Industrie en transition

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Le blog de Julien Fosse

Gaz à effet de serre : des émissions sans frontière

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Gaz à effet de serre : des émissions sans frontière
© Kyle Glenn - Unsplash

Jusqu’à présent, le Covid-19 n’aura eu qu’un seul effet bénéfique sur notre planète, et encore est-il bien relatif : la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), provoquée par l’arrêt de l’activité économique, pourrait atteindre 8% en 2020. Une diminution à laquelle pourrait succéder une hausse rapide, par effet rebond, lorsque la reprise sera là. Et qui ne suffira pas à respecter la trajectoire de neutralité carbone indispensable au maintien des températures mondiales sous la barre des +1,5°C d’ici à la fin du siècle.

Un combat de longue haleine qui implique de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, localement mais également à l’autre bout de la planète. Car la contribution climatique de nos importations ne cesse d’augmenter. De quoi interroger une fois de plus les limites d’un modèle économique mondialisé déjà fragilisé par la crise actuelle…

Une empreinte carbone qui ne cesse de croître

Le dernier rapport du Haut conseil pour le climat, institution chargée d’évaluer la mise en œuvre des politiques publiques visant à réduire les émissions de GES de la France, est sans détour : notre pays importe énormément de produits mais ne comptabilise pas le carbone qu’ils contiennent. Or les émissions imputables aux importations sont majeures. Ainsi, les émissions françaises de GES proviennent de nos activités locales (industries, transports, agriculture), de la consommation des ménages, de nos exportations (comptabilisées dans les rejets tricolores), ce qui constitue l’« inventaire national » que la France notifie chaque année à la Commission européenne. En 2018, celui-ci s’établissait à 445 Mt CO2éq/an.

Or cet inventaire n’intègre pas les émissions liées aux importations. En les intégrant, l’empreinte carbone française s’envole à 750 Mt CO2éq/an. A cela, on peut ajouter 30 Mt CO2éq/an générées par les transports internationaux. Sur cette base de calcul, nos émissions importées ont ainsi bondi de 78% depuis 1995, ce qui compense largement la baisse d’un tiers des rejets domestiques observée sur la même période. En conséquence, l’empreinte carbone de chaque Français s’élève à 11,5 t CO2éq/an et ne diminue pas depuis 1995.

La délocalisation des industries françaises et l’aggravation de l’empreinte carbone de nos pays fournisseurs expliquent grandement cet état de fait. Mais pas uniquement…

Relocaliser en Europe et taxer le carbone aux frontières

Mécaniquement, la croissance démographique et du pouvoir d’achat ont accru la consommation des Français. Or cette augmentation de nos achats induit celle de nos importations, du fait de l’abaissement des droits de douane. Même si les deux tiers de nos importations sont d’origine européenne, région qui réduit régulièrement ses émissions de GES, nous achetons une bonne part de nos produits à des pays à l’économie fortement carbonée, comme la Chine. En 2011, l’Union européenne a ainsi été la première source d’émissions importées (64 Mt CO2éq/an, soit 18% du total planétaire). Les principaux produits responsables de ce déséquilibre sont agricoles et agro-alimentaires, les matériaux de construction, les équipements électriques et électroniques, les matériels de transports.

En conséquence, pour équilibrer notre balance carbone, il est indispensable d’accélérer la décarbonation de notre industrie européenne, mais également dans les pays tiers en mobilisant les dispositifs d’inclusion carbone aux frontières, notamment de taxe carbone. Un autre levier serait de mieux informer les consommateurs des impacts environnementaux de leurs achats, via une forme d’affichage environnemental dédiée (score carbone). Enfin, le Haut conseil pour le climat recommande de conditionner la signature d’accords commerciaux avec des pays tiers à l’établissement de politiques climatiques et de réduction de la déforestation importée.

Des recommandations de bon sens qui ne seraient cependant sans doute pas suffisantes pour nous placer sur une trajectoire d’émissions compatibles avec l’Accord de Paris et la stabilisation du réchauffement global sous les +1,5 °C. Un objectif qui impliquerait de réduire de 80% notre empreinte carbone d’ici à 2050, ce qui reviendrait à réduire à néant nos émissions domestiques et de 65% les émissions importées. Une « post-croissance » fondée sur la sobriété s’imposerait alors…

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