Web3 et souveraineté numérique

Le blog de Fabien Aufrechter

Vers un métavers sans avatar ?

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Vers un métavers sans avatar ?
Des avatars qui rient... de peur de bientôt pleurer ?
© Cantoche

Depuis le « rebranding » de Facebook devenu Meta, le mot « métavers » est devenu LE « buzzword » à la mode. Parce que polysémique, le mot est utilisé comme un outil marketing pour désigner tous les mondes virtuels ou immersifs. Pourtant, ce n’est pas un mot « à la recherche d’un sens », car au-delà de son histoire et de son étymologie, les professionnels du web 3.0 l’utilisent pour désigner quelque chose d’aussi précis que nouveau. Pour eux, le métavers constitue un monde virtuel ou en réalité augmentée où les objets digitaux disposent de valeurs uniques réelles et intermodales.

Par conséquent, de la même manière qu’il n’existe pas de cryptoactifs sans technologie blockchain, il n’existe pas de métavers sans objets digitaux disposant de valeurs uniques réelles, autrement dit sans NFT. Les NFT sont même le caractère d’identification des métavers.

Tout est dans l’identité

Par définition, la question existentielle des métavers, c’est donc celle de l’identité. L’identité des objets qui disposent d’une valeur, mais également celle des personnes. En cela, ils ouvrent la porte à une transformation initialement pensée comme positive et cristallisée autour de la notion d’avatar.

Initialement, la notion d’avatar (issue des jeux vidéos) apportait une promesse immense, celle de la fin des discriminations. Car chacun pouvait imaginer vivre dans le métavers comme il l’entendait. Les avatars devaient être la manière de rendre possible pour chacun d’être vraiment ce qu'il voudrait être. Pour la communauté queer, le métavers peut être envisagé comme un tremplin pour afficher son identité, être un outil d'affirmation de soi. Pour d'autres personnes, il pourrait même être un outil quasi thérapeutique. Pour ne donner qu'un exemple, il suffit d'imaginer comment il pourrait être mobilisé dans le traitement de phobies. 

Pour les entreprises, le terrain de jeu semblait sans limite, avec notamment l’espoir de recrutements moins discriminants. Mais la faille est malheureusement déjà perceptible. À l’heure des deepfakes et hackings, les avatars constituent davantage des dangers que des opportunités.

Les avatars, freins de confiance

Imaginez-vous en train de parler à l'avatar d'un collègue, d'un prospect, d'un client. Et que la personne avec qui vous échangez soit en réalité un concurrent, ou tout simplement quelqu’un qui vous veut du mal. Hier, pour s’assurer que votre message était adressé à la bonne personne, la chose était facile : comptes certifiés, courriels authentifiés… La question se pose complètement différemment à l’ère du live, notion constitutive du métavers. Et dans ce cas, le concept d’avatar devient un frein à la confiance.

La problématique n‘est pas nouvelle puisque les réseaux sociaux « classiques » (et même les outils de visioconférence) y étaient déjà confrontés. Sur ce terreau ont déjà fleuri les faux profils, les profils anonymes et nombre d’arnaques bien connues des utilisateurs du web 2.0. Mais dans le métavers, le problème – qui s’incarne à travers la notion d’avatar – est démultiplié.

Faudra-t-il une loi pour encadrer les avatars ?

Si les risques liés aux avatars sont si importants dans le métavers, c'est parce qu’ils sont finalement moins ceux des réseaux sociaux que ceux des visioconférences. Avec comme amplification du risque la plus grande facilité de copier un avatar qu’un visage humain.

Alors comment lever ce frein ? Faut-il encadrer par la loi ou normer les avatars ? Doit-on imaginer un métavers sans avatar ? La réponse est en plusieurs temps. D’abord, d’un point de vue technique, il s’agit de sécuriser les avatars ou d’en repenser le modèle. Ensuite, d’un point de vue juridique, il s’agit sans doute de les encadrer par la loi. Car il semble bien trop facile pour le moment de subtiliser des identités dans le métavers (ou du moins de se faire passer pour quelqu’un d’autre).

Enfin, il est temps sans doute de réfléchir à un métavers sans avatar. À quoi pourrait-il ressembler ? L’hypothèse la plus simple serait sans doute celle de la duplication de la réalité par un scan de visage (par une utilisation des technologies de « know your customers » utilisées notamment par les banques en ligne), ce qui aurait de plus le mérite de permettre aux utilisateurs plus grand public de se reconnaître dans le métavers. Mais si le modèle est évident, il est déjà dépassé à l’heure du deepfake, avec la possibilité de répliquer des visages. En outre, il ferait revenir les discriminations du monde réel dans le virtuel.

La solution parfaite n’existe pas encore. Reste donc à imaginer d’autres options et de nouvelles solutions qui s’ouvrent peut-être avec les identités décentralisées. Le territoire d’exploration reste entier, mais tant que le sujet des avatars ne sera pas réglé, le métavers restera sans doute de la science-fiction.

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