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Entreprise et IA

Le blog de Florian Douetteau

Etats-Unis, Chine, UE : quand l’intelligence artificielle révèle les différences culturelles

Publié le

Etats-Unis, Chine, UE : quand l’IA révèle les différences culturelles

Après la mise au point récemment publiée par OpenAI à propos de la dernière version de son générateur automatisé de textes GPT-2, il paraît judicieux de réfléchir à ce que signifie ce projet dans la perspective d’une véritable ouverture de l’Intelligence Artificielle mais aussi, plus largement, et sans doute avec plus d’acuité encore, à ce que cela laisse augurer pour l’avenir de la réglementation et du décloisonnement dans ce domaine.

Rappelons brièvement les faits. OpenAI est une initiative à but non lucratif, active dans le domaine de l’intelligence artificielle, et dont Elon Musk est le cofondateur. OpenAi a développé un système d’édition automatisé baptisé GPT-2, dont les résultats sont véritablement impressionnants. De fait, GPT-2 s’avère si performant pour générer des textes que l’équipe d’OpenAI a décidé de s’autoréguler, craignant les implications négatives et autres détournements malveillants de cette technologie (cf. l’article du Guardian : New AI fake text generator may be too dangerous to release, say creators).

La question sous-jacente posée à propos du caractère potentiellement dangereux de textes générés par l’intelligence artificielle est certes intéressante. De même que le débat portant sur un aspect plus philosophique de la responsabilité éthique versus un pragmatisme sans état d’âme excessif : si on ne le fait pas soi-même, quelqu’un d’autre le fera à notre place. Mais laissons là ces questions pour le moment. Je voudrais surtout tenter de discerner les différences à l’œuvre dans les approches philosophiques qui touchent à l’IA, et qui pourraient impacter, en bien ou en mal, son développement futur – qu’il s’agisse de faciliter, ou a contrario de freiner sa progression.

Pour voir comment les différents pays ou régions abordent et traitent cette technologie émergente, il convient de prendre en compte deux angles d’observation différents :

Objectif — comment le pays ou la région considère l’objectif final de la technologie. Dans le cas qui nous occupe : l’intelligence artificielle. Autrement dit, comment elle est utilisée au quotidien
VERSUS
Technologie — comment le pays ou la région considère ces avancées d’un point de vue purement technologique (indépendamment des applications pratiques).

 

Europe : liberté surveillée

• De la réglementation des cultures OGM à la protection des données personnelles (RGPD), l’Europe s’inscrit dans une longue histoire de réglementation. Cela ne veut pas dire pour autant que cette régulation soit par trop restrictive lorsqu’il s’agit des objectifs de la technologie, ou de la technologie elle-même. L’Europe a plutôt tendance à laisser les choses se faire en liberté, jusqu’à l’apparition d’une vraie nécessité de réguler.

Prenons l’analogie du jardin, puisque la période estivale est propice à la culture. L’Europe fournit l’engrais et les conditions adéquates à la croissance des plantes. Elle observe l’émergence des jeunes pousses, puis taille et élague si besoin est.

En matière d’intelligence artificielle, il est raisonnable de penser que nous verrons les premières réglementations à grande échelle venir d’Europe – le RGPD n’est qu’un premier pas dans cette direction. Le mois dernier, la Commission européenne annonçait son intention de s’atteler aux aspects éthiques de l’intelligence artificielle.

Mais se pose ici la question suivante : la réputation de cette technologie va-t-elle la précéder et, in fine, le développement de ses objectifs risque-t-il d’en pâtir ? C’est possible. Mais cela pourrait aussi s’avérer positif dès lors qu’on aborde les questions majeures et, jusqu’ici largement ignorées, de l’interprétabilité de l’IA et de ses aspects éthiques.

 

Chine : célérité et contrôle

En Chine, la vitesse d’exécution est un facteur fondamental. Qu’il s’agisse du développement technologique ou de la course aux armements. Les Chinois veulent être les premiers à parvenir à tel ou tel objectif. En outre, ils travaillent avec une assez grande liberté à l’égard des objectifs de l’intelligence artificielle. Aucune hypothèse n’est écartée dès lors qu’il s’agit pour eux d’en imaginer les possibilités.

Le grand point d’interrogation, et pour ainsi dire, l’épine dans le pied, c’est le contrôle politique. Pour filer à nouveau la métaphore du jardin, disons que celui-ci est entouré d’un haut mur. La Chine s’est assurée de conditions climatiques parfaites, et d’une quantité suffisante d’engrais pour assurer une croissance rapide. Et les jeunes pousses font leur apparition. Elles deviennent même rapidement luxuriantes et envahissent tout. Mais faute d’un partage et d’échanges adéquats entre  l’extérieur et l’intérieur, l’impact de cette luxuriance demeure très incertain.

Certains se montrent inquiets à propos de l’"expansion non contrôlée" de la Chine qui pourrait avoir des conséquences négatives au niveau mondial, mais aussi dans le pays lui-même, avec des citoyens dont les interrogations éthiques risquent de rester sous le boisseau. Que se passerait-il, avec le scénario du pire, si les paris faits par la Chine en matière d’intelligence artificielle se révèlent payants et, faisant fi de toute considération éthique, le reste du monde veut être de la partie ?  

Imaginons, par exemple, qu’en utilisant une base de données pour la reconnaissance faciale, de multiples réseaux de caméras et des technologies d’identification d’images, la Chine soit en mesure de réduire considérablement la criminalité. Les autres pays seraient-ils prêts à jeter aux orties leurs interrogations éthiques pour s’engouffrer dans la brèche et suivre l’exemple des Chinois ?

 

Etats-Unis : Intentions et équilibre

Les Etats-Unis offrent un environnant intéressant, dans la mesure où ils encouragent certes le développement technologique, mais dans le cadre d’une société extrêmement procédurière qui, de manière inhérente, limite fortement les objectifs finaux. L’analogie avec le jardin est ici davantage tirée par les racines. Disons que la qualité du sol n’encourage pas une croissance débridée pour tous les types de plantes, même si certaines y prospèrent néanmoins de manière spectaculaire.

Ce qui est intéressant ici, dans le cas d’OpenAI, c’est l’idée qu’il n’y a pas uniquement des individus, mais des entreprises entières, qui veulent se mettre sur les rangs et prendre position vis-à-vis de l’avenir de l’intelligence artificielle d’une manière que nous n’avons jusqu’ici vue nul part ailleurs dans le monde.

Il est toutefois inévitable, comme à chaque fois que prend corps un développement technologique massivement compétitif, qu’une entreprise n’ayant pas les mêmes priorités éthiques, et qui ne sera ni aussi noble ni aussi responsable, apparaisse prochainement sur le devant de la scène. La question qui se posera dès lors est simple : les réglementations pourront-elles combler les insuffisances ou arrondir les angles ? Dans le passé, les Etats-Unis n’ont guère fait preuve de célérité en matière de régulation, par crainte de freiner la croissance. Que faudra-t-il faire pour que cela change?

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