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Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Communiquer sur l’incertitude en santé environnementale

Publié le

Communiquer sur l’incertitude en santé environnementale
© Claire Garnier

"73 % des Français estiment que le gouvernement a caché certaines informations sur l’incendie de Rouen". Ce sondage de l’Ifop, publié le 5 octobre, résume l’état de défiance de la population face aux informations livrées par les pouvoirs publics à la suite de l’incendie de l’usine Lubrizol, survenu à Rouen le 26 septembre. Un sinistre industriel dont l’origine fait encore l’objet d’investigations. Et dont les effets sur l’environnement et sur la santé des populations exposées aux fumées ne pourront être pleinement mesurés que dans les mois à venir. Quoi qu’il en soit, cette catastrophe constitue d’ores et déjà un exemple édifiant de la difficulté à communiquer sur un problème de santé environnementale. Un futur cas d’école pour les décideurs ?

La science ne sait pas tout

Le bureau européen de l’organisation mondiale de la santé (OMS) a défini en 1994 la santé environnementale (environmental health). Cette notion intègre "l’ensemble des aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie, qui sont déterminés par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement. Elle concerne également la politique et les pratiques de gestion, de résorption, de contrôle et de prévention des facteurs environnementaux susceptibles d’affecter la santé des générations actuelles et futures". Un très beau concept, pour des sujets éminemment complexes, scientifiquement et techniquement, nécessitant des approches systémiques et interdisciplinaires. Autant dire qu’il s’accommode mal de l’urgence médiatique et d’explications au format tweet…

La santé environnementale est une science jeune, caractérisée par une incertitude forte sur de nombreux aspects. Le vivant est complexe et la science ne sait pas tout. La notion même de risque sanitaire implique de tenir compte tout à la fois des effets d’un danger - c’est-à-dire d’un agent biologique pathogène ou d’une molécule - sur la santé et de la fréquence d’exposition de l’homme à ce danger. Dans le cas de l’usine Lubrizol, la liste même des produits chimiques consumés n’a été connue que plusieurs jours après l’incendie. Quant aux voies d’exposition, elles sont par définition multiples : inhalation de gaz ou de particules microscopiques, ingestion d’aliments contaminés par les retombées des fumées. Ajouter à cela des connaissances imparfaites sur les effets à long terme de substances chimiques à très faibles doses, inférieures aux seuils de détection des méthodes d’analyse disponibles, qui peuvent se combiner sous forme de "cocktails" toxiques.  Dans ce contexte, on peut comprendre que les premiers messages officiels pointant l’absence de toxicité aiguë n’aient pas rassuré les riverains de l’usine rouennaise.

Repenser l’expression publique

Au-delà de l’incertitude scientifique, c’est également la manière de communiquer sur les risques qui doit désormais être interrogée. Le niveau de formation de la population est désormais élevé et internet permet d’accéder en temps réel aux données les plus récentes, y compris les plus erronées. Toute parole publique peut ainsi être questionnée, débattue, quasiment en temps réel, et être confrontée à des fake news propagées par des experts autoproclamés plus préoccupés de faire le buzz que de respecter les canons de la controverse scientifique. Tenter de rassurer au maximum en informant a minima, afin d’éviter toute panique, ouvre alors la voie aux complotistes de tous bords.

Pourtant, face à cet état de fait, les "sachants" peinent à faire évoluer leurs modes de communication. L’administration reste fondamentalement hiérarchisée et la communication se doit d’y être contrôlée, validée à de multiples niveaux, car engageant la parole des élus. Cette logique répond à l’exigence de cohérence et de rigueur de l’expression publique. Mais elle résiste mal à la rapidité des réseaux sociaux, a fortiori en période de crise… Demander à des community manager de soumettre leurs projets de tweets à la validation de leur hiérarchie devient alors plus que contre-productif. La transparence et la rapidité s’imposent désormais comme une exigence démocratique. Reconnaître, immédiatement, que le doute subsiste quant à l’innocuité d’un danger : finalement, peut-être le meilleur moyen d’informer en temps de crise sanitaire…

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