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Le blog de Julien Fosse

Les forêts, antidotes à la pauvreté

Publié le

Les forêts, antidotes à la pauvreté
La forêt amazonienne
© Ana Cotta

Le 22 janvier, le chef amérindien kayapo Raoni Metuktire a déposé une plainte contre Jair Bolsonaro devant la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité. Une action en justice qui arrive après deux années de mandat du président brésilien au cours desquelles la déforestation amazonienne a augmenté de 34%. Alors que les forêts apportent des ressources indispensables à une grande partie de la population mondiale, l’équivalent d’un terrain de football de forêt est perdu toutes les six secondes. Dans les pays développés, nous pensons à cette catastrophe en termes de destruction de la biodiversité ou d’émissions de gaz à effet de serre. Oubliant que dans de nombreuses régions du monde, cette destruction constitue avant tout un enjeu économique et social. Perdre des forêts, c’est perdre une ressource vitale, et les préserver revient à lutter contre la pauvreté. La conjonction parfaite de l’écologique et du social.

Des écosystèmes indispensables à la survie des plus pauvres

La crise du Covid-19 devrait voir exploser l’extrême pauvreté à l’échelle mondiale. En 2021, 150 millions de personnes pourraient basculer sous le seuil de pauvreté fixé par la Banque mondiale à 1,90 dollar par jour. Une pauvreté endémique face à laquelle les forêts pourraient être d’utiles boucliers d’après un rapport publié cet automne par l’Union internationale des instituts de recherche forestière (IUFRO). Car les forêts sont indispensables à la survie de beaucoup de personnes dans le monde. Ainsi, plus de 1,6 milliard d’êtres humains vivent à moins de cinq kilomètres d’une forêt, dont 250 millions en situation d’extrême pauvreté. Ils y puisent leur alimentation et le bois indispensable à la construction de leur habitat et à la production d’énergie. L’exploitation des forêts et l’augmentation des aléas climatiques extrêmes fragilisent ces écosystèmes. Lorsque les forêts sont détruites, les animaux perdent leurs habitats, se rapprochent des hommes et risquent davantage de transmettre des maladies. Détruire les forêts tropicales revient donc à accélérer la propagation des maladies infectieuses, aggravant en ce sens la situation des populations qui y vivent. Une surexploitation qui profite le plus souvent exclusivement aux pays riches…

Redonner aux populations locales la gestion des ressources forestières

Car selon l’IUFRO, les populations locales ne profitent que rarement des bénéfices de l’exploitation des forêts. Sur le long terme, le secteur forestier a davantage contribué à la prospérité économique des pays européens, qui ont historiquement dominé l’exploitation et la conversion des terres forestières. Ainsi, le bassin du Congo a enrichi pendant des décennies les puissances coloniales belge, française et allemande et plus récemment, c’est la Chine qui s’est mise à exploiter le bois de cette région. Pour les experts de l’IUFRO, il est indispensable que les ressources forestières bénéficient aux populations locales. Ce qui implique de gérer différemment les forêts, via l’agroforesterie, l’écotourisme ou les organisations de producteurs forestiers. Bref, de confier la gestion de ces écosystèmes aux communautés locales, afin que les retombées économiques bénéficient majoritairement aux plus pauvres. Dans certains pays, des petites entreprises de communautés forestières se mettent en place. C’est le cas du Bénin, ou la noix de karité cultivée en agroforesterie permet de faire vivre des femmes qui étaient en situation d’extrême pauvreté.

Vues d’Europe, les forêts tropicales apparaissent comme des réserves de biodiversité et des puits de carbone. Une vision de pays riche, quand ces forêts déterminent la survie de centaines de millions de personnes. Les protéger ne se résume pas à des actions locales. Cela implique également de modifier nos modes de consommation, car nous exerçons indirectement des pressions sur ces écosystèmes. Ainsi, la déforestation amazonienne sert la production de soja destiné à l’alimentation de nos animaux d’élevage, quand la destruction des forêts d’Afrique sert l’exportation de bois précieux. A nous tous de jeter un regard sur cette réalité : nous avons aussi notre part de responsabilité.

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