Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Décroissance : dépasser la bataille sémantique

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Décroissance : dépasser la bataille sémantique
Décroissance : dépasser la bataille sémantique
© Photo by @jeremybishop on Unsplash

A la surprise de certains commentateurs politiques contraints de sortir de leur ronronnement habituel, la primaire écologiste semble connaître un succès certain, avec plus de 120000 inscrits. Ce qui est sans doute lié aux débats télévisés organisés autour des cinq candidats afin de leur permettre de présenter leurs programmes et d’exposer leurs divergences. Parmi elles, la question de la décroissance a été centrale. Un vieux sujet, porté depuis plus d’une dizaine d’années par de nombreux économistes. De quoi ulcérer les tenants de la croissance verte, pour qui la décroissance ne constitue qu’un récit inutilement catastrophiste. Un débat intellectuel passionné, mais qui masque finalement une réalité bien plus prosaïque : sous l’effet du réchauffement climatique, de l’effondrement de la biodiversité et de l’épuisement des ressources, les contraintes biophysiques qui s’imposeront à nous nous laisseront-elles la possibilité de choisir entre croissance verte et décroissance ? A priori non, ce qui nous oblige à sortir des idées reçues…

Loin de la récession, une sobriété planifiée

La décroissance fait l’objet d’un très grand nombre de définitions dans la littérature économique, toutes centrées sur l’idée d’une réduction de la production et de la consommation pour répondre aux grandes crises environnementales actuelles et à venir. Parmi ces définitions, celle apportée par l’anthropologue Jason Hickel est particulièrement intéressante puisqu’elle introduit l’idée d’une organisation de cette réduction, intégrant le lien étroit entre environnement et inégalités : «La décroissance est une réduction planifiée de l’utilisation de l’énergie et des ressources visant à rétablir l’équilibre entre l’économie et le monde du vivant, de manière à réduire les inégalités et à améliorer le bien-être de l’Homme». Ainsi formulée, la décroissance n’est pas qu’un phénomène subi et brutal, et ne s’apparente pas à une récession semblable à celle observée durant la crise du Covid. Elle relève de la planification écologique de long terme visant à identifier les secteurs d’activité pour lesquels une diminution de production est nécessaire, et donc pour lesquels les actifs devront être accompagnés pour faire évoluer leur métier. En cela, elle apparait comme une transformation profonde de notre appareil productif. Un cadre conceptuel qui pose en creux la question centrale des indicateurs de suivi de l’activité économique.

Utiliser de nouveaux indicateurs de développement

Car au-delà de la réduction de la production se pose la question de la manière dont nous pouvons mesurer le développement de notre société. Et c’est en cela que la décroissance est finalement la plus radicale. Car jusqu’à présent, la boussole de l’activité économique est le produit intérieur brut (PIB). Un indicateur créé aux Etats-Unis dans les années 30 et popularisé en Europe après-guerre. Il s’agissait alors de mesurer la manière dont l’économie surmontait la crise de 1929, alors que l’Europe tout entière était à reconstruire. Une époque bien éloignée de la situation actuelle, où les émissions de gaz à effet de serre doivent absolument être réduites drastiquement pour éviter que notre planète ne se transforme en étuve invivable. Or les études scientifiques montrent à quel point la corrélation a été forte jusqu’à présent entre croissance du PIB et augmentation des émissions de GES.

Quant à l’espoir d’un hypothétique découplage reposant sur l’innovation technologique et garantissant une "croissance verte", permettant de produire des biens sans impacter l’environnement, elle apparaît relever jusqu’à présent de l’incantation.

Le PIB est inadapté à la réalité actuelle.

En comptabilisant de la même manière les activités détruisant l’environnement -  le "capital naturel" - et les activités plus bénéfiques, en ne tenant pas compte des activités non marchandes et non administratives qui contribuent à notre développement collectif, comme l'art ou les activités bénévoles, le PIB conduit à n’envisager le développement que sous l’angle d’une prédation de l’environnement. Et à faire du concept de décroissance une lubie par définition dangereuse. Autant d’arguments plaidant pour une autre lecture du développement, ne se limitant pas à la mesure du PIB et intégrant pleinement les atteintes portées au capital naturel. De quoi rendre le terme "décroissance" plus politiquement correct…

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