dispositifs de co-construction, facilitant leur mise en œuvre par les décideurs politiques. En somme, une nouvelle démocratie, corollaire d’une transition ambitieuse. De quoi renforcer le crédit de la participation citoyenne.

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