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Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

La bataille du cacao aura-t-elle lieu ?

Publié le

La bataille du cacao aura-t-elle lieu ?
© Gaëlle Fleitour

Vent de panique pour les accros du chocolat ! La Côte d’Ivoire et le Ghana ont annoncé le 12 juin qu’ils ne vendraient plus leurs fèves de cacao en deçà de 2 600 dollars la tonne. Pour ces deux pays, il s’agit de faire pression sur les cours mondiaux pour assurer aux producteurs locaux une juste rémunération de leurs efforts. Une initiative politique qui s’apparente à l’action de l’Opep pour le pétrole. Et qui n’est pas sans rappeler des tentatives passées d’instauration de prix plancher en agriculture. Pour autant, le chocolat au lait matinal devrait rester abordable…

Quand les producteurs reprennent la main

La filière mondiale du chocolat représente un marché annuel de 100 milliards de dollars, dont seulement 6 reviennent aux producteurs africains. La majorité d’entre eux sont de petits exploitants, propriétaires de petites surfaces et bénéficiant donc de faibles revenus. Et le revenu moyen d’un producteur de cacao ivoirien serait inférieur au seuil de pauvreté. Les acheteurs paient ainsi le kilogramme de fèves de cacao moins de 800 francs CFA au Ghana ou en Côte d’Ivoire, alors que le versement de 1000 francs CFA par kilo serait nécessaire pour assurer aux producteurs un niveau de vie décent.

Une situation qui a conduit les vingt-deux pays membres de l’Organisation internationale du cacao - dont le Ghana et la Côte d’Ivoire qui représentent à eux seuls les deux tiers de la production mondiale - à acter l’arrêt de la commercialisation de leurs fèves jusqu’à ce qu’un prix plancher de 2600 dollars la tonne soit institué. Un prix légèrement supérieur au cours mondial, qui était de 2500 dollars lundi 17 juin. De quoi douter de l’efficacité de la mesure en termes d’amélioration de la qualité de vie des producteurs. D’autant que les pays producteurs de cacao ont déjà essayé à plusieurs reprises de définir des prix planchers. En 2016, le Ghana a ainsi maintenu le prix d’achat à ses producteurs alors que les cours mondiaux s’effondraient.

Le prix plancher : une vieille recette… y compris en Europe

L’équilibre entre l’offre et la demande autour de prix de marchés est inscrit dans le marbre de la doxa économique depuis le XIXe siècle. Proposer un prix plancher supérieur au prix du marché mondial revient donc à interroger ce principe fondateur de l’économie de marché. Une entorse pourtant observée historiquement en Europe.

En effet, la première politique agricole commune (PAC) reposait sur un ensemble d’instruments stabilisant les prix de produits agricoles, via un prix minimal de rachat au producteur, appelé "prix d’intervention". Des droits de douane variables garantissaient une préférence communautaire, la différence entre le prix d’orientation européen et le prix mondial étant financé par les consommateurs européens. Quand les cours mondiaux chutaient en dessous du prix d’intervention, les instances communautaires achetaient la production agricole à ce prix garanti. Elles se chargeaient ensuite de la revendre quand les prix augmentaient, de la stocker ou de la transformer, voire de la détruire.

Ce recours à des prix planchers, doublés d’interventions de la puissance publique, était alors considéré comme le moyen le plus efficace pour garantir une juste rémunération des agriculteurs et corriger les défaillances des marchés. Certes, beaucoup d’économistes ont pointé les effets pervers de ces mesures, notamment lorsqu’une surproduction était observée et que le prix plancher effaçait le signal-prix, c’est-à-dire qu’il n’incitait pas les agriculteurs à réduire leur production pour s’adapter à la demande. Cependant, dans le cas du cacao, l’heure n’est pas tant à la surproduction qu’à une répartition très inégalitaire de la valeur ajoutée, au détriment des producteurs africains. Mettre en œuvre un prix plancher devient alors nécessaire, au moins temporairement, en attendant de réorganiser au mieux les filières. Et permet ainsi de remettre l’humain au cœur de l’économie.

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