Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

La lente décarbonation du secteur aérien

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La lente décarbonation du secteur aérien
Le Citepa (Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique) a évalué à 140 millions de tonnes les émissions de CO2 émises par les transports en France. L'aérien arrivant en deuxième place.
© Airbus

7 milliards d'euros qui ont fait du bruit. 7 milliards d’euros de prêts bancaires et de l’Etat annoncés fin avril 2020 pour sauver Air France, le fleuron historique de l’aviation française, dont 95 % du trafic avait été stoppé par la crise du Covid-19. 7 milliards d'euros à rembourser dans les six ans, alors que les perspectives de retour à la normale du trafic aérien mondial dans les prochains mois semblent bien faibles. Et que l’avion constitue l’un des moyens de transports les plus émetteurs de gaz à effet de serre par tête... De nombreuses voix se sont logiquement élevées pour réclamer le conditionnement de ces prêts à la transition écologique rapide du secteur. Car des pistes existent pour réduire son empreinte carbone... mais impliquent de profonds bouleversements.

Des voyages au lourd bilan carbone

La contribution du transport aérien au dérèglement climatique est importante, puisque environ 5 % du forçage radiatif total, qui mesure les conséquences des activités passées et présentes sur la température globale de la planète, lui est imputable selon le Giec. Soit trois fois plus que le seul impact du CO2 produit par les avions au niveau mondial. Par ailleurs, rapportée au passager et au temps de déplacement, la consommation de pétrole engendrée par le transport aérien est très supérieure à n’importe quel autre moyen de transport. Au niveau national, le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) a évalué à 140 millions de tonnes les émissions de CO2 émises par les transports en France. L'aérien n’arrive qu’en seconde position, loin derrière le transport routier. Néanmoins, ramenées au kilomètre parcouru par passager, les émissions d’équivalent carbone du transport aérien sont les plus importantes. Ainsi, sur un trajet de 500 km, les émissions de CO2 par passager peuvent atteindre 241 kg en avion selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), contre 170 kg en voiture. Le train, pour sa part, reste le mode de transport le moins polluant, un TGV émettant en moyenne 3,2 kg de carbone par passager sur cette distance.

Vers une aviation sobre

Pour limiter l’impact carbone global de l’aviation, le think-tank "The Shift Project" a identifié un ensemble de leviers techniques et organisationnels. Cela passe tout d’abord par la mise en œuvre des rares mesures techniques existantes permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’aviation : remplacement des turboréacteurs de petite capacité par des appareils à hélices, moins gourmands en carburant ; limitation du "fuel-tankering", une pratique qui permet aux avions d’emporter un excès de carburant depuis l’aéroport où le carburant est le moins cher, ce qui accroît le poids de l’appareil et donc les émissions de carbone. L’optimisation des coûts globaux d’exploitation pour définir la trajectoire de vol la moins émettrice constitue également une piste essentielle. Étant donné la difficulté à dégager des voies de progrès technique supplémentaires, la réduction progressive du trafic aérien est le principal levier de réduction des émissions de CO2. Il s’agit donc d’appliquer le principe de sobriété à l’aviation. Cela implique de supprimer les liaisons aériennes domestiques là où l’alternative ferroviaire est satisfaisante, de supprimer les vols d’affaires lorsque des lignes commerciales existent, de densifier les cabines pour limiter les émissions de gaz à effet de serre par voyageur ou encore d’optimiser les taux de remplissage.

Mais toutes ces mesures techniques et logistiques ne devront pas occulter la nécessité d’une stratégie de long terme visant à faire réduire la voilure au secteur aérien, tout en développant massivement les transports décarbonés, notamment le ferroviaire. Une mutation profonde et un objectif de plus pour un futur plan de relance centré sur la transition écologique.

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