Industrie en transition

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Le blog de Julien Fosse

[Covid-19] Quand la pénurie de bifteck guette

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[Covid-19] Quand la pénurie de bifteck guette
La pandémie liée au Covid-19 a entraîné la fermeture de nombreux abattoirs aux Etats-Unis.
© D.R.

Les Etats-Unis ont connu une pénurie de viande inédite : au pays du burger et du barbecue, des rayons de supermarchés vides. La raison en est simple : des abattoirs, dont les ouvriers ont contracté le Covid-19, sont fermés temporairement. En conséquence, les filières animales sont totalement déstabilisées avec, en amont, des éleveurs qui doivent faire euthanasier leurs animaux, faute de débouchés. Un gâchis monumental, qui devrait interroger de l’autre côté de l’Atlantique. Que ce serait-il passé en France si l’essentiel des cas de Covid-19 avaient été observés dans le Grand Ouest, terre d’élevage et d’abattage ? D’ailleurs, un abattoir de Vendée s’est récemment transformé en foyer de coronavirus. De quoi peut-être se livrer à un petit travail de prospective…

Des abattoirs américains bouclés

Les leaders du marché américain de la viande ont vu leurs abattoirs fermés à la fin du mois d’avril et au début du mois de mai. Ainsi, Tyson Foods a fermé une usine de 1400 salariés dans l'Etat de Washington, usine qui fournit habituellement de la viande bovine pour quatre millions de personnes. Le groupe avait annoncé auparavant la fermeture de deux abattoirs de porcs dans l'Iowa et dans l'Indiana, employant respectivement 2 800 et 2 200 salariés. La filiale américaine du géant brésilien JBS a pour sa part fermé un outil abattant 20 000 porcs par jour dans le Minnesota. Smithfield a dû fermer son usine de 3 700 salariés à Sioux Falls, dans le Dakota du Sud, qui abat et transforme à lui seul 4 % de la production porcine aux Etats-Unis. Et le groupe avait annoncé auparavant la fermeture de deux sites de transformation dans le Wisconsin et le Missouri. A chaque fois, c'est la propagation du coronavirus qui impose des fermetures ou la réduction des cadences d’abattage. Près de 800 cas de contamination au Covid-19 et deux décès ont ainsi été recensés parmi les employés de l'usine de Sioux Falls, qui est devenue le premier foyer concentré sur un seul site des Etats-Unis.

Un impact direct sur la filière viande

Des fermetures en série qui ont pour conséquence d’induire une pénurie de viande et son rationnement. Ainsi, 20 % des fast-foods de la chaîne Wendy’s ne servent plus de burgers et 440 hypermarchés Costco imposent désormais à leurs clients de n’acheter au maximum que trois produits carnés. Un rationnement inédit qui concerne également d’autres grands distributeurs, comme Kroger et Wegmans. En amont, ces fermetures commencent à avoir un impact sur le marché national. Pour la filière porc, la fermeture des grandes usines d’abattage a provoqué une chute de production de près de 30 % par rapport à la normale, soit 134 000 bêtes abattues en moins. Ces fermetures affectent bien évidemment les éleveurs qui n'ont nulle part où envoyer leurs animaux et doivent parfois euthanasier leur cheptel. Et cette baisse de la demande fait chuter les cours, aux Etats-Unis et en France. Car la demande en viande, notamment en porcs, de la Chine restant élevée, une pression à la baisse s’exerce sur les marchés européens, mis en concurrence avec les Etats-Unis.
Ainsi, la crise sanitaire liée au Covid-19 dans les abattoirs américains a des répercussions sur le marché de la viande en Europe. Un autre exemple des interconnexions entre bassins de production et de consommation à l’échelle mondiale, soulignant la vulnérabilité de notre système alimentaire globalisé. Quant à la France, un foyer de coronavirus a été détecté dans un abattoir de Vendée, aux Essarts-en-Bocage. Pas encore de quoi s’inquiéter, certainement pas de quoi fragiliser les filières animales locales. A ce stade… Mais un facteur de risque évident, soulignant en creux les failles de nos filières agro-alimentaires, hyper-concentrées géographiquement. Car la fermeture en série des abattoirs français du Grand Ouest aurait de facto des impacts sur l’ensemble des filières d’élevage et de transformation de la viande. Un argument de plus pour réfléchir à leur réorganisation et à la déspécialisation de territoires essentiellement dédiés aux productions animales. Un nouveau chantier à ouvrir pour réfléchir à l’après Covid…

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