Industrie en transition

Quand l’industrie passe au vert, durablement…

Le blog de Julien Fosse

Le "monde d’après", en plein effet rebond

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Le monde d’après, en plein effet rebond
L'hydroelectricité, une solution pour sortie des énergies carbonnées
© CEM

Il y a un an, nous étions confinés pour la première fois. La Covid-19, dont on ne connaissait pas alors précisément l’ensemble des modes de transmission, paralysait la planète. Une période d’incertitude au cours de laquelle se sont multipliés les exercices de prospective visant à imaginer le "monde d’après". Un "après-covid" plus durable où les causes de la pandémie auraient été anéanties, où les pressions exercées par l’humanité sur les écosystèmes auraient été réduites à leur plus stricte dimension. Un "monde d’après" qui reste utopique lorsqu’on analyse le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), "Global Energy Review", publié le 20 avril dernier. En effet, avec plus de 33 milliards de tonnes d’équivalent CO2 rejetées dans l’atmosphère, l’année 2021 devrait se caractériser par la plus forte émission de gaz à effet de serre enregistrée depuis la crise financière de 2008. Un exemple d’effet rebond qui interroge notre capacité collective à sortir des énergies carbonées. Et à apprendre de nos erreurs.

Un effet rebond qui profite aux énergies fossiles

Selon l’AIE, 2021 connaîtra une hausse massive des émissions de gaz à effet de serre sous l’effet de la reprise économique globale, et tout particulièrement chinoise. Car au sortir de la crise sanitaire, la Chine a relancé sa production industrielle, reposant sur une électricité issue du charbon. L’une des voies d’approvisionnements en électricité les plus polluantes qui soient... Chaque année, la Chine consomme ainsi plus de 4 milliards de tonnes de charbon, soit 50% de la consommation mondiale, pour alimenter son industrie. Le parc de centrales électriques chinoises représente à lui seul un tiers de la consommation mondiale de charbon. Or la demande en électricité y a augmenté de 4,5 % en 2021 pour retrouver un niveau supérieur à celui observé avant la crise sanitaire. Une excellente illustration des effets rebonds observés après un choc, c’est-à-dire une hausse de consommation faisant suite à une limitation de l’usage de technologies.

Loin de ne concerner que la Chine, ce rebond s’observe dans la plupart des pays émergents, où la demande en énergie est très forte, ainsi qu’aux Etats-Unis où la hausse des prix du gaz a largement bénéficié au charbon. Plus généralement, la demande d’énergie mondiale devrait croître de 4,6 % en 2021. Le gaz naturel devrait connaître une consommation supérieure à celle de 2019 tandis que le pétrole serait également confronté à un rebond, sans pour autant dépasser les 100 millions de barils quotidiens enregistrés en 2019.

Des énergies renouvelables malgré tout plus présentes

Ce rebond des énergies fossiles ne doit pas occulter la croissance des énergies renouvelables. Elles devraient représenter 30 % de la production d’électricité au niveau mondial en 2021, la proportion la plus importante jamais atteinte à ce jour. La Chine occupe une place centrale dans cette dynamique puisque 50% de cette augmentation sera due aux nouvelles installations chinoises. L’éolien devrait croître de 17 % et le solaire de 18 % au niveau global. Mais ces deux sources d’énergie ne représentent qu’un tiers de la production d’électricité renouvelable, loin derrière l’hydroélectricité ou la biomasse. Un constat qui montre à quel point le développement des énergies vertes ne suffit pas à lui seul à décarboner notre appareil productif. Le verdissement du mix énergétique global nécessite avant toute chose de réduire drastiquement l’utilisation d’énergies fossiles, et donc de fermer les centrales à charbon. Or de nombreuses unités de production doivent encore démarrer dans les pays émergents dans les années à venir. Un défi mondial à gérer, puisqu’il apparaît indispensable d’accompagner l’essor des énergies vertes dans les pays en développement.

Le rapport annuel de l’AIE démontre que la réduction des émissions de gaz à effet de serre planétaires observée durant la crise sanitaire ne sera pas du tout pérenne. Bien au contraire, la situation devrait être encore plus grave en 2022 avec une reprise progressive du secteur aérien. De quoi craindre que la crise du Covid-19 n’ait finalement fait bouger aucune ligne et que les plans de relance post-crise sous-estiment la nécessité d’une décarbonation rapide de notre mix énergétique. En attendant le prochain virus ?

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