Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Biodiversité et alimentation: Bruxelles passe au vert

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Biodiversité et alimentation: Bruxelles passe au vert
© Gilles Douaire (CC BY-SA 2.0)

Mercredi 20 mai, deux jours avant la journée mondiale de la biodiversité, la Commission européenne a dévoilé ses futures stratégies visant à protéger les écosystèmes (Biodiversité 2030) et à transformer notre système alimentaire, de la ferme à la fourchette (Farm to Fork-F2F). La fête avant l’heure, tant les objectifs affichés sont ambitieux : d’ici à 2030, protéger 30 % des terres et mers européennes, restaurer 25 000 kilomètres de cours d’eau, inverser le déclin des pollinisateurs, planter trois milliards d’arbres, réduire de moitié l’usage des pesticides et de 20 % celui des engrais, convertir 25 % des terres agricoles à l’agriculture biologique. Plus que des stratégies, de petites révolutions. Au risque de décevoir, quand l’heure des bilans sera venue ?

Protéger les écosystèmes et restaurer la nature

"La perte de biodiversité et l’effondrement des écosystèmes sont l’une des menaces les plus graves auxquelles l’humanité fera face dans la prochaine décennie. Cela menace aussi les fondements de notre économie. Le coût de l’inaction est élevé et il devrait augmenter." Ce diagnostic sombre, c’est celui porté par la Commission dans sa stratégie Biodiversité 2030. Qui propose logiquement un traitement drastique : protéger d’ici dix ans au moins 30 % des terres et des mers, contre 26 % et 11 % aujourd’hui. Et 10 % de ces aires terrestres et marines devront l’être absolument, ce qui inclut des milieux d’intérêt naturel majeur, comme les forêts primaires, les tourbières, les marécages ou les prairies permanentes. Au-delà de ces mesures de protection, les Etats européens devront également restaurer la nature, et ainsi atteindre des objectifs jusqu’à présents inaccessibles. La stratégie biodiversité adoptée en 2011 prévoyait en effet la restauration de 15 % des écosystèmes dégradés d’ici à 2020, alors même que les pressions pesant sur ces écosystèmes se sont accrues depuis. Autant dire que le chemin sera long pour atteindre la cible et impliquera une profonde remise à plat des logiques économiques actuelles, notamment dans le secteur agricole.

Plus de bio et moins de pesticides pour un système alimentaire durable

Car le succès d’une telle stratégie environnementale dépendra surtout de sa mise en cohérence avec la politique agricole commune (Pac), l’agriculture intensive étant l’une des premières causes d’érosion de la biodiversité. La stratégie "de la ferme à la fourchette" appelle un profond changement de paradigme, en prônant une vision systémique des défis agricoles. Il s’agit en effet d’engager la transition vers un système alimentaire européen durable, de la production à la consommation, en combinant santé des consommateurs, santé de l’environnement et juste rémunération des agriculteurs. Selon la Commission, les objectifs de la stratégie F2F devront se traduire dans la réforme de la Pac. Car l’Union européenne a une responsabilité particulière en tant que premier importateur et exportateur mondial de denrées alimentaires. La stratégie F2F fixe donc de grands principes que la Pac devra traduire en instruments concrets. Enfin, elle souligne à quel point l’alimentation des européens est trop riche en graisses, en sucres, en sel et en protéines animales. Des choix alimentaires plus sains doivent donc être encouragés, ce qui passera notamment par la généralisation de l’étiquetage nutritionnel.

Des stratégies certes ambitieuses, mais qui soulignent en creux l’échec des politiques environnementales menées jusqu’à présent en Europe. Trente années de réglementation en faveur de la protection de la nature ne sont pas parvenues à enrayer la destruction des espaces naturels et la disparition de nombreuses espèces animales et végétales. L’érosion des sols et l’augmentation des pollutions diffusent sont également notables. La probabilité est donc forte que la plus grande part des objectifs préconisés aujourd’hui ne soit pas atteinte, tant la Commission européenne semble parfois démunie face à des Etats membres conservateurs sur les enjeux environnementaux et des lobbys qui ont beaucoup à perdre en changeant de modèle. Or la culture institutionnelle qui prévaut à Bruxelles est celle de la co-construction avec les parties prenantes, ce qui risque d’atténuer l’ambition initiale des stratégies portées par la Commission. Les désillusions risquent donc d’être grandes, à moins d’un sursaut collectif…

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