Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Alerte mondiale sur l’eau

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Alerte mondiale sur l’eau
© Tom Raffery - Flickr - C.C.

Certains rapports frappent l’esprit de leurs lecteurs, mais pas forcément les médias ou l’opinion publique. Assez paradoxalement, sur un sujet aussi vital que l’eau, le rapport publié par la Banque mondiale le 20 août dernier aurait dû largement faire réagir les décideurs publics. Car ce n’’est rien de moins que la détérioration de la qualité des eaux à l’échelle planétaire qui était mise en évidence dans ce rapport. De quoi s’alarmer sur le sort de centaines de millions d’humains. Ou laisser couler…

Quantité et qualité, deux enjeux liés

Quand on parle d’eau, la question de l’accès à la ressource émerge immédiatement. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 850 millions de personnes sont privées d’eau potable à travers la planète et 1,8 milliard boivent de l’eau non traitée, ce qui les expose à des risques de contamination d’origine fécale, et donc de maladies. Assurer l’accès de tous à une eau de qualité constitue un enjeu essentiel pour l’Humanité, qui s’amplifiera demain avec le dérèglement climatique. Mais au-delà de la qualité "biologique" des eaux, concernant principalement les pays du Sud, se pose plus largement celle de la qualité "chimique". Qui n’est pas l’apanage des pays en développement, loin de là…

Le principal enseignement du rapport de la Banque mondiale concerne en effet la présence assez large de polluants dans les eaux de consommation, notamment dans les pays riches. Le niveau de richesse d’un pays a très longtemps été corrélé à une amélioration de la qualité des eaux. Or il s’avère que de nombreux contaminants chimiques émergent aujourd’hui dans des pays riches. En résumé, c’est la nature des pollutions qui évolue avec le PIB, et non plus la fréquence de leur présence : au Sud les agents biologiques, au Nord les pollutions chimiques.

Nitrates, sel et micro-plastique : le triplé perdant

L’azote, utilisé comme engrais, constitue une source d’inquiétude majeure. Tout d’abord parce que les nitrates qui en sont issus peuvent être à l’origine de l’eutrophisation des milieux aquatiques, c’est-à-dire d'une destruction de l'oxygène dans l'eau, et donc de la vie animale et végétale présente. Ces dérivés de l’azote, nitrates ou nitrites, peuvent également directement affecter la santé des consommateurs d’eaux polluées. C’est le cas du syndrome du bébé bleu, les nitrates ingérés via l’eau induisant un manque d'oxygène dans le sang et un retard de croissance chez les enfants. De quoi justifier l’arrêt des subventions directes ou indirectes aux engrais azotés, dont les bénéfices apparaissent moindres que les dommages pour la santé humaine selon la Banque mondiale.

La salinité des eaux constitue également une préoccupation de santé publique de premier plan. Au Bangladesh, elle expliquerait 20% de la mortalité infantile dans les régions côtières, de faible altitude, où l’irrigation massive des cultures et l’érosion des sols est à l’origine d’un accroissement de la salinité des eaux. Un risque auquel s’ajoute celui lié aux pollutions par les microplastiques, notamment issus des process industriels et de la dégradation dans l’environnement des emballages. Un élément de plus justifiant de lutter pour le recyclage…

Face à ces défis, la Banque mondiale identifie trois grandes solutions : la "passivité", qui consiste à laisser les pollutions s’installer et informer les consommateurs des risques encourus face à une eau polluée, ce qui nécessite de mettre en place de vastes dispositifs de surveillance de la qualité des eaux, à l’échelle mondiale. La "réactivité" qui s’appuie sur le traitement, a posteriori, des eaux contaminées, ce qui implique de lourds investissements. Enfin la "proactivité", qui s’appuie sur l’utilisation de taxes pour faire reposer le coût des pollutions sur les pollueurs. Le principe du pollueur-payeur, pleinement appliqué.

Autant d’options non exclusives, à mettre en œuvre rapidement pour nous assurer un avenir apaisé, l’accès à l’eau constituant un facteur majeur de risque de conflit à l’avenir. Il ne suffira pas de raisonner en termes de quantité d’eau disponible, mais d’intégrer également l’enjeu de sa qualité biologique et chimique. De quoi s’arrêter quelques instants sur ce sujet…

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