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Le blog de Julien Fosse

"Ever-Given" : plus qu’un bateau, un symbole

Publié le

Ever-Given : plus qu’un bateau, un symbole
L'Eve-Given remis à flot
© Autorité du canal de Suez

Quatre-cents mètres de long, 59 de large, 60 de haut. Voici les mensurations de l’"Ever-Given", le porte-conteneurs aux 220 000 tonnes de chargement qui a bloqué la semaine passée le canal de Suez et interdit toute navigation entre la Méditerranée et la mer Rouge. Un mastodonte qui a paralysé, à lui seul, 10 % du commerce maritime international. C’est ainsi l’équivalent de 8 milliards d’euros de marchandises qui aurait été bloqué chaque jour, agitant les bourses mondiales. Un simple bateau, échoué à cause d’une manœuvre hasardeuse ou de vents mauvais. Plus qu’un bateau, c’est le symbole de la vulnérabilité de la mondialisation, dépendant de quelques voies maritimes incontournables, qui se trouve ainsi rappelé. Une vulnérabilité déjà fortement questionnée par la crise du Covid-19, notamment dans le secteur agroalimentaire. De quoi ré-ouvrir le débat concernant notre souveraineté et les limites d’un modèle certes mondialisé mais dont les impacts environnementaux, sanitaires et sociaux sont bien locaux.

Des importations agro-alimentaires de plus en plus massives

Alors que le canal de Suez était encore bloqué, la Fondation Nicolas Hulot, l’interprofession des filières d’élevage (Interbev) et l’Institut Veblen publiaient un rapport interrogeant les limites de la mondialisation agricole. Car le commerce international concerne tout particulièrement le secteur agroalimentaire : entre 2005 et 2019, l’importation de denrées agricoles a augmenté de 28%. Des échanges commerciaux qui posent la question de la qualité sanitaire des produits entrant sur le territoire européen, ainsi que des conditions d’élevage et de transport des animaux. Un sujet sensible au regard des épisodes de maltraitance animale concernant le transport international du bétail régulièrement mis à jour par des associations spécialisées. Avec en creux la question des distorsions de concurrence liées aux exigences appliquées aux produits agricoles européens au regard de celles qui s’appliquent dans les pays tiers. Un chiffon rouge souvent agité par les organisations professionnelles agricoles, pointant l’introduction sur le marché européen de viandes issues d’élevages moins exigeants en termes de traçabilité et de normes sanitaires, ou encore de fruits et légumes dont la culture nécessite l’usage de pesticides interdits dans l’Union européenne.

Des molécules interdites en Europe, mais pas à l’étranger

Ainsi, selon ce rapport, la législation européenne applicable aux pesticides conduirait à abaisser les standards sur le plan sanitaire et environnemental pour préserver la compétitivité de notre agriculture. Les cultures produites hors de l’Europe pourraient ainsi être traitées avec des substances non autorisées sur le marché européen à la seule condition que les denrées importées respectent les limites maximales de résidus (LMR) fixées par la réglementation. Ce qui n’est pas sans poser de questions lorsque ces résidus sont suspectés de présenter des effets perturbateurs endocriniens à des doses inférieures aux LMR. En matière d’élevage, la situation n’est pas plus rassurante. Alors que l’Europe importe déjà 300 000 tonnes de viande bovine par an, les accords de libre-échange déjà conclus ou en cours de négociation supposeraient l’importation supplémentaire de 200 000 tonnes de viandes provenant des États-Unis, du Brésil et du Canada. Des carcasses issues d’animaux pouvant théoriquement être nourris aux farines animales, interdites en Europe depuis 2001, et dont les critères de traçabilité sont pointés du doigt par les associations. Aujourd’hui, seule l’interdiction du recours aux hormones de croissance s’applique aux produits animaux importés. De fait, l’Union européenne s’exposerait à de nouveaux scandales sanitaires déstabilisant l’ensemble des filières en acceptant d’importer des produits ne faisant pas l’objet d’une traçabilité adéquate.
Face à ces constats, le rapport recommande l’adoption d’un règlement européen « mesures miroirs », pour que les standards de production européens s’appliquent aux produits importés. Concrètement, cela reviendrait à interdire la mise sur le marché européen de denrées alimentaires traitées avec des substances non approuvées en Europe. Un sujet qui pourrait être mis sur la table lors de la présidence française de l’Union européenne au premier semestre 2022. Et permettre ainsi de sortir des simples incantations pour mettre la question de la souveraineté alimentaire européenne au cœur des débats.

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