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Le blog de Julien Fosse

Effondrement de la biodiversité : un déni coupable

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Effondrement de la biodiversité : un déni coupable
L'effondrement de la biodiversité est indéniable selon l’Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services.

Le congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) se tient à Marseille du 3 au 11 septembre. L’occasion de poser, une fois de plus, un diagnostic sur l’effondrement de la biodiversité, mais aussi de mobiliser au plus haut niveau les décideurs pour enrayer le phénomène. Car la catastrophe en cours a des conséquences majeures sur nos vies. Pourtant, à la différence du changement climatique dont aujourd’hui plus personne ne peut nier l’intensité et l’origine anthropique, l’érosion du vivant constitue encore un enjeu mal connu. Bien que récents, les chiffres sont pourtant fiables et têtus : le nombre et la diversité des espèces et des écosystèmes diminuent année après année. Alors pourquoi nier le réel ? Sans doute parce que la lutte contre l’effondrement de la biodiversité appelle des changements auxquels certains acteurs et décideurs n’ont pas intérêt. Quand l’intérêt général doit s’effacer devant quelques intérêts particuliers : un grand classique de la protection de l’environnement…

Des chiffres indiscutables

Les travaux de l’Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES), le Giec de la biodiversité, publiés depuis 2018 sont clairs : la biodiversité décline et les écosystèmes sont dégradés sous l’effet des activités humaines. Or les écosystèmes rendent des services à l’humanité, en fournissant les matières premières indispensables à sa survie (alimentation, eau) ou à ses activités (énergie, matériaux), et en régulant la présence d’agents pathogènes transmissibles à l’homme ou certains risques environnementaux, comme les inondations. Les études s’empilent désormais sur les bureaux des décideurs et vont toutes dans le même sens : diminution des populations et des aires de répartition de 32% des vertébrés suivis par l’UICN à l’échelle mondiale depuis sa création dans les années 1950 ; diminution de plus de 75% de la masse d’insectes volants en Allemagne en près de 30 ans ; diminution des populations d'oiseaux observés en milieu agricole de l’ordre de 30% depuis les années 1990 en France, etc.
Les causes de cette érosion sont également bien connues : le changement climatique ; l’artificialisation des sols ; la déforestation, notamment pour nourrir le bétail qui fournira une viande de plus en plus consommée au niveau mondial ; l’altération des ressources en eau liées aux pratiques agricoles intensives. L’utilisation de pesticides explique en bonne part la disparition des insectes et, par voie de conséquence, la diminution des populations de vertébrés qui s’en nourrissent. Plus généralement, la simplification des systèmes agricoles et la destruction des haies, des bosquets, des zones humides constituent des facteurs d’érosion de la biodiversité.

Un déni à combattre

Bien que fiables et robustes, les données scientifiques pointant l’érosion de la biodiversité sont fréquemment remises en question. Au-delà de critiques émanant de porteurs d’enjeux économiques qui seraient contraints de faire évoluer leurs pratiques pour protéger la biodiversité, la remise en cause de cette érosion s’apparente plus généralement à un déni, au sens psychologique du terme. Elle témoigne de notre difficulté à relier l’enjeu d’effondrement de la biodiversité à notre vie quotidienne : pourquoi se préoccuper de l’extinction d’une espèce à l’autre bout du monde ? Parce que cette extinction constitue l’indicateur ultime de l’impact de nos modes vie, ici et maintenant, sur la biodiversité. Parce que la disparition d’une seule espèce peut conduire à l’effondrement d’un écosystème tout entier, et donc à la perte des services écosystémiques liés.

La prise de conscience de la crise climatique a été lente, retardée par des climato-sceptiques soutenus par des lobbys. La reconnaissance de la chute de la biodiversité emprunte le même chemin tortueux. Les deux phénomènes sont pourtant indissociables, car la biodiversité régule le climat et le climat impact le vivant. Plus les océans s’acidifient, plus la déforestation prend de l’ampleur, plus le réchauffement sera difficile à maîtriser. Il est donc indispensable et urgent de sortir des approches en silo, pour mettre en cohérence les politiques publiques et lutter de front contre le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité. Bref, à quand un grand ministère de l’écologie et de l’agriculture ?

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