Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Au Parlement, le lent verdissement des esprits

Publié le

Au Parlement, le lent verdissement des esprits

Il y a cinq ans, j’étais au Bourget. Apportant, parmi beaucoup d’autres, ma contribution à l’édifice de la COP 21 et au défi du siècle : la lutte contre le réchauffement planétaire. J’avais alors le sentiment d’assister à un moment historique, avec l’espoir que l’urgence climatique fasse l’objet d’une prise de conscience collective, suffisant à régler bien des problèmes. Cinq années après, malgré d’indiscutables avancées, l’essentiel reste à faire. Quant à la prise de conscience collective, elle apparaît encore bien ténue. Y compris chez celles et ceux qui doivent traduire en droit cette ambition commune : les représentants de la Nation…

L’économie plutôt que l’environnement

Depuis 2000, l’Agence de la transition écologique (Ademe) conduit chaque année une enquête permettant d’identifier les représentations sociales du changement climatique auprès d'échantillons représentatifs de la population française. Cette année, l’enquête a également été menée auprès de 201 députés ou sénateurs, de tous horizons politiques confondus. Les comparaisons avec les résultats d’enquêtes antérieures permettent de cerner l’évolution de la compréhension des enjeux climatiques chez nos parlementaires, mais également de comparer leur vision avec celle des Français. Et il faut avouer que certains constats sont surprenants. Ainsi, 72 % des parlementaires interrogés considèrent qu’il faut relancer l’économie par tous les moyens afin de renouer au plus vite avec l’activité, quand les Français sondés préfèrent à 57 % réorienter en profondeur notre économie en soutenant exclusivement les activités qui préservent l’environnement, la santé et la cohésion sociale. De même, l’emploi apparaît comme la question prioritaire pour 63 % des parlementaires interrogés, quand l’environnement n’est cité que par 6 % d’entre eux. Chez les Français, en revanche, ce chiffre s’élève à 15 %, l’emploi n’arrivant en tête que chez 26 % des sondés. Ce qui conforte l’idée selon laquelle les questions environnementales sont désormais ancrées dans l’esprit de nos contemporains, y compris en cette période de crise.

Une légère pointe de climatoscepticisme

Parmi les enjeux environnementaux préoccupant les personnes interrogées, le changement climatique est considéré comme prioritaire par 60 % des parlementaires, contre 34 % des Français. De quoi se rassurer quant à leur perception de l’urgence climatique… ou pas. Car si la question climatique apparaît si prégnante chez nos parlementaires, c’est parce que les autres défis environnementaux les préoccupent beaucoup moins. C’est par exemple le cas de la dégradation des écosystèmes et de la biodiversité, jugée préoccupante par 21 % des sondés contre 12 % des parlementaires. Le climat intéresse donc plus que le vivant, alors même que ces deux thèmes sont intimement liés. L’origine anthropique du dérèglement climatique est reconnue par 80 % des parlementaires, un chiffre semblable à celui des Français interrogés. Ce qui laisse tout de même 20 % de climatosceptiques. Il faut néanmoins souligner la coloration politique du sujet, puisque plus de 90 % des parlementaires de gauche et de la majorité présidentielle reconnaissent la responsabilité de l’Homme dans le dérèglement du climat, quand ce chiffre n’atteint que 61 % chez les élus de droite. Et 64 % chez les élus de plus de 65 ans, ce qui conforte l’idée selon laquelle les boomers seraient moins sensibles au sujet… Plus surprenant, seuls 38 % des parlementaires interrogés considèrent qu’une exploitation imprudente de la nature est à l’origine de l’épidémie de coronavirus, alors que cette proportion s’élève à 60 % chez les Français. Un décalage qui pose question, tant les données scientifiques convergent désormais pour montrer que la destruction des écosystèmes et de la biodiversité, notamment en zone tropicale, favorise l’émergence d’agents de pandémies.

La Convention citoyenne pour le climat a montré la capacité de citoyens formés aux questions climatiques de proposer des actions novatrices en faveur de l’environnement. Un exercice de démocratie participative qui a fait débat, notamment chez les parlementaires, rappelant que le suffrage universel seul conférait la légitimité nécessaire à l’élaboration de la loi. Une légitimité indiscutable, mais qui peut être questionnée au regard du décalage existant entre nos parlementaires et le reste de la population sur ces questions. Un gap qui reste à réduire, pour le climat et pour la démocratie.

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