ZF-TRW, ou la naissance du troisième équipementier automobile mondial

L'équipementier automobile allemand ZF a officiellement racheté l'américain TRW il y a six semaines. En amont du Salon de Francfort, qui se déroule du 15 au 27 septembre, la nouvelle entité ZF a dévoilé début juillet son portefeuille technologique.

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ZF-TRW, ou la naissance du troisième équipementier automobile mondial

Le nouveau prototype de voiture semi-autonome et électrique présenté le 02 juillet par ZF TRW

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Si la date de naissance officielle restera le 15 mai 2015, pour la plupart des ingénieurs et managers présents sur le circuit de Linthe (Allemagne), le 2 juillet marque vraiment le lancement de ZF-TRW. Sous le franc soleil du Brandenbourg, la nouvelle société ZF, forte du rachat de l'Américain TRW, a présenté une partie de son portefeuille technologique. Elle a surtout montré l'étendue des domaines et business que l'équipementier pourra couvrir. "Le meilleur est à venir", s'est ainsi félicité Peter Lake, vice-président de TRW en charge des ventes et du développement technologique, qui rejoindra en octobre le directoire de ZF.

Trois allemands aux trois premières place

"C'est la plus importante fusion entre équipementiers de ces dernières années", commentait le mois dernier Laurent Petizon, directeur général au cabinet Alix Partners. En 2014, ZF et TRW ont en effet réalisé 31,4 milliards d'euros de chiffre d'affaire, ce qui fait de facto de la nouvelle entité le troisième équipementier mondial, derrière Bosch et Continental (deux autres Allemands), selon le classement 2015 du cabinet PwC. L'acquisition de TRW a coûté 13,5 milliards d'euros à ZF. Rebaptisé "ZF-TRW", l'Américain est depuis devenu la cinquième filiale de la holding ZF AG, et se concentrera sur les technologies de sécurité active et passive, soit son cœur de métier. "Dans les fusions, il est souvent question de réduction de coûts car les activités des deux partenaires se superposent avec des produits similaires. Ce n'est pas le cas ici : nous sommes complémentaires", poursuit Peter Lake. Le mariage n'en est qu'à ses débuts, mais sur le papier, le vice-président américain n'a pas tort.

De la complémentarité

Tout d'abord, côté marché, ZF est plus orienté vers les marques premium, tandis que TRW équipe pour 80% de son activité les constructeurs à volume, de PSA à Fiat en passant par Chrysler. La philosophie des deux compagnies est aussi très opposée. "TRW est une compagnie cotée, la dimension financière et le cours de bourse sont très importants, alors que ZF a une vision à plus long terme", rappelle Andrew Whydell, directeur produit chez TRW. L'Allemand s'est donné un horizon de cinq ans pour progressivement intégrer TRW. ZF ne prévoit par exemple pas de regroupement de cette R&D en entité commune ou de rationalisation des sites de production. Les usines de production françaises de TRW seront par exemple conservées.

Côté produits, chacun a également son domaine. ZF s'est traditionnellement construit dans les transmissions, le châssis et les trains, ainsi que dans l'électronique (notamment les contrôleurs). TRW vient lui du freinage, des actionneurs, de la colonne de direction, avec une attention particulière à la sécurité passive puis active. ZF a donc revendu ses activités direction à Bosch en fin d'année dernière, pour obtenir en mars l'autorisation de la Commission européenne pour la fusion-acquisition. "La principale motivation de celle-ci est technologique, rappelait à cette période Stéphan Sommer, directeur général de ZF. Nous allons nous concentrer sur l'électromobilité et le véhicule autonome". C'est exactement l'une des grandes nouveautés présentées à Linthe le 2 juillet.

Petit véhicule urbain

Son nom : "Smart Urban Vehicle". Cette petite voiture blanche d'à peu près quatre mètres, à la bouille sympathique, a été spécialement conçue pour la ville. Deux moteurs électriques sont installés sur les roues arrière, libérant de l'espace à l'avant. ZF y a installé un axe dont les roues braquent à 75 degrés. Sur la piste, la Smart Urban Vehicle fait des tours sur elle-même avec un diamètre de braquage de 6,5 mètres, soit le plus court du marché. "Cette voiture peut aussi se garer automatiquement, explique Gerhard Grumpoltsberger, ingénieur chez ZF-TRW. Le conducteur laisse le pouce posé sur le bouton 'Park' de sa montre connectée, et la voiture se gare seule, même dans une place qui ne fait que 40 centimètres de plus que sa longueur".

La Smart Urban Vehicle pourrait presque être un jouet, car elle se pilote aussi depuis une tablette, dans un rayon de 5 mètres, sans personne au volant. "Nous avons mis à peine 18 mois à développer ce prototype, poursuit Volker Vogel, un des ingénieurs du projet. Il intègre des technologies TRW comme le système de freinage et ZF comme l'électronique ou les software". Au début les deux partenaires devaient respecter certaines clauses de confidentialité avant que l'accord ne soit signé. "TRW a joué le rôle de fournisseur dans un premier temps, puis nous sommes devenus partenaires une fois les formalités juridiques réglées", ajoute Gerhard Grumpoltsberger.

Face à Bosch et Continental

Les deux partenaires mettent aujourd'hui l'accent sur la conduite autonome. "L'autonomisation du véhicule vient d’abord des éléments de sécurité", explique Martin Mayer, ingénieur chez ZF-TRW. Une bonne partie des 1,6 milliard d'euros investi chaque année en R&D soutiendra cette nouvelle activité. "Un projet comme la Smart Urban Vehicle nous permet de développer des systèmes complets, pas seulement des composants, ce qui essentiel sur la route vers le véhicule autonome", souligne Gerhard Grumpoltsberger.

Andrew Whydell va encore plus loin. "Pour développer des véhicules 100% autonomes, il faut avoir dans son portefeuille cinq familles de produits : les capteurs comme les radars et caméras, les actionneurs, les systèmes de contrôle freins, moteur, etc, les software et l'interface homme-machine, détaille le Gallois. Nous les avons toutes. Et seuls deux ou trois autres équipementiers possèdent également ces cinq familles". Les autres sont les principaux concurrents de ZF, Bosch et Continental. Au salon de Francfort au mois de septembre, les trois Allemands feront montre de leur savoir-faire, quitte à faire de l'ombre à certains constructeurs. Le jeu en vaut la chandelle. Selon une étude d’Exane BNP Paribas, en 2025, le marché des technologies du véhicule autonome atteindra 57 milliards de dollars.

A Linthe (Allemagne), Pauline Ducamp

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