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Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Faut-il réinventer la ville ou repenser la voiture ?

Publié le

Faut-il réinventer la ville ou repenser la voiture ?
© @MPD01605 - Flickr c.c.

Au départ, c’était une histoire de taxe sur les carburants. Puis, progressivement, les revendications ont quitté le domaine automobile pour s’étendre aux enjeux de justice fiscale, d’aménagement du territoire, de réforme institutionnelle et de démocratie participative. De quoi s’interroger sur la cohérence des revendications des "gilets jaunes". Et si tout relevait finalement de notre rapport à la « bagnole » ? Certains l’écrivaient déjà il y a 40 ans…

En finir avec l’ "idéologie sociale de la bagnole"

Dans les années 1970, le philosophe André Gorz alertait sur la place excessive de la voiture dans notre société. Dans la revue d’écologie politique Le Sauvage, celui qui deviendra l’un des principaux promoteurs de la décroissance publia en septembre 1973 un article retentissant, "L’idéologie sociale de la bagnole". Un papier pointant les conséquences néfastes de la démocratisation de la voiture. Ce qui était à l’origine un bien de luxe, permettant à ses propriétaires de se déplacer rapidement, a progressivement perdu de son intérêt en se diffusant et en congestionnant les villes, saturées de circulation. L’atout premier de l’automobile, sa rapidité, s’est ainsi évanoui dans les bouchons et les gaz d’échappement…

Au-delà de la critique environnementale, Gorz a jeté un regard social sur la voiture, considérée comme un facteur d’aliénation des conducteurs, travaillant pour payer le carburant. Il a également proposé deux visions d’une étonnante acuité : en démocratisant l’usage de la voiture, les centres-villes pollués verront les travailleurs s’exiler en périphérie pour y trouver un cadre de vie plus bucolique et cet exil accentuera leur dépendance à l’automobile ; en repensant la ville autour de la voiture, le lien social s’en trouvera affecté. D’outil, la « bagnole » se transformera en « besoin vital », autour de quoi le quotidien s’organisera : il faudra travailler pour se payer une voiture et du carburant, et il sera indispensable d’avoir une voiture pour trouver un emploi, à trente ou quarante kilomètres de son domicile, et travailler.

Visionnaire, André Gorz a décrit des villes étalées, allongées, structurées autour de longs rubans d’asphaltes, sur le modèle des mégalopoles américaines : la voiture est alors indispensable pour aller travailler, faire ses courses, emmener les enfants à l’école. De quoi faire écho au malaise des "gilets jaunes", réunis sur des ronds-points tant pour contester la hausse du prix des carburants que pour recréer un lien social distendu, en zone rurale ou périurbaine…

Une réponse technologique ou urbanistique ?

Le « tout voiture » des années 1970 a profondément remodelé les villes, en contribuant à la pollution de l’air et à une hyper-artificialisation des terres, portant préjudice à la biodiversité. Néanmoins, la voiture reste pour certains prospectivistes l’élément central de la mobilité de demain. Une voiture électrique ou à hydrogène, dont les pollutions induites seront limitées. Mais surtout une voiture utilisée différemment, partagée, louée à l’heure et dont l’utilisation sera pensée en interconnexion avec d’autres moyens de transport, collectifs ou non. Un futur où serait mis en œuvre le "Mobility As A Service", où la voiture retrouverait la place qu’elle n’aurait jamais dû abandonner, c’est-à-dire celle d’un outil – parmi d’autres – pourvoyeur d’un service…

Bien évidemment, cette évolution imposera de repenser de manière radicale la ville, et donc d’apporter une réponse urbanistique globale. Il ne s’agira pas uniquement de fournir des transports en commun aux citadins, en substitution de la voiture, mais bien de reconstruire la ville, en la densifiant, en recréant des espaces de vie, des espaces paysagers et d’agriculture urbaine où les citadins pourront se ressourcer. Bref, comme l’a écrit Gorz, il faudra décompartimenter les enjeux et proposer une vision globale du vivre ensemble, alliant transports, urbanisme et division sociale du travail. Il n’y aura alors plus besoin de voiture pour aller du lieu où l’on habite à celui où l’on travaille, puis de celui où l’on s’approvisionne à celui où l'on se divertit.

En 1973, beaucoup avaient qualifié le texte de Gorz d’utopie écologiste. En 2019, il semble qu’une partie de la population de notre pays rêverait de voir cette utopie se concrétiser…

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