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Covid-19: Course au vaccin mais y aura-t-il une course à la vaccination ?

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Covid-19: Course au vaccin mais y aura-t-il une course à la vaccination ?

Face à la crise mondiale déclenchée par le coronavirus SARS-CoV2, la vaccination apparait aujourd’hui comme la solution de choix pour lutter efficacement et durablement contre l’épidémie.

Une course mondiale s’est lancée pour concevoir un vaccin qui permettrait d’accroître l’immunité collective.

Un sprint, sans haies

Le caractère inédit de l’épidémie se mesure sans doute aux moyens exceptionnels déployés pour y répondre, tant de la part des laboratoires que des autorités concernées.

La conduite des essais cliniques en parallèle d’autres phases du développement et la simplification des procédures d’autorisation doivent permettre de ramener la durée de développement des vaccins entre dix-huit et vingt-quatre mois, contre plus du double en temps normal.

Toute la difficulté tient dans la nécessité d’adapter les règles autant qu’elles ne remettent pas en cause la sécurité ni l’efficacité du vaccin. On imagine que les autorités feront preuve de compréhension face aux modifications rendues nécessaires en cours d’essais, notamment pour s’adapter aux fluctuations géographiques, qui devraient entrainer des changements de site, révision de la population cible, etc.

De même, il semblerait que les autorités se contentent d’un spectre de protection inférieur aux exigences habituelles.

Le positionnement du curseur s’avère être un exercice particulièrement sensible, l’enjeu étant de satisfaire la demande en termes de rapidité d’accès au marché mais aussi de prix, sans que cela ne se fasse toutefois au détriment de la nécessité d’accroitre très significativement le taux d’immunité collective.

La multiplicité de candidats vaccin, avec chacun ses souches et son taux de couverture, devrait favoriser l’atteinte de cet objectif. Là encore, alors que, dans un modèle traditionnel, la prime au premier entrant est significative, les volumes seront tels qu’ils laisseront nécessairement la place, non seulement à des partenariats de production et de distribution, mais également à la commercialisation de plusieurs vaccins.

Le cadre classique est également abandonné s’agissant des discussions habituellement âpres en matière de prix.

C’est là encore l’occasion de constater que certaines solutions jusqu’alors écartées s’avèrent en réalité non seulement possibles mais, comme on le supposait, également bénéfiques.

Ainsi, plusieurs Etats ont expérimenté à la fois la pré-négociation, et le prix européen : la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie se sont rassemblés au sein de l’« Alliance inclusive pour le vaccin » dans le but de négocier des pré-accords avec les entreprises pharmaceutiques pour assurer, d’une part, une disponibilité suffisante des futurs vaccins et « un juste prix ».

Celui-ci prend en compte l’engagement auprès de la "Global Alliance for Vaccines and Immunisation" d’approvisionner les pays ne disposant pas de la même capacité à investir que les pays de l’Union.

Sprint ou labyrinthe ? L’épineuse question de la vaccination obligatoire

Si l’on prend l’exemple des grippes saisonnières, force est de constater que la France reste bien en deçà des standards préconisés par les autorités de santé. Pour la saison 2019-2020, la couverture vaccinale ne représentait en effet que de 45% des populations cibles - bien loin des 75% recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

La Haute Autorité de la Santé (HAS) préconise donc de maintenir la campagne de vaccination pour 2020-2021. Ce d’autant que la pandémie a eu un impact négatif sur la vaccination : le nombre de nourrissons n’ayant pas été vaccinés contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, les méningites à Haemophilus influenzae de type b et l’hépatite B est estimé à 44 000.

Il faudra donc à la fois convaincre des Français par nature réticents, tout à la fois de l’innocuité du vaccin contre la COVID-19, de l’utilité de le cumuler avec les autres vaccins recommandés ou obligatoires, et de la nécessité pour ce faire de se déplacer chez leur praticien dans un contexte sanitaire sensible.

Dans la mesure où la vaccination vise à assurer une immunité collective, il en va de la réussite même de la campagne vaccinale, pour qu’elle rencontre plus de succès que l’application Stop-Covid.

Dès lors, les pouvoirs publics seront sans doute confrontés à la question de rendre obligatoire la vaccination contre le SARS-CoV-2. A l’heure actuelle, l’obligation n’est la règle que pour un nombre, certes élargi, mais limité, de vaccins, et uniquement chez les enfants. En ce qui concerne un futur vaccin contre le SARS-CoV-2, si la Direction générale de la santé ne semble ni écarter ni favoriser cette piste, la généralisation de l’obligation à l’ensemble de la population ne manquerait pas d’être questionnée sur le terrain des principes fondamentaux.

Paradoxalement, alors que les rouages administratifs ont tous permis d’accélérer considérablement la disponibilité d’un vaccin, le risque de contentieux pourrait venir les enrayer.

La situation étant, à tous égards, totalement exceptionnelle, il n’est pas impossible que les pays de l’Alliance adoptent une recommandation commune. Dans la mesure où l’immunité collective n’a pas de frontières, et que la réussite des investissements de l’Alliance est conditionnée à l’atteinte d’un seuil critique, la crise pourrait être l’occasion de tester une Europe de la santé plus présente, elle dont la compétence est habituellement limitée s’agissant de l’organisation des systèmes de santé de chaque Etat membre.

Sophie Pelé, associée nationale et Sophie Mitouard, collaboratrice, chez Dechert

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