Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

L’avion "vert", entre espoir et utopie

Publié le

L’avion vert, entre espoir et utopie
D'après le cabinet BL Evolution, l'usage des transports aériens représente 7,3 % de l’empreinte carbone de la France.
© Airbus

Le 3 octobre 2020, plusieurs collectifs citoyens ont envahi les aéroports pour appeler à une réduction drastique de l’usage de l’avion. Un usage représentant 7,3 % de l’empreinte carbone de la France d’après le cabinet BL Evolution. Respecter les objectifs de l’accord de Paris nécessiterait donc de réduire de moitié le nombre de passagers annuels d’ici 20 ans. Une transition rapide du secteur qui impliquerait d’accompagner les travailleurs contraints à changer d’emploi. Face à cette perspective, l’ambition d’un avion à l’hydrogène est portée par la puissance publique et l’industrie aéronautique. Une ambition qui n’est pas sans poser de questions environnementales et techniques. Alors, l’avion "vert", véritable perspective d’avenir ou douce utopie ?

L’hydrogène au secours de l’aviation

Le gouvernement a annoncé le développement pour 2035 d'un avion "neutre en carbone" fonctionnant à l'hydrogène. Un développement qui bénéficiera d’ici à 2022 de 1,5 milliard d'euros de financements publics dans le cadre du plan de relance. L'hydrogène pourrait ainsi être utilisé comme carburant, dans des moteurs modifiés ou via une pile à combustible produisant de l’électricité par réaction avec l'oxygène de l'air. Dans les deux cas se pose néanmoins la question du stockage, l'hydrogène étant plus volumineux que le kérosène à puissance égale. Il faudrait donc revoir les formes aérodynamiques de ce futur avion. Se pose également la question de l’origine même de cet hydrogène. Car qui dit "avion vert" dit "hydrogène vert", issu de sources décarbonées d'électricité pour ne pas faire porter sur l’amont de la chaîne de production le poids des émissions de CO2. Plus globalement, c’est la conception même de la gestion du trafic aérien qu’il faudrait revisiter, en imaginant un système plus connecté et collaboratif, certains experts évoquant des gains de carburant de l’ordre de 10 %. Une réduction des émissions de CO2 immédiate, sans attendre un hypothétique avion à hydrogène pour entrer en vigueur. Qui s’ajouterait à la réduction globale du trafic…

Reconvertir les travailleurs, pour anticiper l’inéluctable

Car en raison des restrictions mondiales au transport liées au Covid-19, le trafic aérien a énormément baissé, affectant toutes les entreprises du secteur, et par conséquent les emplois.

D’après l’Association internationale du transport aérien (Iata), les pertes de l’industrie mondiale devraient dépasser 72 milliards d’euros en 2020. Or en France le secteur aéronautique représente 300 000 emplois directs et indirects, frappés par des plans de restructuration et des licenciements. En juin 2020, Airbus a annoncé un plan de départs volontaires pour 4 248 employés tandis qu’Air France prévoit la suppression de plus de 7 500 postes d’ici à la fin 2022. Et les PME seront également touchées par ces vagues de restructuration. D’où la nécessité d’accompagner la reconversion des employés d‘un secteur amené à profondément se transformer. Une idée portée par la convention citoyenne pour le climat et par certains think-tanks comme The Shift Project, qui a publié en mai 2020 des propositions de contreparties à l’aide publique allouée au sauvetage du secteur aérien. Les salariés d’Air France pourraient ainsi se rediriger vers le secteur ferroviaire, car l’organisation du voyage, l’assistance aux voyageurs, la gestion de la sécurité sont communes à l’ensemble des modes transport. La réflexion est similaire pour la conception et la fabrication d’avions, dont les métiers pourraient être utiles à d’autres secteurs. Une reconversion qui ne pourrait s’envisager que sur un temps long et nécessiterait une vaste stratégie de formation.

Dans le contexte post-Covid et face au défi climatique, le secteur aéronautique se trouve confronté à un choix cornélien. Deux options s’offrent à lui : le verdissement, qui repose sur un grand nombre de paris technologiques, ou la sobriété, qui implique d’accompagner le changement d’emploi des travailleurs. Un dilemme commun à beaucoup de secteurs industriels. Croissance verte ou post-croissance sobre, un vrai choix de société.

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