Worldline rachète Ingenico pour créer un champion français des paiements

[ACTUALISÉ] Le secteur des paiements poursuit sa consolidation... En France. Worldline a annoncé le 3 février le rachat d'Ingenico en valorisant l'entreprise à 7,8 milliards d'euros.

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Worldline rachète Ingenico pour créer un champion français des paiements
Créé en 1980, Ingenico revendique 8 000 employé et un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros en 2019.

Ingenico, spécialiste des paiements électroniques, va être racheté par son concurrent français Worldline. Le groupe français a annoncé lundi 3 février cette opération amicale qui valorise Ingenico à 7,8 milliards d'euros. Worldline espère ainsi donner naissance au quatrième acteur mondial sur le marché des services de paiements et à un champion européen du secteur.

"Alors que le marché des paiements évolue extrêmement vite, et où la taille est cruciale, le rapprochement d’Ingenico avec Worldline s’aligne parfaitement avec notre vision stratégique, fait valoir Nicolas Huss, PDG d'Ingenico dans un communiqué. [...] Ce nouveau groupe bénéficiera ainsi d’un accès renforcé à de nouvelles opportunités stratégiques, de nouveaux marchés, de nouvelles expertises et solutions, dans une industrie qui se consolide rapidement."

Gouvernance partagée

L'opération a été approuvée à l'unanimité par les deux conseils d'administration. L'accord prévoit que Gilles Grapinet, actuel PDG de Worldline, deviendra directeur général du nouvel ensemble et que Bernard Bourigeaud, président non-exécutif du conseil d'administration d'Ingenico, en deviendra le président non-exécutif.

Les actionnaires d'Ingenico recevront 11 actions Worldline et 160,5 euros en numéraire contre 7 actions Ingenico, précise Worldline dans un communiqué. L'offre représente une prime de 24 % sur les cours moyens pondérés par les volumes du mois de janvier. Elle valorise Ingenico à 7,8 milliards d'euros et sera immédiatement positive pour le bénéfice par action.

À l'issue de l'opération, les actionnaires de Worldline détiendront 65 % et ceux d'Ingenico 35 % du groupe combiné. L'offre reste soumise au feu vert des autorités de régulation et sera déposée à l'Autorité des marchés financiers (AMF) en juin ou juillet prochain.

Un chiffre d'affaires cumulé de 5,3 milliards d'euros en 2019

En cumulé, Worldline et Ingenico ont réalisé en 2019 un excédent brut opérationnel de 1,2 milliard d'euros et un chiffre d'affaires de 5,3 milliards d'euros, dont 1,4 milliard d'euros pour Ingenico. La nouvelle structure compterait également 20 000 employés à travers 50 pays, dont 8 000 collaborateurs d'Ingenico.

"Outre sa position historique de leader mondial des terminaux de paiements avec une part de marché de 37 % et plus de 30 millions d’unités installées dans le monde, Ingenico est devenu l’un des leaders européens des services aux commerçants", salue Worldline.

250 millions d'euros de synergie par an d'ici 2024

Worldline espère de cette fusion environ 250 millions d'euros de synergie par an d'ici 2024. Notamment grâce aux économies de coûts sur les infrastructures, au rapprochement des fonctions support, à l’optimisation des achats, à une offre "plus complète et compétitive aux services aux commerçants" et à de nouvelles alliances bancaires en acquisition de paiements.

Worldline et Ingenico ont indiqué qu'il était trop tôt pour déterminer l'impact potentiel de l'opération sur les effectifs. Une autre interrogation porte sur le devenir de la division terminaux de paiements (B&A) d'Ingenico qui fera l'objet d'une revue stratégique "approfondie". "Ce n’est pas nécessairement une activité qui a vocation à rester dans le giron de l’entité combinée", a déclaré une source bancaire, ajoutant que plusieurs scénarios, dont celui d'une vente, pourraient être étudiés.

Un marché en pleine expansion

L'ancienne filiale d'Atos, scindée par le groupe de services informatiques en 2019, a déjà racheté en 2018 le groupe suisse Six Payment services pour 2,3 milliards d'euros, dans un secteur des moyens de paiement en pleine ébullition, marquée par une vague de consolidation. En 2019, Fidelity National Information Services (FIS) a racheté Worldpay pour 35 milliards de dollars (31,6 milliards d'euros) et Fiserv Inc a fait l'acquisition de First Data Corp pour 22 milliards.

L'utilisation accrue des smartphones pour effectuer des paiements en ligne a renforcé la compétition et ouvert le marché à de nouveaux acteurs comme les géants du numérique. Ces derniers livrent bataille avec les SSII (sociétés de services et d'ingénierie en informatique) et les banques pour capter la manne représentée par les données des consommateurs.

Selon les recherches du cabinet McKinsey, le secteur devrait atteindre un chiffre d'affaires global de 3 000 milliards de dollars par an d'ici 2023 à mesure que les consommateurs de plus en plus nombreux abandonneront l'argent liquide pour les cartes de paiement ou les paiements en ligne. Ingenico est depuis longtemps une cible. Selon des sources contactées par Reuters, Edenred et la banque Natixis ont un moment été intéressés par la société.

Une offre approuvée par Atos et Bpifrance

L'offre de rachat de Worldline a été approuvée par les actionnaires de référence des deux groupes : Atos et SIX pour Worldline et Bpifrance pour Ingenico. Dans un communiqué, Atos déclare se réserver la possibilité de poursuivre la réduction de sa participation au capital de Worldline, engagée en 2014 lors de l'introduction en Bourse de ce dernier.

De son côté, Bpifrance s’engage à apporter ses titres Ingenico à l’offre publique de Worldline et dit avoir l’intention de devenir un actionnaire de référence de long terme de l’entité combinée.

Ingenico flambe en Bourse

À la Bourse de Paris, l'action Ingenico flambait de 15,35% en milieu d'après-midi, lundi 3 février, tandis que celle de Worldline était étale après avoir évolué en territoire négatif.

"Cette fusion est une bonne idée car au lieu de se faire concurrence dans le même espace, l'entité combinée pourra se concentrer sur de plus gros poissons", estime Marcus Bullus, de MG Capital.

Avec Reuters (Sudir Kar-Gupta, Jean-Stéphane Brosse, édité par Bertrand Boucey)

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