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Le blog de Julien Fosse

Biomimétisme : s’inspirer de la nature pour dépasser l’effondrement

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Biomimétisme : s’inspirer de la nature pour dépasser l’effondrement
© D.R.

La collapsologie, ou "science de l’effondrement", est en vogue. Hier cantonnée au champ de la prospective et de l’écologie politique, débattue dans les milieux alternatifs, elle rentre désormais de plain-pied dans le débat public. Au point d’avoir été évoquée par Edouard Philippe le 2 juillet 2018, lors d’un Facebook live dédié à la biodiversité. Bref, cette théorie, jugée hier « apocalyptique », intéresse désormais les décideurs publics. Faut-il s’en inquiéter et y voir l’expression d’un pessimisme par trop sombre ? Ou au contraire faire de cette approche une opportunité pour repenser notre rapport à la nature, en s’appuyant sur elle pour construire une société plus résiliente?

La collapsologie, ou l’art de changer de regard sur le monde

De nombreux ouvrages ont traité du "collapsus". Bien connue des écologues, la notion d’effondrement s’applique à une espèce animale ou un écosystème qui disparaît, sous l’effet de la rupture des équilibres qui permettaient son développement. Brutalement, rapidement, ou de manière plus lente, sur plusieurs générations. Dans « Comment tout peut s’effondrer?: petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes » publié en 2015, Pablo Servigné et Raphaël Stevens transposent ce concept à notre civilisation tout entière.

Qualifiée de "thermo-industrielle", dans le sens où son développement s’est fondé sur la consommation d’énergie et de ressources finies, comme les hydrocarbures ou les terres rares, notre civilisation s’est progressivement éloignée de la nature. De chasseur-cueilleur, l’Homme est ainsi devenu agriculteur, puis artisan, industriel et enfin producteur de services. Grâce au progrès technologique, à l’imagination et à l’innovation. Mais au détriment des ressources offertes par la nature, désormais mises en péril par l’activité humaine. Les auteurs décrivent ainsi des frontières que notre civilisation tend à franchir, sans en mesurer pleinement les conséquences, telles l’érosion de la biodiversité, le changement climatique ou la dégradation de la santé de l’environnement.

Ils pointent également l’extrême imbrication des enjeux démographiques, économiques, environnementaux et sociaux, fragilisant de fait la structure même de notre civilisation. Que se passerait-il demain si une crise sanitaire globale semblable à la grippe espagnole de 1918 survenait ? Et si le prix du pétrole flambait, alors que le changement climatique provoquait dans le même temps des famines, des inondations et des migrations dans certaines régions du monde ? La crise des gilets jaunes, à une moindre échelle, montre que le risque de fragilisation de nos institutions serait élevé…

Regarder à nouveau la nature

Loin de jeter un regard sinistre sur l’avenir de l’humanité, les collapsologues proposent une vision renouvelée de notre rapport au monde. Tout d’abord en veillant à adopter une approche systémique, inter- et trans-disciplinaire, des enjeux auxquels nous sommes confrontés. Cesser de regarder le monde par petit bout, sous l’angle de l’économie, des sciences politiques, de l’agronomie ou de la biologie. Mais en embrassant de manière intégrée les défis de demain, en combinant les regards et en associant savoirs profanes et expertises scientifiques.

Mais aussi et surtout en s’inspirant de la nature, ses équilibres et ses interactions, pour recréer une civilisation plus résiliente, plus économe et moins dépendante de ressources finies. Pour ce faire, le biomimétisme constitue une clé majeure. Innover en s’inspirant de la nature, à l’échelle d’un produit manufacturé, d’une entreprise ou d’une organisation. Etudier les interactions physiologiques entre végétaux pour reconstruire des systèmes agricoles plus résilients, fondés sur l’agro-écologie. S’inspirer des déplacements groupés d’oiseaux ou de bancs de poissons pour repenser la mobilité. Analyser les habitats d’insectes sociaux, comme les termites ou les abeilles, pour réinventer l’habitat collectif, fondé sur une régulation passive de la température. Utiliser les capacités des plantes à absorber certains produits toxiques pour dépolluer les sols et les eaux.

Bref, reconstruire une proximité perdue avec la nature et retrouver des savoirs ancestraux que les peuples "autochtones" maîtrisent et appliquent au quotidien. Indéniablement, une source d’inspiration pour l’avenir.


 

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